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Mohammed ben Haoued des Oulad-Feredj, le frère de Bou Checheba. Comme tous les Chaâmba, Mohammed ben Haoued était de cœur avec les Medaganat. Il les accueillit avec empressement et leur fit préparer une diffa, pendant que ses esclaves abreuvaient les chameaux. De là, et sans tarder davantage, le rezzou continua sa route, et arriva sans encombre à la Koudiya d'Aïn-Kachela, où ses campements étaient venus l'attendre.

Quelques jours après, des Oulad-Messaoud, des KêlAhamellel, les Oulad-Chikkat et les Oulad-Khatrat, qui n'avaient pas pris part aux querelles des Medaganat avec leur tribu, vinrent leur proposer d'aller razzer au Souf. Les Medaganat ne balancèrent pas à accepter ces ouvertures, et conduisirent aussitôt leurs tentes à Foggarat-ez-Zoua, où ils rencontrèrent des Oulad-SidiCheikh, les Oulad-Sid-El-Arbi, qui arrivaient du Gourara et se joignirent à eux. Ils allèrent ensuite retrouver les Touareg à El-Biodh, d'où la harka, forte de 35 mehara, se mit en route vers le milieu d'août. Elle se rendit directement à H.-El-Bottine, sur le medjebed d'Ouargla à R'hadamès par le gassi de Mokhanza, et gagna ensuite H.-Bou-Keloua, Oum-er-Rouss, H.-El-Metteki, sans rencontrer d'abord ni chasseurs, ni bergers. Le pays paraissant ainsi absolument désert, les Medaganat en profitèrent pour passer quelques jours à chasser la gazelle; puis, après avoir fait une ample provision de viande, ils reprirent leur marche, et se rendirent à Aouinat-Embarka, où ils relevèrent de nombreuses

pistes.

Les troupeaux ne pouvaient plus être éloignés, et, en effet, les Chouafs envoyés à la découverte aperçurent bientôt des chameaux. Ils appartenaient à Souissi ben Haïoua, des Châamba-Guebala, dont le beau-frère, Kaddour ben Mekouchen, était avec le rezzou, et à deux indigènes des Oulad-Saïah.

Les bergers s'étaient sauvés. On razza donc rapide

ment les animaux des Oulad-Saïah au nombre d'une centaine, sans toucher à ceux des Châamba, et la harka reprit la route qu'elle avait suivi à l'aller. Une partie seulement des chameaux put suivre jusqu'à El-Beiodh l'expédition, qui ne s'arrêta en route que pour remplir les guerba. Les autres, épuisés de soif, restèrent en arrière, et, en arrivant à ce point d'eau, les Medaganat durent se décider à faire séjour pour les rassembler. Mais, le lendemain, une centaine de mehara des Chambâa, conduits par Ben Ahmed ben Cheikh, apparurent tout à coup au-dessus des Siouf qui, à trois kilomètres d'El-Beïodh, dominent le Gassi dans la direction d'AïnTaïba. Un coup de fusil, tiré sans doute à dessein, donna l'éveil au rezzou, et ne sachant au juste à qui ils avaient affaire, se voyant en tous cas inférieurs en nombre, les Medaganat prirent aussitôt la fuite avec leurs seuls mehara, sans emmener aucun des chameaux qu'ils avaient razzés.

Les gens de Ben Ahmed purent donc rassembler, sans difficulté, tous les animaux des Oulad-Saïah, et, après les avoir largement abreuvés à la tilmass d'El-Beïodh, cuvette remplie de sable qui recouvre, à 0m50 de profondeur seulement, une nappe d'eau abondante, ils rentrérent à Ouargla.

On a vu qu'à l'affaire de Hafert-ben-Zengour, c'est un Châamba qui avait indiqué aux Medaganat les chameaux de Rabah ben Haïme. Il en avait été de même pour la razzia d'El-Harf. D'autre part, les animaux des Châamba avaient toujours été respectés ou rendus plus tard. En effet, les Medaganat n'ont cessé de conserver, avec leur tribu d'origine, des relations très suivies, et c'est autant grâce aux renseignements qu'ils se procuraient ainsi, qu'à la complicité tacite dont ils étaient assurés, qu'ils ont dù le succès de la plupart de leurs expéditions. Les Châamba eussent pu les atteindre facilement, soit au Ahaggar, soit à In-Salah, mais ils ne consentirent à les poursuivre que dans des conditions particulières dans

le cas actuel, Ben Ahmed, qui cherchait à se faire nommer caïd, n'avait pas été fàché de profiter de l'occasion pour se faire remarquer. D'autre part, les Qulad-Saïal avaient promis vingt-cinq francs par chameau qui leur serait rendu; enfin, cette tribu ne venant jamais dans les campements d'Ouargla, il était facile aux Chàamba de garder une partie des animaux repris, ce qu'ils n'eussent pas pu faire s'il s'était agi des Mekhadema ou des BeniThour. Ils avaient donc tout bénéfice, sans grand mérite, à poursuivre le rezzou, et cette poursuite valut d'ailleurs, à quelques-uns, d'autres avantages. C'est peu après, diton, que les Medaganat leur donnèrent les mehara des Oulad-Silla, afin d'éviter à l'avenir un nouveau mécompte comme celui qu'ils venaient de subir.

D'El-Beïodh, les Medaganat s'étaient rendus directement à Foggarat-ez-Zoua. En arrivant, les Touareg les quittèrent, sauf El-Hadj Ali Ag Gagga des Imanghassaten. Ce targui leur proposa d'aller tenter de nouveau la fortune du côté de R'hadamès, et treize mehara (1) partirent presque aussitôt dans cette direction. Ils avaient d'abord l'intention d'aller razzer dans les environs mêmes de R'hadamès; mais, ayant appris par un guefla d'Ifoghas qu'une caravane venant du Soudan y était attendue, ils allèrent s'installer au puits Massin, à la bifurcation des routes de R'hadamès sur R'hat et InSalah.

Deux jours après, les Chouaf placés sur le Medjebed de R'hat signalèrent la caravane attendue. Elle ne comprenait que seize chameaux, conduits par un R'hadamsi et deux indigènes des Sinaoun. Mais son chargement, tout entier destiné à l'un des plus riches marchands de R'hadamès, avait une valeur considérable. Il se composait de quatre charges d'ivoire, huit charges de plumes d'autruche, une de riz du Soudan, quatre de peaux

(1) Ahmed ben Miloud et ses frères, les Oulad-Telmoucha, Messaoud ben Chraïr, Mohamed ben El-Hadj et, avec eux, Bou Saïd.

tannées, et trois de marchandises diverses, vivres, etc.... Les Sinaoun et leurs compagnons se rendirent sans lutte, et le rezzou reprit aussitôt la route d'In-Salah. Au bout de deux jours, les prisonniers furent remis en liberté et on leur laissa des vivres avec des guerba. Puis, continuant leur route, les Medaganat arrivèrent à H.-Ieresmellil, où ils firent le partage du butin. L'ivoire, qui ne pouvait s'écouler ni à In-Salah, ni au Touat, avait été laissé sur place; mais la proie était encore belle. Chaque mehari eut pour sa part les plumes de dix dépouilles d'autruche sans peau, 65 petites peaux tannées en rouge, 8 grandes peaux de tentes, 9 guerba du Soudan, 86 boîtes en cuir, des tissus de R'hât, des coussins de cuir jaune et rouge, du riz, etc..., représentant une valeur de 2 ou 3,000 fr.

Le retour du rezzou à Foggarat-ez-Zoua fut donc triomphal, mais la joie de ce succès ne dura pas longtemps. Pendant que les Medaganat, après avoir vendu quelques dépouilles d'autruche, se demandaient s'ils n'allaient pas profiter de cette aubaine pour essayer d'obtenir l'aman et revenir à Ouargla, un mehari arriva de R'hadamès apportant à El-Hadj Abd-el-Kader ben Badjouda une lettre, dans laquelle le propriétaire de la caravane lui promettait une partie du butin qu'il réussirait à reprendre. D'autre part, cet heureux coup de main avait surexcité la jalousie des gens d'In-Salah, qui, comme tous les Sahariens, sont trop avides pour pardonner des succès semblables, s'ils ne peuvent en profiter. Enfin, les OuladEl-Mokhtar, çof opposé aux Oulad-Ba-Hammou, avaient tout intérêt à éviter une rupture avec R'hadamès, en raison des relations commerciales suivies qu'ils ont avec

eux.

El-Hadj Abd-el-Kader n'eut donc pas de peine à décider ses gens, et même ceux de l'autre çof, à faire rendre gorge aux Medaganat. Il partit de Ksar-el-Kebir avec tous les goum des Oulad-Ba-Hammou et des Oulad-el-Mokhetar, une forte fezzàa des deux tribus, les contingents des Oulad-Sokna, des Oulad-Belgacem, des Oulad-Baba-Ais

sa, des Oulad-el-Hadj-Belgacem, et en route fut rejoint par ceux d'H.-el-Hadjer et d'Iguesten. Les Medaganat, prévenus de ce mouvement, s'étaient groupés et préparés à la résistance. Mais ils avaient à faire à plus de cinq cents fusils, dont vingt cavaliers au moins, alors qu'ils ne pouvaient eux-mêmes mettre en ligne que 30 ou 35 combattants. Ils refusèrent néanmoins de rien entendre. Les gens d'In-Salah se jetèrent alors sur eux, Messaoud ben Chraïr reçut un coup de poignard dans la cuisse; trois de ses compagnons (1) des coups de sabre assez graves aussi, et le combat, dont l'issue ne pouvait être douteuse, allait s'engager définitivement, lorsque les Zoua intervinrent. Ils dégagèrent les Medaganat, mais ne réussirent pas à empêcher le pillage de leur campement. Tout leur butin fut enlevé, et, exaspérés par leur résistance, les assaillants en dépouillèrent un certain nombre: ils leur prirent leurs armes et leurs burnous, puis en se retirant razzèrent une partie de leurs chameaux. Toutefois il n'y avait pas mort d'hommes, ou, du moins, personne n'avait été tué sur le moment même. Mais la femme de Messaoud ben Chraïr, qui venait d'accoucher, mourut quelques jours après des suites de la frayeur que lui causa le pillage de sa tente.

Le Rhadamsi, à la demande duquel El-Hadj Abd-elKader avait provoqué ce mouvement, recouvra seulement le tiers de ses marchandises. El-Hadj Abd-el-Kader en garda la plus grande part, et ceux qui le purent dissimulèrent de leur côté une partie de ce qu'ils avaient pris.

Cette intervention des gens d'In-Salah excita naturellement un vif mécontentement chez les Medaganat. De Ksar-el-Kebir, où ils se rendirent pour réclamer leurs chameaux, de nouvelles discussions les obligèrent à partir pour Ingher; mais là, encore, ils eurent quelques difficultés avec les Oulad-Ba-Hammou.

(1) Belkheir ben Miloud, Ahmed ben Miloud et Hadir ben Zighem.

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