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En terminant cette notice, le traducteur se permettra d'exprimer franchement l'impression qu'a laissée sur son esprit un examen attentif de plusieurs parties du grand ouvrage d'IboKhaldoun. Cet auteur, ayant eu à sa disposition une quantité immense de documents historiques et d'autres écrits, dont la majeure partie est maintenant perdue, s'était proposé d'esquisser, dans une série de sections, faisant chacune un traité à part, l'histoire de toutes les dynasties qui ont paru successivement sur la terre. Il choisit ses matériaux avec un grand discernement, et les mit en ordre avec beaucoup de jugement ; mais, afin de resserrer dans quelques volumes les nombreux faits qu'il avait puisés dans les ouvrages des historiens et généalogistes arabes, des généalogistes berbères, des poètes, des traditionnistes et dans les souvenirs d'une vie longue et agitée, il s'efforça de condenser presqu'au dernier degré cette masse énorme de renseignements. De là, ses phrases concises et heurtées où la pensée est à l'étroit et ne s'entrevoit qu'à demi ; phrases dont l'obscurité est encore augmentée par l'emploi trop fréquent de pronoms et par la mauvaise habitude de désigner les personnages tantôt par leur vrai nom, tantôt par leur patronymic et, tantôt, par leur titre honorifique ou par leur nom ethnique. Dans un très-grand nombre de passages, cette obscurité est si grande que l'arabisant le plus habile serait dans l'impossibilité de s'y guider, à moins de bien connaître les individus dont l'auleur parle et les faits qu'il entreprend de raconter. Ce genre de style n'est, en réalité, que la première expression de la pensée, l'effort d'un esprit qui cherche à énoncer rapidement et en peu de mots les notions qui s'y pressent jusqu'à déborder. L'auteur lui-même avait senti que cette manière d'écrire réunissait tous les défauts que nous venons de signaler ; aussi, dans ses prolégomènes et dans quelques chapitres de son histoire, il tâcha de les éviter. Malheureusement, il passa alors à l'autre extrême et, pour rendre ses idées plus intelligibles, il surchargea ses pages de répétitions inutiles et d'un verbiage recherché. Dans son Histoire des Berbères, on rencontre quelques chapitres qui rap

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pellent le style des prologomènes, mais le reste de cette partie de son grand ouvrage n'est évidemment qu'un simple brouillon. Pressé par le sultan hafside, Abou-'l-Abbas, de terminer promptement son travail, il ne se donna pas le temps d'en retoucher le style avant de le livrer au public, de sorte qu'il nous a laissé un bon et savant ouvrage très-mal écrit.

Dans l'ordonnance de son histoire, il n'a pas observé une juste proportion : concis jusqu'à la sécheresse quand il traite de certaines dynasties anciennes, il s'étend outre mesure quand il raconte les événements de l'époque où il vivait.

Malgré ces défauts, on ne saurait refuser de grands éloges à un ouvrage qui se distingne par l'abondance et la nouveauté des renseignements, par l'habileté de l'auteur dans le choix et l'agencement de ses matériaux, par l'adresse avec laquelle il amène ses transitions d'un sujet à un autre et par la manière compréhensive et systématique dont il expose ses faits.

Ce fut en l'an 1825 que le savant et infortuné voyageur, Schulz, inséra dans le Journal asiatique une notice qui laissa entrevoir la grande importance que devait avoir la partie de l'ouvrage d'Ibn - Khaldoun intitulé : Histoire des Berbères. Quelques années plus tard, il fit paraître, dans le même recueil, la traduction d'un des chapitres dans lequel Ibn-Kbaldoun discute les origines berbères, et par cette publication il inspira au monde savant le plus vif désir de posséder le seul traité historique qui eût pour sujet les tribus et les empires de l'Afrique septentrionale. Les deux articles de M. Schulz earent enfin le résultat qu'il avait à peine osé espérer. En 1840, M. le Ministre de la guerre ordonna l'impression de l'Histoire des Berbères, et, sur la recommandation de M. le baron Baude, il voulut bien confier à M. de Slane le soin d'en restaurer le texte et d'en faire la traduction. Puisse l'approbation des savants justifier le choix du Ministre!

Dans les Prolegomènes, Ibn-Khaldoun parle du système qu'il adopta pour la transcription de certains mots berbères qui renferment des sons dont les équivalents n'existent pas dans la langue arabe. Ces sons ne dépassent pas le nombre de deux et peuvent être parfaitement représentés en français par le

g

dur,

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comme dans le mot garde, et par l's, tel qu'on le prononce dans le mot rose. Pour en désigner le premier, il emploie le kef arabe, avec un point en dessous ; et pour le second, il se sert de la lettre sad, ayant un za doux inscrit dans le repli. Quand nous disons que la langue arabe n'offre pas les équivalents de ces sons, nous voulons parler du langage des anciens Coreichites, tribu dont Mahomet faisait partie et dont la prononciation est la seule regardée comme bonne, la seule admise pour la lecture du Coran et des auteurs classiques, la seule dont les principes soient universellement connus. Dans l'usage vulgaire, il est vrai, ces sons existent, mais leur emploi varie selon le pays : en Égypte on dit guémel, agouz, pour djémel, adjouz, substituant ainsi le son du g dur à celui du dj, tandis que les Arabes nomades de l'Afrique septentrionale substituent ce même son à celui du caf dur et disent goum, naga, à la place de coum, naca.

Quoiqu'il en soit, les signes adoptés par Ibn-Khaldoun afin de représenter ces lettres sont mal choisis; les copistes les ont très-souvent négligés et l'inventeur lui-même ne s'est pas toujours conformé à son propre système. On pent même remarquer que, dans son texte, il orthographie mal plusieurs noms par la substitution du dj, ou djim arabe, au g dur. Dans cette traduction, le g berbère est représenté par g ou gu, l's doux par z, et le ghain ou r grasseyé par gh.

En transcrivant les noms propres, tant arabes que berbères, le traducteur n'a employé aucun signe pour distinguer les consonnes fortes, ou sourdes, des consonnes ordinaires; ayant jugé qu'un tel raffinement avait plusieurs désavantages qui en neutralisaient l'utilité dans un ouvrage de longue haleine. Le lecteur qui désire savoir comment s'écrivent en caractères arabes les noms qu'il rencontrera en parcourant les pages suivantes, pourra toujours recourir à la partie du texte original qui correspond à l'endroit de la traduction qu'il a sous les yeux.

. L'insertion des voyelles faibles dans la transcription des noms propres arabes, s'est faite d'après les règles de l'orthographe et et de l'étymologie de cette langue. Il est vrai que dans la bouche des hommes peu instruits, ces voyelles changent ou disparaissent

K

toul-à-fait, comme dans Soleiman, Doreid, Cosour, qui deviennent Sliman, Drid, Csour; mais ceux des indigènes qui ont reçu un certain degré d'éducation les font très-bien sentir quand ils parlent. En Algérie et les contrées voisines, on fait de l'imala un abus énorme : au fetha ou substitue volontiers le kesra, comme Blida, tilkillim, pour Boleida, tetekellem, et à l'alif de prolongation on donne assez souvent le son d’e. Ceci est trèssensible dans les mots Auras, Abbas, Mirdas, etc., que l'on prononce ordinairement Aurès, Abbès, Mirdès. Les Européens accueillent trop facilement cette manière de prononcer, de sorte qu'ils altèrent jusqu'aux mots que les indigènes énoncent correclement. C'est à eux que nous devons les mots Pez, Téza, Médéa, Mequinez, Maroc ou Morocco, tandis que les natifs de ces endroits disent Fas, Taza, El-Mediya , Miknaça, Merrakech.

Le traducteur s'était proposé de consacrer quelques pages de celte introduction à un court examen des origines berbères. Son travail sur ce sujet était presque terminé, quand de nouveaux renseignements vinrent modifier une partie de ses conclusions. il se voit donc obligé de suspendre la publication de cette notice qu'il espère toutefois pouvoir placer en tête du troisième volume, et, en attendant, il reprendra ses recherches, afin d'obtenir, si cela se peut, la solution d'un problème dont il apprécie mieux qu'auparavant la difficulté et l'importance.

TABLE GÉOGRAPHIQUE

RENFERMANT LES NOMS DE LIEU DE L'AFRIQUE SEPTENTRIONALE DONT

IL EST FAIT MENTION DANS L'HISTOIRE DES BERBÈRES.

sont de

NOTE. - Les distances données ici sont en ligne droite et approximative; les lieues
vingt par degré ; les milles sont de soixante au degré.

ABBA, voy. OBBA.
EL-ABBACÏA , le même qu'El-Casr-EL-CADîm.
ABD-EL-DJEBBAR, montagne à quatre lieues S. de Bougie.
ABAR-ZELLOU (les puits de Zellou), localité du Temsna; position

incertaine.
EL-ABIAD (le blanc), localité de la province de Tripoli; position

incertaine.
EL-ABÎD, voy. OUADI-'L-ABÎD.
ABOU-Feur, jardin royal près de Tunis.
Abou-'L-Hacen, montagne du Rîf marocain située entre Melîla et

Nokour, à vingt milles de cette dernière ville.
ABOU-Nefis, ville de la province de Tedla.
ABOU-Selît, localité située entre El-Macarmeda et Tlemcen, pro-

bablement dans le bassin du Molouïa.
EL-ACABA-T-EL-CABİRA, voy. la note de la page 8 de ce volume.
Achir, appelée aussi l'Acuîr de Zirr, ville située sur un des pics

de la montagne du Titeri. Les indications d'Ibn-Haucal, d'El-
Bekri, d'Ibn-Khaldoun et d'En-Noweiri sont trop précises à
cet égard pour nous permettre d'adopter l'opinion de M. Ca.
rette qui place l'ancienne capitale des Zirides au S. de Bougie,
entre les Biban et Setif.

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