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Mazouna, ville qui existe encore. Ce fut d'un des ports de leur territoire qu'Abd-er-Rahman, surnommé Ed-Dakhel (l'intrus, le nouveau venu), et fondateur de la dynastie oméïade d'Espagne, mit à la voile pour aborder à Almuñecar, en Andalousie.

La tribu de Maghîla donna le jour à Abou-Corra-el-Maghîli, prince sofrite qui régna quarante ans, assiégea Tobna et livra plusieurs batailles aux émirs arabes de Cairouan. Il vécut vers le commencement de la dynastie abbacide. On dit, cependant, qu'il appartenait à la tribu d'Ifren, et comme cette opinion me paraît conforme à la vérité, je renvoie le lecteur au chapitre où je donne l'histoire des Beni-Ifren, branche des Zenata.

Abou-l'-Hassan, chef qui se révolta en Ifrîkïa dans les premiers temps de l'islamisme, appartenait à la tribu de Maghîla, ainsi qu'Abou-Hatem-Yacoub, fils de Lebîb, fils de Medyen, fils d'Itouweft, fils de Melzouz. Selon les récits de Khaled, fils de Khodach et de Khalifa-Ibn-Kheïat, savants maghiliens, AbouHatem et Abou-Corra prirent les armes en l'an 150 (767-8), et s'emparèrent de Cairouan.

Au nombre de leurs chefs les Maghila comptaient aussi MouçaIbn-Kholeid, Melih-Ibn-Alouan et Hassan-Ibn-Zeroual, le même qui accompagna Abd-er-Rahman l'oméïade en Espagne.

Sous le règne de Yala-Ibn-Mohammed-el-Ifreni, les Maghîla eurent pour émir Deloul-Ibn-Hammad, celui qui bâtit Igri 1, ville située à douze milles de la mer et dont on ne trouve plus que les ruines. De nos jours, il ne se rencontre pas une seule tribu maghilienne ni même une seule famille de cette race dans la localité que nous venons d'indiquer.

La seconde des deux bandes dans lesquelles les Maghîla se partageaient habitait le Maghreb-el-Acsa. Lors de l'arrivée d'Idris-Ibn-Abd-Allah en Maghreb, elle se réunit aux Auréba et aux Sadîna, pour protéger ce prince et pour soutenir sa cause; elle porta aussi les autres tribus berbères à imiter leur exemple. Jusqu'à la chute des Idricides, elle leur témoigna un dévouement inaltérable. Dans le territoire qu'elle occupa et qui est situé

1 Variantes: Aikouni, Aikdi, Aifkan, etc.

entre Fez, Sofrouï et Miknaça (Mequinez), on trouve encore un reste de ses descendants.

Les Medĵouna, enfants de Faten et frères des Maghîla et des Matmata, demeuraient tous dans la province de Tlemcen, dont ils occcupaient la partie qui s'étend depuis la montagne appelée encore aujourd'hui Djebel-beni-Rached jusqu'à celle qui s'élève au midi d'Oudjda et qui porte leur nom. Ils parcouraient, en nomades, les plaines et les autres localités de cette région. Du côté du sud-est, ils avaient pour voisins les Beni-Iloumi et les BeniIfren; à l'occident, ils avaient les Miknaça, et entre eux et la mer, les Koumïa et les Oulhaça.

Parmi leurs hommes illustres, on distingue particulièrement Djerîr-Ibn-Masoud, chef qui les commanda à l'époque où ils prirent part à la révolte d'Abou-Hatem et d'Abou-Corra.

Un grand nombre des Mediouna passa en Espagne lors de la première invasion de ce pays, et ils y devinrent très-puissants. Hilal-Ibn-Aḥzïa, un de leurs émirs, embrassa le parti de Chakïael-Miknaci1 et se révolta à Ste-Marie (Albarracin), contre Abder-Rahman-ed-Dakhel; mais, ayant ensuite fait sa soumission, il obtint de ce prince un brevet qui le constituait chef des Medïouna. Son autorité s'étendait sur les Berbères établis dans l'orient de l'Espagne et dans Ste-Marie. Nabeta-Ibn-Amr, un de ses parents, lui succeda.

Lors de la conquête du Maghreb central par les Beni-Toudjîn et les Beni-Rached, tribus zenatiennes, les Mediouna étaient fort réduits en nombre et en puissance; aussi furent-ils expulsés des campagnes de cette contrée par les envahisseurs et forcés à se retirer dans les châteaux qu'ils possédaient à Mont-Teçala et à Mont-Mediouna. L'impôt vint alors les frapper, et l'adversité les poursuivit au point qu'il n'en reste dans ces localités qu'un faible débris, s'occupant exclusivement de travaux agricoles. Il s'en trouve aussi quelques restes au milieu des autres tribus et confondues avec elles. Entre Fez et Sofrouï on rencontre une fraction des Mediouna qui vit dans le voisinage des Maghîla et sous leur protection.

1 Quelques pages plus loin l'auteur parle de Chakia.

Les Koumïa, nommés dans les temps anciens les Satfoura, sont enfants de Faten et frères des Lemaïa et des Matghara. << Ils forment trois branches desquelles dérivent toutes les fa>> milles de cette tribu. Ces branches sont : les Nedroma, les >> Saghara et les Beni-Iloul. Des Nedroma sortirent les Nefouta, >> les Harça, les Ferda, les Hefana et les Ferana; les Beni-Iloul » se partagèrent en Mecîfa, en Outîoua, en Hebicha, en Hiouara >> et en Oualgha; les Saghara formèrent les tribus de Matîla et >> Beni-Hobacha1. C'est aux Nefouta qu'appartenait le célébre » généalogiste, Hani - Ibn-Masdour-Ibn-Meris-Ibn-Nefout. >> Voilà ce que les livres [des Berbères] donnent pour certain.

La tribu des Koumïa habitait le pays maritime du Maghreb central, aux environs d'Archgoul et de Tlemcen. Formidables par leur nombre et leur bravoure, ils devinrent une des plus puissantes d'entre les tribus almohades, tant à cause de leur promptitude à seconder le mouvement des Masmouda en faveur du Mehdi que de leur zèle à propager la doctrine unitairienne qu'enseignait cet imam. Ils eurent surtout l'avantage de former la tribu à laquelle appartenait Abd-el-Moumen, le compagnon et successeur du Mehdi. En effet, Abd-el-Moumen faisait partie des Beni-Abed, famille distinguée de cette tribu. « Il était fils d'Ali, >> fils de Makhlouf, fils de Yala, fils de Merouan, fils de Nasr, >> fils d'Ali, fils d'Amer, fils d'El-Amir, fils de Mouça, fils d'Abd» Allah, fils de Yahya, fils d'Ourzaïgh, fils de Satfour.» C'est par cette filiation que les historiens de l'empire almohade le font remonter à Satfour; puis ils ajoutent : « Satfour était fils de Ne» four, fils de Matmat, fils de Houdedj, fils de Caïs, fils de >> Ghailan, fils de Moder»; et l'un de ces auteurs assure que cette généalogie fut copiée sur une note de la main d'Abou-MohammedAbd-el-Ouahed-el-Makhlouê, fils de Youçof, fils d'Abd-el-Moumen. A cette occasion nous rappellerons que nous avons déjà rejeté comme fausse la généalogie qui fait descendre les Berbères de Caïs-Ghailan: les noms assignés aux ancêtres d'Abd-el-Moumen montrent que c'est une pure fabrication : : on n'y trouve que

1. La plupart de ces noms sont altérés.

des noms arabes, tandis que la famille de ce chef était berbère, ainsi qu'ils le reconnaissent eux-mêmes. C'est encore une erreur que de faire descendre Satfour de Matmat; tous les généalogistes berbères s'étant accordés à les représenter comme frères. Quoi qu'il en soit, Abd-el-Moumen appartenait certainement à la tribu des Koumïa; Dieu seul peut en savoir le contraire. La famille dans laquelle il naquit jouissait d'une certaine considération et habitait Tagrart, château situé sur la montagne qui domine Honein du côté de l'orient. Abd-el-Moumen était encore dans sa première jeunesse quand il quitta sa tribu pour aller s'instruire dans la loi. Arrivé à Tlemcen, il prit des leçons des principaux docteurs de cette ville, tels qu'Ibn-Saheb-es-Salat et Abd-esSelam-et-Tounici (le tunisien), homme d'une piété extraordinaire et le premier docteur du siècle dans la jurisprudence et la théologie scholastique. Il gît maintenant dans le mausolée qui recouvre le tombeau du cheikh Abou-Medîn. Abd-el-Moumen perdit cet habile maître avant d'avoir acquis une connaissance parfaite des sciences qu'il enseignait, et dévoré toujours par la soif de s'instruire, il désira connaître à fond les diverses leçons du Coran 1. Ce fut alors qu'on apprit l'arrivée de MohammedIbn-Toumert à Bougie. Ce docteur ne portait pas encore le titre de Mehdi, et se faisait appeler El-Fakîh-es-Souci (le légiste de Sous). Parti de l'Orient pour rentrer en Maghreb, Ibn-Toumert s'était occupé, pendant tout le temps de son voyage, à réformer les mœurs dans les localités qu'il traversait et à en faire disparaître les usages qui offensaient la loi divine. Propagateur zélé des lumières de la science, il donnait des consultations sur des questions de droit et enseignait la jurisprudence et la théologie. Profondément versé dans les doctrines de l'école d'El-Achâri 2,

Il y a sept leçons ou éditions du Coran, reconnues par les docteurs comme également authentiques. Elles ne diffèrent en général que dans la manière de ponctuer et prononcer certains mots, ce qui influe quelquefois sur le sens du texte.

2 Dans l'Introduction à la lecture du Coran par Sale, on trouvera une exposition de la doctrine acharite. Les membres de cette secte entretenaient des opinions particulières au sujet des attributs divins et de

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il avait déployé des connaissances qui lui méritèrent le rang de docteur dans cette secte. Ce fut même par lui que les principes achariens furent introduits en Maghreb. Les jeunes gens qui étudiaient la loi à Tlemcen souhaitaient avec ardeur les enseignements d'un tel maître, et dans leurs entretiens, ils se disaient les uns aux autres: «< vous devriez bien aller trouver ce docteur, » et tâcher de l'attirer à Tlemcen par la perspective des mé>> rites qu'il pourra acquérir en communiquant ses lumières aux >> habitants d'une localité aussi importante. » Poussés par les sollicitations de ses condisciples, par l'ardeur de la jeunesse et par cet amour des voyages que l'on contracte en vivant sous la tente, Abd-el-Moumen se chargea de leur commission et partit pour Bougie. Il trouva Ibn-Toumert à Melala où il s'était retiré pour jouir de la protection des Beni-Ourîagol et éviter la poursuite d'El-Azîz, seigneur de Bougie. Ibn-Toumert lut avec un vif intérêt l'invitation écrite que lui envoyèrent les étudiants de Tlemcen, mais il avait alors en vue des projets qui l'empêchèrent d'y répondre. Alors Abd-el-Moumen s'attacha à lui, le suivant partout et mettant à profit ses enseignements. Pendant leur voyage vers le Maghreb, il fit un tel progrès dans l'étude et montra tant d'intelligence et d'aptitude que son maître le traita avec une bonté toujours croissante et finit par l'adopter comme ami et élève favori. Pour l'encourager encore davantage, il lui adressa ces paroles : « je reconnais aux traits de ta figure que >> tu deviendras un jour mon lieutenant. » La route qui les conduisit en Maghreb les mena vers les environs de Médéa. Ils y trouvèrent les Thâleba, tribu dont il a déjà été question 1. Ces Arabes offrirent à Ibn-Toumert un âne fort et vigoureux pour lui servir de monture, mais ce docteur le céda à Abd-el

la prédestination. On pourra aussi consulter la traduction allemande de l'ouvrage de Chehrestani sur les sectes islamiques et les écoles philosophiques. Ce volume est intitulé Schahrastani's Religionspartheien und Philosophenschulen. Le traducteur, Theodor Haarbrücker, a pris pour base de son travail la belle édition du texte arabe de Chehrestani, publiée à Londres par le docteur Cureton.

1 Voyez ci-devant, page 122 et suivantes.

N

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