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ORIENTALE

ET

AMÉRICAINE

PUBLIÉE AVEC LE CONCOURS

DE MEMBRES DE L'INSTITUT, DE DIPLOMATES, DE SAVANTS,
DE VOYAGEURS, D'ORIENTALISTRS ET D'INDUSTRIELS,

PAR

LÉON DE ROSNY

!

TOME SECOND

PARIS

CHALLAMEL AINÉ, ÉDITEUR

COMMISSIONNAIRE POUR L'ALGÉRIE ET L'ÉTRANGER

30, RUE DES BOULANGERS

1859

Vignaud hit. 7-031-1925

LE PERCEMENT

DE L'ISTHME DE PANAMA.

Quel est le moyen d'établir une communication entre l'Atlantique et l'océan Pacifique? Grande question qui a dû préoccuper et a préoccupé, en effet, depuis des siècles, les esprits attentifs au intérêts de la science et aux besoins du commerce! Elle fut, à l'origine même, l'objet des méditations de Fernand Cortez, lorsque ses longues explorations sur les côtes de Californie et du Guatemala l'eurent convaincu de la non-existence de ce passage naturel auquel il croyait d'abord et qu'il avait cherché avec ardeur. Néanmoins, les projets mis en avant par le conquérant du Mexique pour creuser un canal interocéanique furent assez mal accueillis de la cour de Madrid. Désireux, avant tout, de jouir sans peine et sans travail, de leurs nouvelles et immenses possessions, les Espagnols ne firent rien pour les rendre plus fructueuses. Leurs efforts tendaient bien plus à en dérober la connaissance à l'étranger qu'à en tirer le plus de ressources et le meilleur parti possible. Ainsi, il était défendu sous peine de mort, de faire connaître les routes suivies en Amérique par le commerce castillan. Les cartes étaient à dessein falsifiées, et les Espagnols représentaient toutes les côtes comme semées d'écueils. Les rivières les plus importantes n'y figuraient que comme de misérables cours d'eau absolument impropres à la navigation. Alexandre de Humboldt a donné le premier, dans son Histoire de la Nouvelle-Espagne, une étude complète sur la possibilité

II.

1859.

1

de relier ensemble les deux mers par la jonction des fleuves Atrato et Truando, et a signalé à l'attention de l'Europe l'existence d'un canal de petite navigation creusé dès l'année 1788, par un moine, curé de San-Novità. Les deux océans se trouvaient mis en rapport, grâce à ce canal qui s'étendait dans les cours successifs du Rio de la Rospadura, un des petits tributaires de l'Atrato et du San-Juan de Chiramibirà. Ce ne fut néanmoins qu'en 1826 qu'eut lieu la première tentative importante du percement de l'isthme. Une concession fut accordée à la maison Palmer de New

York par le gouvernement de Nicaragua. Également dépourvue de crédit et de capitaux, la société tomba en faillite avant d'avoir rien fait. Deux ans plus tard, le projet fut repris par Guillaume I, roi de Hollande. La réussite semblait certaine, lorsque la révolution de Belgique et la guerre contre la France qui en fut la suite imposèrent aux Hollandais des soins plus pressants et les détournèrent de toute entreprise transatlantique.

Nul ne se présenta alors pour recommencer l'essai demeuré deux fois stérile, et la question du canal interocéanique semblait au moins temporairement mise à l'écart, lorsque parut tout à coup un nouveau projet. L'auteur n'était autre que le prince Louis Napoléon, aujourd'hui empereur des Français, alors réfugié en Angleterre où il s'était rendu à la suite de son évasion de Ham. Il proposait de canaliser le fleuve San-Juan totalement et jusqu'à sa source dans le lac de Nicaragua. Selon ses projets, les vaisseaux devaient remonter dans le lac de Managua en traversant le Tipitapa, que l'on eût également transformé en canal. Enfin la partie comprise entre le Managua et la baie de Fonseca eût

été en grande partie creusée de main d'homme. Un traité venait d'être passé avec le Nicaragua. Tout semblait présager la réalisation d'une pensée qui n'aspirait peut-être à rien moins qu'à fonder un nouvel empire dans l'Amérique centrale, lorsque les événements imprévus qui éclatèrent en Europe donnèrent une autre direction aux idées du prince et le rappelèrent vivement sur l'ancien continent.

Il faut descendre le cours du temps jusqu'en 1850, époque où fut conclu entre l'Angleterre et les États-Unis d'Amérique, ce fameux traité connu sous le nom de Clayton-Bulwer, pour trouver quelque acte donnant suite aux projets toujours interrompus par les circonstances les plus graves de l'ordre politique. On ne doit point, en effet, s'arrêter à un traité du 27 août 1849, conclu entre le gouvernement du Nicaragua et la compagnie White et Van der Bilt de New-York. Il ne produisit aucun résultat, et comme la compagnie, en s'engageant à creuser un canal, avait stipulé un privilége de transit pendant la durée des travaux, il est permis de croire qu'elle voulait s'assurer les bénéfices du contrat, sans en remplir les obligations. Au reste, elle ne craignit point d'ajouter la trahison à la déloyauté. Après avoir contribué au bombardement de Greytown, qui détruisit pour vingt millions de francs de marchandises et ruina un grand nombre de familles, elle employa ses navires à transporter les flibustiers de Walker au sein de ces mêmes contrées où elle devait introduire la civilisation et faire régner l'abondance.

Bien qu'il n'ait jamais reçu même un commencement d'exécution, le traité Clayton-Bulwer n'en produisit pas moins beaucoup de sensation en Europe, et contribua sans

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