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sion des Beni-Kernlan et des Melila, tribus hoouariennes. Il agréa aussi la soumission de Mohammed-Ibn-Khazer qui, depuis la mort de son frère Mabed, n'avait cessé de solliciter sa grâce. Laissant alors le commandement des troupes à son affranchi Caïcer, gouverneur de Baghaïa, il rentra à Cairouan. Caïcer travailla à soumettre les contrées voisines et, ayant gagné par sa douceur les cours des Berbères et rallié les populations qui avaient émigré, il conduisit leurs chefs à Cairouan. El-Moëzz leur accorda à tous de riches cadeaux et une réception honorable. Mohammed-Ibn-Khazer le maghraouien y arriva ensuite, et, touché de l'accueil plein de bienveillance que lui fit El-Moëzz, il ne le quitta plus et mourut à Cairouan, en l'an 348 (959-60).

En l'an 343 ( 954-5 ), El-Moëzz rappela d'Achir Ziri-Ihn-Menad, émir des Sanhadja, et, lui ayant fait un riche présent, il le renvoya dans son gouvernement. L'année suivante il envoya à ElHacen-Ibn-Ali, gouverneur de la Sicile, l'ordre d'opérer une descente sur la côte d'Espagne. Cet officier ravagea le territoire d'Almeria et rapporta en Sicile un bntin considérable et beancoup de prisonniers. En-Nacer, le souverain espagnol, confia aussitôt à son affranchi Ghaleb le commandement d'une flotte et l'envoya sur les côtes de l'Ifrikia. N'y pouvant effectuer un débarquement à cause de la résistance que lui opposèrent les troupes d'ElMoëzz, Ghaleb remit à la voile; mais, étant revenu dans les mêmes parages l'année suivante avec une flolle de soixante-dix navires, il incendia Mersa-'l-Kharez, dévasta les environs de Souça et ravagea le territoire de Tabarca.

El-Moëzz parvint toutefois à étendre son autorité en Ifrîkïa et en Maghreb : le nombre de ses sujets s'accrut tous les jours, et la région qui s'étend depuis lfgan, ville située à trois journées de marche au-delà de Tehert, jusqu'à Er-Rammada, endroit situé en-deça de la frontière égyptienne, le reconnut pour maitre. Tėhert et Ifgan avaient pour goaver peur Yala-Ibn-Mobammed l'ifrenide; Achir et ses dépendances obéissaient à Ziri-IbnMenad le sanhadjien; El-Mecila et les contrées voisines étaient sous le commandement de Djafer-Ibn-Ali-el-Andeloci; Baghaïa reconuaissait l'autorité de Caïcer l'esclavon; Fez celle d'Ahmed

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Ibn-Bekr-Ibn-Abi-Sehl-el-Djodami, et Sidjilmessa celle de Mohamed Ibn-Ouacoul le miknacien.

En l'an 347 (958-9), El-Moëzz apprit que Yala-Ibn-Mohammed l’ifrénide entretenait une correspondance avec les Oméïades espagnols et que le Maghreb-el-Acsa venait de repousser la domi

nation des Fatemides. Cette nouvelle le décida à y envoyer une armée sous la conduite de son vizir, le kateb (secrétaire) Djouber l'esclavon. Ziri-Ibn-Menad, gouverneur d'Achir, et Djafer-IbnAli, seigneur d'El-Mecîla, accompagnèrent celte expédition, ainsi que Yala -Ibn-Mohammed, seigneur du Maghreb central. Quand cetle armée passait par lfgan, une rixe éclata parmi les troupes de l'arrière-garde, et Djouher, à qui op vint annoncer que les Itrépides pillaient les bagages, ordonna l'arrestation de Yala qui fut aussitôt tué à coups de sabre par les Kelamiens. Ilgan fut saccagée, et Yeddou, fils de Yala, fut mis en arrestation. Djouher marcha ensuite sur Fez avec l'intention d'y assiéger Ahmed-IbnBekr-el-Djodami, mais la résistance que cette ville lui opposa le décida à suspendre l'attaque et à décamper. Il prit alors la route de Sidjilmessa où Mohammed-Ibn-el-Feth-Ibn-Ouaçoul gouvernait sous le titre d'Emir-el-Moumenin (commandant des croyants), après avoir fait graver son nom sur les monnaies ainsi que l'inscription suivante : tacaddecet ezzet Allah (que la gloire de Dieu soit vénérée). Ce prince, averti de l'approche de l'ennemi, avait pris la fuite, mais il fut fait prisonnier et livré à Djouher. L'armée fatemide se rendit ensuite jusqu'au bord de l'Océan (atlantique), soumettant lous les pays qu'elle traversait, et, revenu sous les murs de Fez, elle l'emporta d'assaut. Ziri-Iba-. Menad eut l'honneur de cette conquête, ayant escaladé la place pendant la nuit. Fez succomba en l'an 348 (939-60). Le gouverneur, Ahmed-Ibn-Bekr, tomba entre les mains des vainqueurs et fut remplacé par un serviteur de Djouher; tous les préfets que

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Variaole : le sicilien. Ibn-Khallikan a donné une notice sur Djovher dans son dictionnaire biographique ; voy. vol. 1, p. 340 de ma Traduction de cet ouvrage. On trouvera dans le même volume une nolice ile Ziri et une autre de Djà fer-Ibn-Ali.

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les Oméïades avaient établis dans le Maghreb en furent expulsés par ce général. A la suite de celte victoire, Djouher reprit la route de l'Ifrîkïa, et, ayant incorporé la ville de Tèhert dans la province gouvernée par Zîri-Ibn-Menad, il fit son entrée à Cairouan accompagné de ce chef ainsi que des Fatemides (Idricides) du Maghreb, et traînant à sa suite Ahmed-Ibn-Bekr et MohammedIbn-Ouaçoul enfermés dans des cages. Le jour de son arrivée à El-Mansourïa fut une véritable fête.

Pendant quelque temps, Caïcer et Modaffer, affranchis d'ElMansour, se partagaient toute l'autorité en Maghreb; le premier ayant sous la main les provinces orientales de ce pays et le second, les provinces occidentales ; mais, en l'an 349 ( 960-1 ) ils furent arrêtés et mis à mort par l'ordre de leur souverain.

L'année suivante, les Chrétiens s'emparèrent de Crète, ile habitée par les descendants des musulmans espagnols qu'El-HakemIbn-Hicham [ l'oméïade ] avait déportés en Egypte à cause de la part qu'ils avaient prise à la révolte du faubourg (er-rebed) de Cordoue 1. Arrivés à Alexandrie, ces proscrits s'emparèrent de la ville; assiégés ensuite par Abd-Allah-Ibn-Taher, gouverneur de l'Egypte, ils capitulèrent à la condition d'être envoyés en Créte où leur émir, Abou-Hafs[-Omar-Ibn-Choaïb]-el-Bellouti, parvint, dans la suite, à se rendre indépendant. Les descendants de ce chef y régnaient encore quand les Chrétiens arrivèrent avec une flotte de sept cents navires, conquirent toute l'île, tuèrent une partie des habitants et réduisirent le reste en esclavage2. Jusqu'à nos jours Crète est demeurée au pouvoir des in Gdèles.

En l'an 351 [Ahmed, fils d'El-Hacen-Ibn-Ali-el-Kelbi], seigneur de la Sicile, obtint possession de Taormine, forteresse dont la garnison (grecque) se rendit à discrétion après un siége

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· Le rébed, ou faubourg de Cordoue, fut détruit par El-Hakem, l'an 202 (818), parce que les habitants s'étaient mis en révolte. Pour les détails de cet événemeot, voy, la continuation de l’Art de vérifier les dates, t. II, p. 362.

2 Romain II occupait alors le trône de Constantinople; ce fut son général Nicéphore Phocas qui acheva cette conquêle.

de neuf mois. Il donna à sa nouvelle conquête lo nom d'ElMoëzzia, en l'honneur d'El-Moëzz, seigneur de l'Ifrikïa, et il y établit une population musulmane. Il mit ensuite le siège devant Ramelta, autre forteresse de ce pays. Les habitants demandèrent des secours à leur souverain, seigneur de Constantinople, et ce prince leur envoya des troupes par mer et par terre. Ibn-elHacen, de son côté, sollicita des renforts d'El-Moëzz, et bientôt un corps de troupes, commandé par El-Hacen, fils de ce monar

, que, arriva au port de Messine. Ayant alors réuni toutes ses forces, le gouverneur de la Sicile en envoya une partie contre Rametta, dont le blocus avait déjà été formé par El-Hacen-IbnAmmar, et il marcha avec le reste contre les Grecs, bien résolu de vaincre ou de mourir. Attaquant l'ennemi avec impétuosité, il en tua le commandant et plusieurs patrices, mit en déroute les bandes chrétiennes et les culbuta dans un ravin profond. Après s'être emparé de leur camp et de leurs bagages, il serra Rametta de si près que la garnison ne put plus se procurer de vivres et laissa enlever la place d'assaut. Les débris de l'armée grecque s'embarquèrent et mirent à la voile, mais ils ne purent échapper à la flotte d'Ahmed-Ibn-el-Hacen. Plusieurs de leurs pavires furent incendiés ou pris par les musulmans, dont quelques-uns se jetèrent à l'eau pour les aborder à la nage. Ahmed envoya alors des troupes contre les villes qui étaient encore occupées par les Grecs, et, en ayant fait piller et dévaster les environs, il contraignit les habitants à payer la capitation. Cette campagne, appelée l'Expédition du Détroit, eut lieu en l'an 354 (965).

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La mort de Kafour l'ikhchidite, gouverneur de l'Egypte`, causa une grande perturbation dans ce pays; la disette et l'esprit

· Pour la vie de Kafour, voy. le second volume de la traduction d'Ibn-Khallikan. T. II.

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de révolte vinrent y accroître le désordre, et le gouvernement de Baghdad, dont on aurait pu espérer le secours, était alors trop préoccupé de la guerre qui avait éclaté entre Bakhtyar, fils de Moëzz-ed-Dola et son voisiri, Adod-ed-Dola", pour faire attention à cette malheureuse province.

Averti de cet état de choses, El-Moëzz le fatemide résolut d'envahir l'Egypte, et, ayant envoyé Djouher le kateb chez les Ketama pour lever des troupes, il fit prévenir les administrateurs de la province de Barca qu'ils auraient à creuser des puits sur la route qui mène en Orient. Ceci se passa en 355 (966). Deux années plus tard, Djouber revint du Maghreb dont il avait soumis les peuples et perçu l'impôt. Il prit alors le commandement de l'armée qui devait marcher contre l'Egypte, et après avoir reçu la visite d'El-Moëzz qui vint lui faire ses adieux et passer quelques jours au camp, il se dirigea vers ce pays. A la nouvelle de son approche, les troupes égyptiennes se débandèrent, et, vers le milieu du mois de Châban 358 (juillet 969), les Fatemides firent leur entrée au Vieux-Caire. D'après les ordres de Djouher, on fit la khotba (prône) au nom d'El-Moëzz dans la grande mosquée nommée El-Djamê-el-Atic 3, et l'on proclama la souveraineté des Alides (Fatemides) dans toutes les parties de ce pays. Dans le mois de Djomada (premier] de l'an 359 (mars-avril 970), il se rendit à la mosquée d'IbnTouloun pour y célébrer la prière, et il fit insérer dans l'adan (appel à la prière) les mots suivants : Haï ala khaïr il-amı (accourez à l'excellente cuvre). Ce fut alors que, pour la première fois en Egypte, on employa cette formule chïïte dans l'adan. Djouher envoya ensuite de riches cadeaux à El-Moëzz et une députation composée des grands officiers de l'empire ikhchidite.

3

+ Voy. traduction d'Ibn-Khallikan, vol. 1, p. 250, et vol. 1, p. 481. Voy, aussi la chronique d'Abou-'l-Feda.

Yoy. la traduction d'Ibn-Khallikao, vol. 1, p. 340. 3 Cette mosquée fut bâtie par Amr-Ibn-el-Aci, premier conquérant musulman de l'Egypte.

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