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de la guerre. Parents du fondateur de la secte, ils le servirent avec tout le dévouement que pouvait leur inspirer le sentiment de famille. Il n'en reste maintenant qu'une misérable population sans ressources, sans consistance et sans autorité, population dont le commandement est exercé par des chefs appartenant à d'autres branches de la grande famille masmoudienne.

Les Tinmelel. – Les Tînmelel, à l'instar de leurs frères, les Hergha, se distinguèrent par leur zèle pour la cause du Mehdi et par

leur empressement à protéger cet imam et à le soutenir dans ses entreprises. L'on sait qu'il fixa son séjour dans leur territoire et qu'il y fit bâtir sa maison et sa mosquée. Autant ce

у peuple s'était élevé, autant il est maintenant tombé : s'étant répandu au loin dans les royaumes et les provinces de l'empire, il épuisa le nombre de ses guerriers et finit par obéir à des chess appartenant à d'autres tribus masmoudiennes.

Le tombeau du Mehdi existe encore chez eux, aussi honoré, aussi révéré que jamais ; on y récite le Coran matin et soir ; les hommes continuent à s'y rendre, et, un corps de gardiens, conservant la même organisation et suivant le même cérémonial que du temps de l'empire almohade, reçoit les aumônes des pèlerins venus des pays éloignés et les introduit dans le sanctuaire avec un ordre et une solennité qui leur inspire un profond respect.

Les Tînmelel, ainsi que les autres tribus masmoudiennes, croient fermement que la domination de leur secte renaîtra un jour pour embrasser tous les peuples de l'Orient et de l'Occident et pour remplir ainsi loute la terre. Le Mebdi le leur avait prédit, et ils ajoutent à cette promesse une foi entière.

Les Hirtata. Dans l'organisation de l'empire almohade. cette tribu prenait rang à la suite des Hergha et des Tînmelel. Sa force numérique, sa bravoure et l'autorité qu'elle exerça sur les populations masmoudiennes à cause de la haute dignité de son cheikh, Abou-Hafs-Omar-Ibn-Yahya, disciple du Mehdi, la mirent au-dessus des autres peuplades qui se rallièrent ensuite à

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la même cause. Elle fonda, en Ifrikïa, la dynastie des Hafsides, comme nous le raconterons plus loin, et, pour la soutenir, ainsi que

celle de Maroc, elle dépensa le sang d'une foule de ses guerriers.

Un débris de ce peuple reste encore dans son ancien territoire et habite cette partie de la chaîne atlantique qui avoisine Maroc et à laquelle on donne le nom de Djebel-Hintata (la montagne des Hintata). Bien qu'il ne soit pas complètement indépendant, il n'est pas totalement asservi; aussi continue-t-il à exercer une certaine influence sur les autres peuplades de la même race; et cela d'autant plus facilement qu'il occupe une position presque inabordable d'où il domine la ville de Maroc.

Quand les Mérinides eurent subjugué les Masmouda et brisé les liens par lesquels la doctrine almohade attachait ces tribus les unes aux autres, les Aulad - Younos, principale famille des Hintata, embrassèrent le parti du peuple vainqueur, à cause du mécontentement que leur avaient inspiré les actes des derniers souverains de la famille d'Abd-el-Moumen. Par cette démarche, ils méritèrent les bonnes grâces de la dynastie mérinide, et AliIbn-Mohammed [-Ibn-Younos), le chef qui les commandait sous le règne de Youçof-Ibn-Yacoub, obtint l'amitié de ce moparque. Il périt, l'an 697 (1297-8) , victime des trames du secrétaire Ibn-el-Miliani. Cet homme forgea une lettre au nom du sultan et l'adressa au fils de ce monarque qui commandait à Maroc, lui ordonnant de faire mourir les chefs masmoudites détenus dans cette ville. Ali-Ibn-Mohammed sut un de ceux à qui la trahison d'El-Miliani coûta la vie. Le sultan apprit cette nouvelle avec la plus vive indignation et eut encore le regret de savoir que l'auteur du crime s'était soustrait à sa vengeance. Nous parlerons encore de cette affaire dans l'histoire du sultan Youçof-Ibn-Yacoub.

Lors de l'avènement du sultan [mérinide] Abou-Said, les Mas

La date de 697 pous est fournie par le Cartas et par Ibo-Khaldoun lui-même, dans son histoire des Mérinides. Celle du texte arabe est fausse, aiosi que celle doupée en note comme correction,

mouda virent disparaître de chez eux les derniers restes du pouvoir souverain et se soumirent au gouvernement des BeniMerîn. Cette dynastie leur donna alternativement pour chefs des membres de leurs grandes familles. Le sultan (que nous venons de nommer) sut à peine monté sur le trône qu'il choisit Mouça, fils d'Ali-Ibn-Mohammed, pour remplir, chez les Hintata, les fonctions de gouverneur et de collecteur de l'impôt, et, en lui expédiant les titres de cet office, il lui assigna pour résidence la ville de Maroc. Mouça remplit avec une grande habileté les devoirs de sa place et s'y établit de manière à pouvoir la transmettre en héritage à ses enfants. Par cette conduite habile, il procura à ses descendants une position dans l'empire qui leur permit de passer au rang de gouverneur de province et de vizir.

Après la mort de Mouça, son frère Mohammed reçut du sultan le commandement des Hintata et continua, toute sa vie, à jouir des avantages concédés à son prédécesseur. Il mourut, laissant plusieurs enfants que le sultan attacha à son service et dont l'un, nommé Amer-Ibn-Mohammed, obtint du même prince le gouvernement de la tribu. Quand le sultan Abou-'l-Hacen partit pour envahir l'Ifrikïa, il emmena dans sa suite tous les grands officiers du royaume et, avec eux, Amer et les autres émirs masmoudiens. En 749 (1348), après le désastre de Cairouan, le sultan lui donna le commandement des gardes de police à Tunis, grade qui, d'après l'organisation de l'empire almohade, comportait avancement et augmentation de traitement. Jouissant, dans cette position, de toute la confiance du monarque, il en remplit les devoirs avec tant de zèle et d'intelligence que son maître n'eut plus à s'occuper des affaires de cette capitale. Abou-'lHacen, s'étant embarqué à Tunis avec sa famille, confia aux soins d'Amer la plus grande partie de son harem. Le même coup de vent qui fit échouer son navire, poussa celui d'Amer au port d'Almeria, ville forte de la péninsule espagnole. Le chef hintatien y débarqua avec ces femmes, et, lorqu'Abou-Einan, qui venait d'usurper l'autorité suprême en Maghreb au détriment de son père, le sultan Abou-'l-Hacen, les fit réclamer, il se montra digne de la confiance que son souverain lui avait témoignée et refusa de les livrer. En 750, Abou-'l-Hacen, étant échappé du naufrage, arriva dans Alger d'où il marcha contre les Beni-Abdel-Ouad. Ses troupes furent mises en déroute, et il prit alors le chemin du Désert pour se rendre en Maghreb. Arrivé à Sidjilmessa, il apprit qu'Abou-Einan marchait contre lui, et, voulant éviter sa rencontre, il partit pour Maroc. Après avoir rallié à sa cause les Masmouda et les Arabes Djochem, il livra bataille à son fils, Abou-Einan, auprès de l'Omm-Rebià. Trahi encore par la fortune, il passa dans la montagne des Hintata et trouva asile au milieu de la tribu d’Abd-el-Aziz-Ibn-Mohammed, chef qui la gouvernait en l'absence de (son frère) Amer'et qui, après avoir suivi le sultan dans cette dernière expédition l'avait accompagné dans sa fuite. Les Hintata et leur chef prirent la résolution de défendre Abou-'l-Hacen jusqu'à la dernière extrêmité et se rer tranchèrent dans leur montagne pendant qu'Abou-Einan marchait sur Maroc à la tête des Mérinides. Abou-Einan resta quelques mois dans son camp, sous les murs de cette ville, pendant que

les contingents fournis à son armée bloquaient la montagne, et, au bout de ce temps, Abou-'l-Hacen mourut, ainsi que nous le raconterons ailleurs. Les partisans de ce malheureux sultan placèrent son corps sur un brancard et le portèrent à AboaEinan auquel ils se rendirent à discrétion. Loin de les punir, ce prince les combla d'honneurs, témoignant ainsi la haute satisfaction que lui avait causé leur devouement envers son père; il accorda même à Abd-el-Aziz le commandement des Bintata.

Amer, le frère aîné d'Abd-el-Aziz, quitta alors la ville d'Alméria sur l'invitation d'Abou-Einan et se rendit auprès de lui avec les femmes que le feu sultan lui avait confiées. L'accueil le plus bienveillant et le plus honorable l'attendit à la cour;

comblé de marques d'égards par le souverain mérinide, il obtint de nouveau le commandement de sa tribu, et, comme son frère s'était démis en sa faveur, il le choisit pour lieutenant.

En l'an 754 (1353), le sultan nomma Amer au commandement de toutes les tribus masmoudiennes et le chargea de percevoir les impôts que ces peuplades devaient fournir au gouvernement.

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Amer s'acquitta avec une grande habileté des devoirs que

lui imposait cet emploi et mérita les remerciments du sultan par le soin et le talent avec lesquels il dirigea, à lui seul, l'administration financière des provinces marocaines.

A la mort d'Abou-Einan et à l'avènement de son fils Es-Said, le vizir El-Hacen-Ibn-Omar-el-Foudoudi accapara toute l'autorité. Amer, dont la haute position avait excité la jalousie de ce ministre et qui en craignait le caractère violent, quilta Maroc avec El-Motamed, autre fils d'Abou-Einan, et se réfugia dans la montagne des Hintata. Ce fut très-peu de temps avant la mort d'Abou-Einan qu'El-Motamed, encore dans l'adolescence, reçut de lui l'autorisation de gouverner Maroc sous le contrôle et la surveillance d'Amer le hintatien.

En l'an 760 (1359), lorsque le sultan Abou-Salem, oncle d'ElMotamed, monta sur le trône du Maghreb, Amer se rendit auprès de lui, à la tête d'une députation, et lui présenta Mohammed-elMotamed. Accueilli avec une bienveillance extrême el comblé de remerciments à cause de sa fdélité, il passa quelque temps à la cour et obtint sa confirmation dans le commandement des Hintata. Appelé ensuite à faire partie de l'expédition contre Tlemcen, il amena au sultad un corps de troupes et se fixa à la cour. Peu de temps avant la mort d'Abou-Salem, il reçut l'ordre de s'en retourner à son poste. Quand Omar-Ibn-Abd-Allah-Ibn-Ali s'empara de l'administration du Maghreb, Amer embrassa le parti de ce vizir qui lui avait toujours témoigné beaucoup

d'amitié. Voulant alors reconnaître les prévenances dont ce ministre l'avait toujours comblé pendant son séjour auprès du sultan, il se chargea de maintenir l'ordre dans les provinces marocaines et d'empêcher toutes les tentatives que l'on pourrait essayer de ce côté contre la sûreté de l'empire. Son dévouement au vizir lui mérita le commandement de ces provinces et de toutes les contrées voisines jusqu'à l'Omm-Rebià, de sorte que le territoire de l'empire se trouva partagé entre ces deux chefs. Quelque temps après cet arrangement, Abd-el-Moumen, fils d'Abou-Ali, sultan[de Sidjilmessa), et Abou-'l-Fadl, fils du sultan Abou-Salem, passèrent chez Amer-Ibn-Mohammed. Le premier de ces princes

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