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de Ouanoudin, fils d'Ali, fils d'Ahmed, fils de Oualal, fils d'Idris, fils de Khaled, fils d'Elîça, fils d'El-Yas, fils d'Omar, fils de Ouaften, fils de Mohammed, fils de Nahîa, fils de Kâb, fils de Mohammed, fils de Salem, fils d'Abd-Allah, fils d'Omar, fils d'El-Khattab1. Il résulterait de ceci qu'une tige coreichide se serait entée sur la souche masmoudienne et qu'un même esprit de tribu les aurait assimilées, ainsi que cela arrive quand la généalogie d'un peuple se confond dans celle d'une autre. Dans la première partie de cet ouvrage, nous avons développé le principe que nous venons d'énoncer *.

Le Mehdi, en mourant, légua son autorité à Abd-el-Moumen; mais, comme celui-ci était placé [par sa naissance] tout-à-fait en dehors de la communauté masmoudienne et n'avait aucune autre recommandation aux yeux de ce peuple que la faveur et la préférence dont son maître l'avait honoré, l'on se garda bien de publier la mort de l'imam et la nomination de son successeur, avant de s'être assuré de l'entier dévouement de ces tribus. Abdel-Moumen passa donc trois années à attendre le moment où il pourrait exercer ostensiblement le pouvoir qui lui était dévolu. Abou-Hafs vint alors et lui adressa ces paroles : « L'affaire du

siècle de

1 Abd-el-Ouahed-el-Merrakchi, historien almohade du l'hégire, parle assez souvent d'Abou-Hafs, mais il ignorait que ce chef serait, un jour, regardé comme un descendant du khalife Omar. Le caractère presqu'entièrement arabe de la généalogie rapportée ici par Ibn-Khaldoun et l'intérêt qu'avait cet écrivain à ménager l'amourpropre de la famille des Hafsides portent à croire que la liste en question fut fabriquée postérieurement à l'usurpation du trône de l'Ifrikïa par le prince hafside, Abou-Zékérïa. Nous pouvons ajouter que, dans le chapitre des Prolégómènes auquel notre autre auteur va renvoyer le lecteur et dont nous avons une copie sous les yeux, il combat fortement la sotte vanité de certaines grandes familles de l'Afrique qui préténdaient remonter leur origine à quelque notable de la tribu de Coreich, bien qu'elles fussent, en réalité, d'une toute autre race. Il se donne, toutefois, bien garde d'y nommer les Hafsides, mais l'allusion est assez manifeste.

• L'auteur a traité cette question dans ses Prolégomènes, ouvrage encore inédit.

chef

» Mehdi est enfin arrangée, et nous vous reconnaissons pour >> ainsi qu'il l'a voulu. » Il fit alors annoncer publiquement que tout le monde devait prêter le serment de fidélité à Abd-elMoumen, et, après avoir exécuté la dernière volonté du Mehdi en assurant le commandement à celui qui en avait été le disciple favori, il décida tous les Masmouda à reconnaître l'autorité du nouveau chef.

Pendant le règne d'Abd-el-Moumen et celui de son fils Youçof, toutes les affaires importantes se réglaient d'après l'avis d'AbouHafs; dans tous les dangers qui menaçaient la cause almohade, ce fut à ce chef qu'on eût recours, et, dans toutes les batailles qu'on livra au nom d'Abd-el-Moumen, ce fut à l'habileté du cheikh hintatien que l'on dut la victoire. Il commanda l'avantgarde, en l'an 537 (1142-3), lors de l'expédition dirigée contre le Maghreb central, quelque temps avant la prise de Maroc. Tous les Zenata, tels que les Beni-Ouémannou, les Beni-Abd-el-Ouad, les Beni-Ourcîfen et les Beni-Toudjîn s'étaient rassemblés à Mindas afin de résister aux Almohades, mais il les rallia à la cause de son maître, après leur avoir infligé un châtiment sévère. Quand Abd-el-Moumen occupa Maroc et que le révolté de Massa1 se fut attiré les cœurs de la populace en infectant le pays de ses doctrines perfides, ce fut encore au cheikh Abou-Hafs que l'on donna la mission de conjurer le danger. Chargé de combattre les rebelles, il mit fin à l'insurrection et fit disparaître jusqu'aux dernières traces de ce parti égaré. Quand Abd-el-Moumen conçut le projet de sa première expédition en Ifrîkïa, ce fut à AbouHafs qu'il s'adressa d'abord pour avoir des conseils. A son retour de ce pays, il désigna pour successeur son fils Mohammed, et, comme les Almohades hésitaient de reconnaître ce choix, il fit venir Abou-Hafs d'Espagne afin de leur administrer le serment de fidélité. D'après l'avis de cet émir, il fit subir la peine de mort à Islati-el-Herghi, chef des récalcitrants, et il parvint alors très-facilement au but qu'il s'était proposé. En l'an 554 (1159), quand il entreprit sa seconde expédition en Ifrîkïa afin de s'em

Voy. p. 181 de ce volume.

parer d'El-Mehdïa, ce fut Abou-Hafs à qui il confia le gouvernement du Maghreb pendant son absence.

L'on rapporte que, dans les dernières injonctions d'Abd-elMoumen à ses fils, il leur adressa ces paroles : « De tous les >> disciples de l'imam El-Mehdi il n'en reste maintenant qu'[Abou» Hafs-]Omar-Ibn-Yahya et Youçof- Ibn-Soleiman; quant à » Omar, il est de vos amis, mais quant à Youçof, il faut vous » en débarrasser : chargez-le d'une expédition en Espagne, et >> faites-en de même à l'égard de tous les Masmouda dont vous >> ne serez pas contents. Quant à Ibn-Merdenîch1, laissez-le >> tranquille tant qu'il ne se mêlera pas de vos affaires et, atten» dez, pour le frapper, que la fortune se soit déclarée contre lui. » Eloignez de l'Ifrîkïa les Arabes et transportez-les en Maghreb; >> ils vous serviront de corps de réserve si vous avez à com>> battre Ibn-Merdenîch. »

Quand Youçof, fils d'Abd-el-Moumen, monta sur le trône, le cheikh Abou-Hafs s'abstint de lui jurer fidélité et, par cette conduite, il donna de graves inquiétudes aux Almohades; mais, ayant enfin reconnu le mérite du nouveau sonverain à un jugement qu'il lui entendit prononcer dans une séance royale, il lui offrit l'hommage de sa fidélité, en déclarant à haute voix qu'il l'acceptait pour khalife. A la suite de cet événement, qui remplit de joie les partisans de Youçof, ce monarque prit, en l'an 563 (1167-8), le titre de Commandant des croyants (Emîr-elMoumenin) 3.

Lors de l'avènement de Youçof, les Ghomara et les Sanhadja, travaillés par l'esprit du désordre, s'étaient laissés entraîner dans la révolte, l'an 562, par Sebâ-Ibn-Menaghfad. Le cheikh Abou-Hafs reçut alors la commission de leur faire la guerre et, dans l'accomplissement de cette tâche, il se couvrit de gloire.

1 Voy. p. 494 de ce volume.

Dans le texte arabe, on a imprimé, par erreur, le mot Youçof avec un sad.

3 Ceci eut lieu cinq ans après son avènement au trône. L'auteur du Cartas s'accorde, sur ce point, avec Ibn-Khaldoun.

Youçof lui-même marcha ensuite contre les rebelles et acheva leur soumission par le châtiment sévère qu'il leur infligea.

En l'an 564 (1168-9), Youçof prit la résolution de traverser le Détroit afin de secourir l'Espagne musulmane, sur laquelle le roi chrétien s'était rué avec acharnement, et afin de lui arracher Badajos dont l'occupation avait été le résultat d'une trahison'. Avant de se mettre en route, il y fit passer une armée almohade. Le cheikh Abou-Hafs, auquel il donna la conduite de cette expédition, s'établit à Cordoue, réunit sous ses ordres tous les princes de la famille d'Abd-el-Moumen qui commandaient en Espagne et délivra la ville de Badajos au moment même où elle allait succomber. Dans cette campagne, Abou-Hafs remporta plusieurs victoires éclatantes sur les infidèles. En l'an 571 (1475-6), il quitta Cordoue avec l'intention de rentrer à Maroc; mais il mourut avant d'y arriver. On l'enterra à Salé où il avait rendu le dernier soupir.

Ses enfants jouissaient de tant de considération, qu'après sa mort, ils alternaient avec les fils d'Abd-el-Moumen dans les gouvernements de l'Espagne, du Maghreb et de l'lfrikïa. Ce fut ainsi que [Yacoub]-el-Mansour, au commencement de son règne, confia le gouvernement de l'Ifrikïa à Abou-Saîd-Ibn-Abi-Hafs, celui dont on connaît la transaction avec [Ibn-]Abd-el-Kerîm, le révolté d'El-Mehdïa 2. Il choisit aussi pour vizir Abou-Yahya, fils d'Abou-Mohammed - Abd-el-Ouahed [et petit-fils d'AbouHafs] . En 591 (1195), Abou-Yahya fit partie de l'avant-garde au combat d'El-Arca (Alarcos), journée glorieuse pour les musulmans; il y déploya une bravoure qui excita l'admiration géné–

1 Voy. ci-dessus, p. 198, note.

2 Voy. pp. 97 et 219 de ce volume.

3 Nous devons faire remarquer que l'auteur du Cartas désigne AbouMohammed-Abd-el-Ouahed, non pas comme fils d'Abou-Hafs, mais comme fils d'Abou-Eekr et petit-fils d'Abou-Hafs. L'historien ErRoaïni-el-Cairouani adopte cette opinion. Ici, dans le texte arabe d'IbnKhaldoun, les manuscrits portent, par erreur, Ibn-Abd-el-Ouahed; le premier mot est de trop.

rale et il trouva le martyre sur le champ de bataille. Pour cette raison, ses descendants s'appellent encore aujourd'hui les fils du martyr (Beni-'s-Chehid). Ils habitent maintenant la ville de Tunis.

En 604 (1204-5), En-Nacer entra en Ifrîkïa sur la nouvelle qu'Ibn-Ghanîa s'était emparé de Tunis, et, après avoir repris cette ville, il alla mettre le siége devant El-Mehdïa. Voyant que les Arabes nomades avaient pris les armes pour le combattre et qu'ils s'étaient ralliés autour d'Ibn-Ghanîa afin de bloquer la ville de Cabes, il expédia contre ces brigands une armée almo÷ hade commandée par Abou-Mohammed-Abd-el-Ouahed, fils du cheikh Abou-Hafs. En 602, ce général attaqua Ibn-Gbanîa à Tadjera, localité des environs de Cabes, et lui tua son frère Djobara et une foule de partisans. Il fit aussi un grand nombre de prisonniers et délivra de captivité le gouverneur de Tunis, le cid Abou-Zeid, fils de Youçof, fils d'Abd-el-Moumen. Il rejoignit ensuite En-Nacer qui pressait le siége d'El-Mehdïa el contribua, par son arrivée, à la chute de cette place forte. Ce fut là un des services qui portèrent En-Nacer à lui confier le gouvernement de l'Ifrikia.

ABOU-MOHAMMED, FILS DU CHEIKH ABOU-HAFS, EST NOMMÉ GOUVERNEUR DE L'IFRÎKÏA. ORIGINE DE LA DYNASTIE HAFSIDE.

Ibn-Ghanfa et ses partisans venaient d'envahir l'Ifrîkïa, de s'emparer des principales villes de ce pays, d'occuper Tunis à la suite d'un siège et d'en faire prisonnier le gouverneur, le cîd Abou-Zeid, quand En-Nacer quitta le Maghreb en 601 (1204-5), comme nous l'avons déjà mentionné, et enleva au chef almoravide toutes ses conquêtes. Après avoir fait investir El-Mehdïa, où Ibn-Ghanta avait laissé ses fils et ses trésors, il plaça le cheikh Abou-Mohammed à la tête d'une armée et l'envoya contre ce chef qui était parti, avec ses bandes, pour ravager les environs de Cabes. L'officier hafside attaqua les insurgés à Tadjera, localité des environs de Cabes, et leur enleva tout, tentes,

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