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et Laribus aux Arabes. On peut voir, au sujet de ces chefs, les détails que nous avons rapportés dans l'histoire de la dynastie sanhadjite 1.

En l'an 556 (1161), Abd-el-Moumen se mit en marche pour rentrer à Maroc, et ayant alors appris que les Arabes de l'Ifrîkïa s'étaient encore jetés dans la révolte, il renvoya contre eux un détachement de son armée. Ce corps, étant parvenu à Cairouan, châtia les insurgés et tua leur chef, Mahrez-Ibn-Zîadel-Fadeghi, membre de la tribu rîahide des Beni-Ali.

CONDUITE D'IBN-MERDENÎCH, CHEF INDÉPENDANT DE L'ESPAGNE

ORIENTALE.

Abd-el-Moumen s'occupait à soumettre l'Ifrîkïa quand il apprit que Mohammed-Ibn-Merdenîch 3, chef indépendant qui se tenait dans la partie orientale de l'Espagne, était sorti de Murcie pour mettre le siège devant Jaen, et qu'il en avait contraint le gouverneur, Mohammed-Ibn-Ali-el-Koumi, à reconnaître son autorité. Il apprit aussi que ce même chef était parvenu à surprendre la ville de Carmona, après avoir tenté le siège de Cordoue, et qu'étant ensuite revenu contre cette dernière ville, il avait défait les troupes d'Ibn-Iguît et tué ce général.

Aussitôt qu'Abd-el-Moumen eut reçu ces nouvelles, il écrivit à ses gouverneurs en Espagne pour leur annoncer le triomphe de ses armes en Ifrîkïa et son intention de se rendre au milieu d'eux. Il débarqua effectivement à Gibraltar et rassembla sous ses drapeaux les populations espagnoles et les troupes almohades qu'il avait envoyées dans ce pays. Après avoir expédié cette armée contre les infidèles, il repartit pour Maroc.

Le roi chrétien marcha à la rencontre des Almohades et es

1. Voir ci-devant, pp. 39 et suivantes.

2. Ici le texte et les manuscrits portent Fareghi.

3. L'Aben Cat et Abenzat des historiens espagnols. Voir ci-devant, p. 186, note 2.

suya une défaite. Ibn-Homochk, beau-père d'Ibn-Merdenîch, se laissa enlever Carmona par le cîd Abou-Yacoub, gouverneur de Séville.

A la suite de cette conquête, le cîd Abou-Yacoub partit pour Maroc avec le cîd Abou-Saîd, gouverneur de Grenade, afin de visiter le khalife [Abd-el-Moumen]. Ibn-Homochk profita de leur absence pour établir des intelligences dans Grenade, se rendre maître de cette ville par une surprise nocturne et refouler la garnison almohade dans la citadelle.

Abd-el-Moumen partit encore de Maroc afin de délivrer cette place importante, et, parvenu à Salé, il fit prendre les devants. au cîd Abou-Saîd. Celui-ci traversa le Détroit, opéra sa jonction avec Abd-Allah-Ibn-Abi-Hafs-Ibn-Ali, gouverneur deSéville,et marcha sur Grenade. Repoussé par Ibn-Homochk, qui était sorti à sa rencontre, il opéra sa retraite sur Malaga et obtint d'Abdel-Moumen un renfort de troupes almohades sous les ordres du cîd Abou-Yacoub. Les deux frères prirent alors la route de Grenade, où Ibn-Merdenîch venait d'amener un corps de troupes chrétiennes au secours d'Ibn-Homochk. Les Almohades attaquèrent l'armée ennemie dans la plaine de Grenade et lui firent éprouver une telle défaite qu'Ibn-Merdenîch rentra au plus vite dans ses états, pendant qu'Ibn-Homochk courut s'enfermer dans Jaen pour soutenir un siège. Après cette victoire, les deux cîds se rendirent à Cordoue et ils continuèrent à y faire leur séjour jusqu'en l'an 558 (1163). Le cîd Abou-Yacoub fut alors rappelé à Maroc pour se faire reconnaître comme successeur du trône à la place de son frère[ Abou-Abd-Allah-]Mohammed1. Bientôt après il partit de cette capitale à la suite de son père, le khalife, qui s'était proposé d'aller encore faire la guerre sainte. Ce fut la dernière expédition d'Abd-el-Moumen; arrivé à Salé, dans le mois de Djomada second (mai-juin 1163), il rendit le dernier

1. Selon l'auteur du Cartas, le sultan avait reconnu que ce prince était incapable de gouverner; El-Marrekchi dit qu'il fut privé de la succession à cause de son amour pour le vice, de l'extravagance de sa conduite et de sa lâcheté.

soupir. Son corps fut porté à Tînmelel et enterré auprès du tombeau du Mehdi 1.

AVÈNEMENT DU KHALIFE [ABOU-YACOUB-]YOUÇOF, FILS

D'ABD-EL-MOUMEN.

Aussitôt qu'Abd-el-Moumen eut cessé de vivre, le cîd 2 AbouHafs fit reconnaître la souveraineté de son frère, Abou-Yacoub [-Youçof], fils du monarque défunt, et administra au peuple le serment de fidélité. L'inauguration du nouveau khalife s'accomplit avec l'assentiment des Almohades et l'approbation spéciale du cheikh Abou-Hafs. Tous reprirent alors la route de Maroc.

Le cîd Abou-Hafs se chargea des fonctions de vizir, office qu'il avait rempli depuis la chute d'Abd-es-Selam-el-Koumi 3. C'était en l'an 555 (1160) qu'il avait été rappelé de l'Ifríkia pour servir de vizir à son père, Abd-el-Moumen, et, jusqu'à la mort de ce monarque, il avait toujours eu Abou-`l-Ola-Ibn-Djamê pour coadjuteur.

La mort d'Abd-el-Moumen fut suivie de celle de ses fils, le cîd Abou-'l-Hacen, seigneur de Fez, et le cîd Abou-Mohammed [-Abd-Allah], seigneur de Bougie. Celui-ci venait de quitter le siège de son gouvernement pour se rendre à là capitale, lorsqu'il mourut en chemin.

1. En l'an 557, Abd-el-Moumen fit construire une flotte considérable : le port de Mamoura fournit 120 navires; Tanger, 60; Badîs et les autres ports du Rîf, 180; Oran et Honein, 100, et l'Espagne, 80.

La même année, il fit inviter secrètement sa tribu, les Koumïa, d'envoyer leurs guerriers à Maroc. Ils y arrivèrent au nombre de quarante mille, dit l'auteur du Cartas (dont les chiffres sont presque toujours exagérés), et furent placés à la suite des Tinmelel, dans l'organisation politique des Almohades. Ces troupes formèrent, dès lors, la garde personnelle d'Abd-el-Moumen, qui ne se fiait plus aux Masmouda depuis qu'il venait d'échapper à une tentative d'assassinat. Ce corps d'armée arriva sous prétexte de faire une simple visite au sultan, parent de tous les membres de la tribu de Koumïa. · (Cartas.)

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2. Voir sur l'emploi et la signification du mot cîd, la p. 89 de ce vol. 3. En l'an 555, Abd-el-Moumen, se trouvant à Tlemcen, fit arrêter son vizir favori et compatriote, Abd-es-Selam-el-Koumi. Selon ElMarrekchi, on étrangla le prisonnier; mais l'auteur du Cartas dit qu'on lui fit boire du lait empoisonné.

En l'an 560 (1164-5), le cîd Abou-Saîd fut rappelé de Grenade par Abou-Yacoub, et débarqua à Ceuta où il fut honorablement accueilli par le cîd Abou-Hafs. Quelque temps après son arrivée, il reçut du khalife l'ordre de repasser en Espagne avec une armée almohade et d'y mener le cîd Abou-Hafs, vu que les tentatives d'Ibn-Merdenîch contre la ville de Cordoue exigeaient une prompte répression. Ayant traversé le Détroit avec un corps de troupes arabes, fournies par les tribus de Zoghba, de Rîah et d'Athbedj, Abou-Saîd se mesura, dans la plaine de Murcie, avec le chef espagnol et les bandes chrétiennes dont celui-ci avait obtenu l'appui. La bataille se termina parla défaite d'Ibn-Merdenîch qui courut s'enfermer dans Murcie. Les Almohades investirent cette ville, en soumirent les campagnes voisines et parvinrent à éteindre le feu de la guerre qu'Ibn-Merdenîch avait entretenu jusqu'alors. En 561, les deux frères, Abou-Hafs et Abou-Saîd, reprirent la route de Maroc.

Le khalife donna ensuite le gouvernement de Bougie à son frère, le cîd Abou-Zékérïa, et celui de Séville à Abou-AbdAllah-Ibn-Ibrahim, cheikh qu'il remplaça plus tard par un autre de ses frères, le cid Abou-Ibrahîm, et qu'il laissa auprès de ce prince en qualité de vizir; au cîd Abou-Ishac, il confia le gouvernement de Cordoue, et au cîd Abou-Saîd, celui de Grenade.

Le gouvernement almohade dirigea alors son attention vers la forme qu'il fallait donner à l'alama, ou paraphe, que le khalife devait tracer de sa propre main sur les écrits officiels, et l'on fit choix des mots El-hamdo lillahi ouahdahou (louange au Dieu -unique). Cette formule, que l'imam El-Mehdi avait inscrite sur quelques proclamations émanées de lui, continua à servir d'alama aux Almohades jusqu'à la fin de leur empire.

RÉVOLTE DES GHOMARA.

En l'an 562 (1166-7), l'émir Abou-Yacoub-Youçof entreprit une expédition dans les montagnes des Ghomara où Sebâ-IbnMenaghfad, membre de cette tribu, se maintenait en pleine

révolte avec l'appui de ses voisins, les Sanhadja. Il y avait déjà envoyé le cheikh Abou-Hafs à la tête d'une armée almohade; mais, ayant reconnu que l'insurrection devenait de plus en plus menaçante, il se décida à y marcher en personne. Arrivé au milieu des insurgés, il éteignit la rébellion dans leur sang et celui de leur chef; puis il ordonna à son frère, le cîd Abou-Aliel-Hacen, de prendre le commandement de Ceuta et du pays des Ghomara.

L'année suivante, les Almohades se rassemblèrent pour renouveler à leur sultan le serment de fidélité, et ils le saluèrent du titre d'Emir-el-Moumenîn (Commandant des croyants). Abou-Yacoub fit alors un appel aux Arabes de l'lfrîkïa pour les engager à combattre [les infidèles], et à cette occasion il leur adressa un poème et une épître qui sont encore très admirés. On sait que ces nomades répondirent à son invitation et lui envoyèrent de nombreux contingents.

ÉVÉNEMENTS DE L'ESPAGNE.

Le khalife Abou-Yacoub, ayant raffermi son autorité en Afrique, tourna ses regards vers l'Espagne dont la situation lui paraissait exiger la reprise de la guerre sainte. L'ennemi maudit avait surpris successivement les villes de Truxillo, Evora, la forteresse de Chebrîna, celle de Djelmanïa1 située vis-à-vis de Badajoz et, ensuite, la ville de Badajoz elle-même. Cette nouvelle alarmante décida le khalife à y envoyer l'élite de l'armée almohade, sous les ordres du cheikh Abou-Hafs. En l'an 564 (1168-9), ce général marcha pour délivrer Badajoz. Arrivé à Séville, il apprit que la garnison almohade de Badajoz, ayant été secourue par [Ferdinand II,] fils d'Alphonse [VIII], venait de vaincre et faire prisonnier Ibn-er-Renk [Don Alphonse Henriquez], celui qui la tenait assiégée 2, et qu'Ibn-Djeranda [Giralde]

1. Le château de Chebrîna est inconnu ; celui de Djelmanïa a disparu. 2. En l'an 1168, le roi de Portugal s'empara de Badajoz et se brouilla avec Don Ferdinand, roi de Léon, qui marcha contre lui parce que cette

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