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parts: l'une, au nom de Sidi-Cheikh; l'autre, au nom de Sid El-Hadj Bou Hafse. Ces parts sont données chez les Châamba aux Abid des Oulad-Sidi-Cheikh de Metlili, descendants d'esclaves affranchis auxquels les fondateurs de la famille ont abandonné une partie des redevances qu'ils prélevaient eux-mêmes auparavant. Le khebir de la harka, son chef et en même temps son guide, qu'on choisit parmi les plus braves et les plus entreprenants de ceux qui connaissent bien le pays où on opère, a, de son côté, double part: une première, égale à celle de ses compagnons, et une seconde de valeur variable, la reziza qui est aussi parfois donnée aux membres du rezzou qui jouissent d'une certaine notoriété. Le partage du butin pris sur les Ifoghas fut fait dans ces conditions sur le pied de trois à quatre chameaux par mehari, suivant la valeur des bêtes, non compris les parts de Sidi Cheikh et de Sidi El-Hadj Bou Hafse qu'on envoya aux Abid de Metlili, et les parts de reziza. Mouley Belkheir et Ahmed ben Miloud en eurent chacun une comme khebir, ainsi que les Oulad-Sid-ElArbi qui avaient accompagné la harka. Les Medaganat ne s'étaient, d'ailleurs, jamais écartés de l'observation de ces règles, et, par la suite, ils continuèrent à les respecter scrupuleusement.

L'été se termina sans autre incursion des Medaganat; mais, dans la région même d'Ouargla, deux razzia, qui jetèrent un moment l'alarme, leur furent d'abord imputées, bien qu'ils y fussent étrangers. La première avait été exécutée par Mohammed ben El-Ghademsi, des Châamba d'Ouargla, qui se réfugia ensuite à In-Salah et deux indigènes des Saïd-Oulad-Amar. Ils enlevèrent à Mezare, près El-Hadjira, 24 chameaux aux Oulad Naïl, mais poursuivis vigoureusement par le makhzen d'Ouargla, ils se sauvèrent dans l'Erg de Ghourd-OuladYaïche, en abandonnant tout leur butin sauf deux bêtes. La seconde razzia avait pour auteurs un Targui et son nègre, qui prirent sept chameaux des Mekhadema, à

Oum-el-Kebbache. L'agha, Abd El-Kader ben Amar, nommé au commencement de l'année en remplacement de Saïd ben Driss, était d'abord monté à cheval avec tout son makhzen; puis, apprenant ce qui s'était passé, il rentra à Ouargla, laissant huit mehara continuer la poursuite. Le Targui réussit à leur échapper; mais le nègre et les chameaux volés tombèrent entre leurs mains.

A In-Salah, un incident plus grave se produisit à peu près vers ce moment. Les Ifoghas razzés par les Medaganat tombèrent sur les troupeaux des Zoua-Sid-ElHadj-Mohammed et en enlevèrent une grande partie, suivant en cela les habitudes invariables des Touareg, qui, lorsqu'ils ont à se venger d'un ennemi et ne peuvent l'atteindre ou n'osent pas l'attaquer, s'en prennent à des voisins plus faibles qu'eux. Leur coup de main sur InSalah s'expliquait, d'ailleurs, aussi par la présence continuelle de quelques-uns des Medaganat dans ces parages, et par l'accueil qu'ils y recevaient encore individuellement en leur qualité de Châamba, malgré les démêlés antérieurs avec les tribus du pays. Mais, non contents d'avoir razzés les Zoua, les Ifoghas crurent pouvoir s'aventurer plus loin dans la direction du ksar El-Kebir. Leur marche avait été signalée : les contingents des Oulad-Ba-Hammou et des ksour voisins de ksar ElKebir, très supérieurs en nombre, les surprirent et les cernèrent. Forcés de se rendre, ils furent démontés et désarmés, puis remis en liberté avec quelques chameaux seulement pour retourner chez eux. Aussitôt rentrés, les Ifoghas reformèrent un second rezzou et marchèrent de nouveau vers In-Salah.

A deux journées de marche du Tidikelt, ils rencontrèrent Diab ben Lakhedar et trois autres des Chàamba refugiés au Ahaggar, qui allaient chercher des dattes avec un certain nombre de chameaux. Quelque temps auparavant précisément, la paix avait été rompue entre les Touareg Azdjer et ceux du Ahaggar qui avaient razzés les premiers dans le Sud. Ces Chàamba étaient donc

pour les Ifoghas doublement ennemis. Diab et ses compagnons, attaqués à l'improviste, furent bientôt faits prisonniers, et ce résultat paraissant suffisant, la harka rentra dans ses campements. A la suite de cette affaire, on crut, pendant quelque temps, que les quatre Châamba avaient été tués. Mais les Ifoghas, auxquels El-Hadj Abd El-Kader Ibn Badjouda avait fait rendre leurs armes et leurs chameaux sur la demande d'El-Hadj Ikhenoukhen, ne tardèrent pas à les mettre en liberté en leur restituant aussi le butin fait sur eux.

Terezokh et les autres victimes du coup de main exécuté par les Medaganat près de Temassinin durent ainsi renoncer à tout espoir de recouvrer leurs troupeaux.

Vers cette époque, les Medaganat, qui avaient obtenu de l'hospitalité des Oulad-Hassein d'El-Hadj-Guelman tout ce qu'ils pouvaient en attendre, partirent pour Hahea, à la suite de quelques discussions avec les Khenafsa qui demandèrent à être remboursés de diverses avances faites par eux.

Hahea, situé un peu au nord d'El-Hadj-Guelman, fait aussi partie du Gourara. C'est un ksar d'une centaine de maisons habitées par les Oulad-Daoud, fraction de la tribu des Oulad-Saïd, qui occupent quelques autres villages dans le district du même nom et sont en général hostiles aux Khenafsa. Les Medaganat furent donc particulièrement bien reçus, quoique leurs relations avec les El-Hadj-Guelman et les Khenafsa ne fussent pas complètement rompues. Ils rentrèrent, d'ailleurs, bientôt sur le territoire des parcours de cette tribu. La récolte des dattes terminée, leurs tentes se dispersèrent peu à peu, mais moins au Sud que l'année précédente, à cause des craintes que faisait encore concevoir l'attitude des Ifoghas. Elles étaient encore réunies en partie à HassiMansour, lorsque arriva vers la fin de janvier une députation des Châamba d'Ouargla (1).

(1) La députation comprenait une dizaine de mehara des Oulad

VI

1878

Méad des Oulad-bou-Saïd.

Attaque de la caravane d'esclaves du Gourara. Razzia sur l'oued Zergoun Razzia sur le Ahaggar.

et à Zebbacha.

La députation, le méâd, suivant l'expression consacrée, avait été envoyée par l'agha Abd El-Kader ben Amar, pour apporter aux dissidents une promesse d'aman général, s'ils rentraient de suite à Ouargla. Il était parti à la fin de novembre et, après un court séjour chez les Zoua, à Frenta, avait pris la route du Gourara où il resta pour régler différentes affaires jusqu'au commencement de 1878. Vers la fin de janvier seulement, il arriva dans les campements des Medaganat. Tous ceux dont les tentes étaient plus loin, vinrent aussitôt à H.-Mansour où fut fixé le rendez-vous général.

Malgré les instances des Châamba, Mouley Belkheir et Boubeker ben Abd El-Hakem profitèrent seuls de l'aman qui leur était offert. Mariés à la fois dans leur tribu d'origine et chez les Khenafsa, ils préféraient ne pas conserver autour d'eux une famille trop nombreuse, et tenaient d'ailleurs à ramener chez les Châamba les fils de leurs premières femmes pour les faire élever selon les traditions de la tribu. Ils se décidèrent donc à revenir momentanément à Ouargla avec l'intention bien arrêtée d'abord de retourner un peu plus tard au Gourara où restaient les autres enfants et partirent avec le méâd à la fin de mars.

ben-Saïd, parmi lesquels Mohammed ben Ahmed ben Brahim, Mohammed ben Mabrouk, Belkheir ben Salem, Lakhedar ben Bou Rahela, Ahmed ben Aïssa, tous des Deboub et des Oulad-SidiAbdallah.

Quant aux autres Medaganat, la vie aventureuse qu'ils menaient leur convenait, et ils ne se souciaient pas d'y renoncer: elle tenta, d'ailleurs, l'un des Châamba venus pour les ramener, Ahmed ben Aïssa, qui resta avec eux. Avant le départ du méâd, il s'était produit un incident qui causa une certaine émotion chez les Khenafsa.

Parmi les chameaux razzés sur les Ifoghas dans le courant de l'été se trouvaient quelques bêtes volées en Tunisie par des Châamba-Guebala d'Ouargla et du Souf qui les avaient confiées à Terezokh. Ces indigènes demandèrent aux Medaganat de les leur rendre, et, n'ayant pu l'obtenir, partirent au nombre de six (1) pour se faire justice eux-mêmes.

Leur projet primitif était de razzer les Medaganat mêmes. Mais en arrivant au medjebed d'In-Salah à ElGoléa, ils apprirent, par une guclfa de Mouadhi, que le kabbar d'hiver, la grande caravane d'esclaves était partie quelques jours auparavant pour le Gourara et ne devait pas être loin.

Les gens du Touat envoient tous les ans à Timbouctou deux caravanes, dont l'une revient à la fin d'été, l'autre en hiver. Elles ramènent plusieurs centaines d'esclaves, des femmes et des enfants surtout. Ceux qui sont achetés par les ksour de Reggan, de Bonda, de Timmi-Tamentit et les tribus de l'Ouest quittent le medjebed d'In-Salah à la sortie du Båten d'Ahent et sont dirigés sur Sali. Les autres arrivent à In-Salah, d'où l'on envoie au Gourara tout ce qui ne reste pas dans le pays même. La route étant en général assez sûre entre les deux points, l'escorte de la caravane ainsi formée est peu nombreuse, d'autant plus que, pour éviter les frais de transport, les esclaves portent eux-mêmes une partie de leurs vivres,

(1) Mohamed ben Younès des Oulad-Feredj du Souf; Hamoua ben Mohamed ben Lessoued, Bou-Hafs ben Rahila des Oulad-bou-Saïd ; Bidoun ben Abd El-Kader ben Sliman des Doui; Mansour ben Ahmed ben Lekhal et Souab ben Maatallah des Oulad-Zid.

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