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voyer un sauf-conduit par le sultan Abou-'l-Abbas, et, s'étant rendu auprès de lui, il négocia une paix à des conditions trèsavantageuses. Quand il fut de retour, sa tribu repoussa cet arrangement et encourut un nouveau châtiment. Le sultan partit de Tunis à la tête de ses alliés arabes et poursuivit les récalcitrants. Trois fois il leur livra bataille sans pouvoir les vaincre, mais, les ayant repoussés jusqu'à Cairouan, il les mit dans la nécessité de se rendre à discrétion. Amnistiée par sa bonté, cette tribu lui a montré, depuis lors, la soumission et le dévouement les plus complets.

REVOLTE DE CAFSA ET MORT D'IBN-EL-KHALEF.

El-Khalef-Ibn-Ali-Ibn-el-Khalef, devenu alors chambellan d'El-Montacer, fils du sultan Abou-'l-Abbas, et confirmé dans le gouvernement de Nefta, établit un lieutenant dans cette ville et alla se fixer à Touzer, auprès de son maître. Quelque temps après, l'on se mit à épier toutes ses démarches par suite d'une dénonciation qui le représentait comme entretenant une correspondance secrète avec Ibn-Yemloul, et l'on parvint à intercepter une lettre écrite de la main de son secrétaire El-Marouf, par laquelle il poussait Ibn-Yemloul et Yacoub-Ibn-Ali, émir des Douaouida, à prendre les armes. El-Montacer le fit mettre en prison sur-le-champ et envoya des commissaires à Nefta pour s'emparer de ses trésors. Il s'adressa ensuite à son père, le sultan, pour savoir ce qu'il devait faire, et bien que la trahison de cet homme fût manifeste, il reçut le conseil d'en différer le châtiment.

*

Une autre tentative de révolte eut licu vers la même époque : Ahmed-Ibn-Abi-Zeid, membre d'une des principales familles de Cafsa, s'était rangé du côté des Hafsides et avait pris part à l'expédition que le sultan avait dirigée contre cette ville. La conquête de Cafsa effectuée, le vainqueur témoigna à Ibn-Abi-Zeid sa haute satisfaction et le recommanda à son fils, l'émir AbouBekr. Il ne se doutait pas que son protégé nourrissait des in

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tentions perfides et qu'il n'attendait qu'une occasion afin d'usurper le pouvoir. Devenu conseiller du jeune prince, IbnAbi-Zeid parvint bientôt à lui imposer ses volontés. Les choses en étaient là, quand Abou-Bekr sortit de Cafsa avec l'intention de visiter son frère, El - Montacer, qui demeurait alors à Touzer. Pendant son absence, le nommé Abd-Allah-etToreiki (le petit Turc), affranchi d'origine turque que le sultan avait placé comme chambellan auprès d'Abou-Bekr, devait se charger du commandement de la ville. A peine l'émir se fut-il éloigné qu'lbn-Abi-Zeid émeuta la populace, parcourut

rues en criant aux armes! et marcha contre la citadelle 2. Le caïd Et-Toreiki, qui s'y était enfermé, donna l'ordre de battre la grosse caisse afin d'appeler les habitants des villages voisins. A ce signal, les campagnards accoururent vers la citadelle et se rassemblèrent auprès de la porte qui donne sur les jardins. EtToreiki les introduisit dans la forteresse, et les partisans d'IbnAbi-Zeid, se voyant alors en minorité, abandonnèrent leur chef. Le caïd sortit aussitôt et mit la main sur un grand nombre des émeutiers. Après avoir rétabli l'ordre dans la ville, il expédia un courrier à Touzer pour rappeler Abou-Bekr. Le prince partit en toute hâte et, à peine arrivé, il fit trancher la tête à tous les prisonniers. Ibn-Abi-Zeid et son frère furent mis hors la loi, et, quelques jours plus tard, pendant qu'ils essayaient d'échapper déguisés en femmes, ils tombèrent entre les mains de la garde qui veillait à la porte de la ville. On les traîna devant l'émir qui les décapita lui-même et fit attacher leurs corps à des troncs de palmier. Ce fut ainsi que deux hommes, élevés dans la mollesse, subirent un sort qui devait longtemps servir d'exemple; ils se perdirent dans ce monde et dans l'autre, et c'est là une perte dont la grandeur est manifeste3.

Les manuscrits et le texte arabe imprimé portent, à tort, AbouZékéria.

2 Pour Cafsa lisez casba.

3 Ceci est une allusion au onzième verset de la 22 sourate du Coran.

f

Cet événement inspira des craintes à El-Montacer, seigneur de Touzer, qui, s'étant méfié de son prisonnier Ibn-el-Khalef le fit mourir dans le lieu où on le détenait et de la manière la plus cruelle.

Toutes les villes du Djerîd rentrèrent ainsi sous l'autorité du sultan.

LA VILLE DE CABES EST INCORPORÉE DANS LE ROYAUME DU

SULTAN.

Pendant ce siècle et une partie du siècle dernier, Cabes, ville de l'empire hafside, était demeurée au pouvoir des BeniMekki, famille célèbre dont nous retracerons, dans un chapitre spécial, l'origine, la généalogie et l'histoire. Leur autorité à Cabes commença de la manière suivante : en l'an 623 (1226), quand l'émir Abou-Zékérïa Ier reçut le commandement de cette ville, les Beni-Mekki entrèrent à son service et lui montrèrent le plus grand dévouement. Invités par lui à le seconder contre son frère Abou-Mohammed-Abd-Allah, et à le soutenir dans la révolte qu'il méditait et pour laquelle il avait rassemblé des troupes, ils y consentirent et le reconnurent pour souverain. Devenu maître de l'Ifrîkia, Abou-Zékérïa récompensa cette famille en lui accordant le droit de présider le conseil administratif de Cabes. Plus tard, l'empire fut affaibli par de fréquentes révoltes et par la perte de ses provinces occidentales; l'autorité du gouvernement ne se fit plus sentir dans les régions éloignées de la capitale, et les Beni-Mekki visèrent à l'indépendance. Pour accomplir ses projets ambitieux, cette famille ne cessa de susciter des révoltes et d'aider les insurgés à porter la guerre jusque sous les murs de Tunis; et cela surtout pendant que les Hafsides étaient trop accablés d'affaires pour s'occuper soit d'elle, soit des autres

1 Il faut lire 624; voy. t. II, page 297.

2 Le texte arabe porte bi-thar; il faut probablement lire bi-ithar.

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T. HI.

familles du Djerîd. Cet état de choses avait continué pendant de longues années, favorisé par le démembrement de l'empire et par l'acharnement que le prince de Bougie et de Constantine déployait contre la capitale.

1

Quand le sultan [Abou-Yahya-Abou-Bekr] se fut rendu maître des provinces de l'Ifrîkïa, de graves occupations l'empêchèrent de songer aux Beni-Mekki: il eut surtout à combattre le seigneur de Tlemcen qui se plaisait à lancer des armées contre Tunis, à mettre le siége devant Bougie, à envoyer en Ifrîkïa des troupes abd-el-ouadites afin de soutenir les Arabes dans leurs révoltes et les autres princes hafsides dans leurs prétentions au trône. A cette époque le commandement de Cabes appartenait à Abd-el-Mélek-Ibn-Mekki - Ahmed - Ibn - Abd-el- Mélek, auquel son frère Ahmed servait de coadjuteur. Ces deux chefs entretenaient des liaisons secrètes avec Abou-Tachefin, seigneur de Tlemcen, et ils ne cessaient de l'encourager à marcher sur Tunis. Quelquefois même, ils profitaient de l'éloignement du sultan pour s'emparer de la capitale, ce qui arriva effectivement, quand ils y amenèrent Abd-el-Ouahed-Ibn-el-Lihyani 2.

La prise de Tlemcen par le sultan Abou-'l-Hacen et la chute des Beni-Zîan donnèrent au sultan Abou-Yahya-Abou-Bekr assez de loisir pour s'occuper des chefs djeridiens, ces esprits turbulents qui passaient leur vie dans la rébellion. L'expédition qui le mit en possession de Cafsa remplit d'effroi les Beni-Mekki, et leur chef Ahmed courut auprès du sultan Abou-'l-Hacen pour implorer son intercession. Avant de s'y présenter, il eut la précaution de faire rappeler au souvenir de ce monarque l'accueil hospitalier et les riches cadeaux que la famille Mekki avait faits à une dame de la maison royale des Merinides et à toute son escorte pendant qu'elle traversait Cabes avec la caravane qui se rendait à la Mecque. Aussi, trouva-t-il Abou-'l-Hacen bien disposé en sa faveur, et il eut le plaisir de le voir écrire une lettre

Dans le texte arabe, il faut lire: Beni-Abi-Hafs. 2 Voy. t. 11, p. 476.

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dans laquelle il se prévalut de son rang comme sultan et de son titre de gendre pour invoquer la clémence de son beau-père, Abou-Yahya-Abou-Bekr, en faveur du seigneur de Cabes. Le sultan hafside ayant pris connaissance de cette communication, renonça à ses projets de vengeance et pardonna aux BeniMekki.

Après la mort d'Abou-Yahya-Abou-Bekr, le torrent du désordre et de la rébellion déborda encore; l'empire se démembra de nouveau, et le seigneur de Tunis fut hors d'état de mettre les insurgés à la raison. Les Beni-Mekki et les chefs djeridiens reprirent leurs habitudes d'indépendance; et, au refus d'obéissance et de tribut, ils joignirent l'audace d'appuyer le seigneur de Bougie dans ses guerres contre le royaume de Tunis.

Quand notre seigneur Abou-l-Abbas eut rétabli l'unité de l'empire et soumis une grande partie des forteresses qui s'étaient révoltées, les gouverneurs des places fortes du Djerid s'écrivirent pour se faire part de leurs appréhensions et pour organiser une vigoureuse résistance à la catastrophe qui les menaçait. Abdel-Mélek-Ibn-Mekki, rompu depuis longtemps aux habitudes de rébellion et partisan déclaré de tous les révoltés, se distingua parmi ses collègues, par la fermeté de sa conduite. La mort de son frère et coadjuteur Ahmed l'avait rendu seul maître de Cabes, depuis l'an 765 (4363-4). A la suite d'une correspondance avec les autres chefs, il fut décidé que l'on répandrait de l'argent parmi les Arabes, afin de les pousser contre le sultan, et qu'ils offriraient leur appui au seigneur de Tlemcen pour l'encourager à tenter la conquête de l'Ifrîkïa.

De tous côtés, on répondit à l'appel des séditieux, et le seigneur de Tlemcen auquel ils avaient expédié un courrier, leur fit espérer son concours. Pendant que ce prince leur prodiguait des fausses promesses, le sultan Abou-'l-Abbas s'occupait de préparer avec précaution les moyens de châtier ses ennemis. Quand il eut pris toutes ses mesures, il vainquit les Aulad-Abi-'l-Leil qui s'étaient engagés à protéger les révoltés; il s'empara ensuite de Cafsa, de Touzer et de Nefta. On reconnut alors que le seigneur de Tlemcen n'était pas assez puissant pour les aider, et

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