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effort humain ne saurait atteindre, s'est corrompue chez les Arabes de nos jours. Ils en ont altéré les inflexions grammaticales, en se laissant aller aux solécismes, bien que primitivement ils en eussent employé les formes correctes. Ces altérations étant des barbarismes (adjema), ceux qui se les permettent méritent l'appellation d'Arabes mostadjem (barbarisants).

Nous allons maintenant nous occuper des tribus arabes qui habitent encore l'Orient et l'Occident; nous ferons une mention particulière de celles qui se sont adonnées à la vie pastorale ou qui ont acquis de l'illustration par leur puissance; mais nous passerons sous silence les noms des peuplades qui se sont incorporées dans d'autres tribus. Nous reprendrons ensuite les tribus qui ont passé dans le nord de l'Afrique, et nous en donnerons l'histoire détaillée.

Car il ne faut pas croire que les Arabes nomades aient habité ce pays dans les temps anciens : ce fut sculement vers le milieu du cinquième siècle de l'hégire que l'Afrique fut envahie par les bandes de la tribu de Hilal et de celle de Soleim.

Dès leur arrivée, elles eurent des relations avec les gouvernements établis dans ce pays; et comme leur histoire se lie ainsi à celle des puissances qui y ont régné, nous devons nécessairement la traiter à fond.

Jusqu'à l'époque que nous venons d'indiquer, les Arabes nomades n'avaient pas eu de stations au-delà de Barca, province où les Beni-Corra, branche de la tribu de Hilal-Ibn-Amer, étaient venus s'établir. Les Beni-Corra figurent dans l'histoire des Fatemides; et l'on connaît les circonstances de leur révolte, lors du règne d'El-Hakem, quand ils proclamèrent khalife un descendant des Oméïades espagnols, nommé Abou-Racoua. Nous avons indiqué cet événement d'une manière sommaire dans notre chapitre sur les Fatemides 1.

Quand les Hilal et les Soleim passèrent en Afrique, ils se

1 Dans un des chapitres suivants, il sera question de cette insurrection. Voyez aussi la vie de Hakem par M. de Sacy, dans l'Exposé de l'histoire des Druzes, tome 1, page cccxvn et suiv.)

réunirent aux Beni-Corra, établis alors aux environs de Barca. Ils partirent ensuite avec eux pour l'Afrique septentrionale, comme nous le raconterons plus loin, en traitant de l'entrée des Arabes nomades en Ifrîkïa et en Maghreb. Toutefois, les BeniDjâfer ont continué, jusqu'aux temps actuels, à occuper leurs anciennes stations près de Barca. Vers le milieu de ce siècle, le huitième de l'hégire, ils eurent pour chefs Abou-Dib et son frère Hamed, fils de Kemîl. Ils se donnent une origine arabe, disant tantôt qu'ils descendent de Kåb-Ibn-Soleim, aïeul d'une tribu qui forme une branche de celle d'El-Azza, et tantôt, qu'ils appartiennent à la tribu de Héïb ou à celle de Fezara. Mais la vérité est qu'ils sortent de la famille des Mesrata, branche de la tribu berbère de Hoouara. Je tiens ce renseignement de plusieurs de leurs généalogistes.

Plus loin, entre Barca et El-Acaba-el-Kebîra, se trouvent les Aulad-Selam, et entre ce dernier lieu et Alexandrie habitent les Aulad-Mocaddem. Ceux-ci forment deux branches, celle des Aulad-et-Torkïa et celle qui renferme les Faïd, les Mocaddem et les Selam. Ils font remonter leur origine à Lebîd qui, selon quelquesuns d'entre eux, fut fils de Hina, fils de Djåfer, fils de Kilab, fils de Rebiâ, fils d'Amer 3. Quelques-uns encore disent que Mocad

↑ Il sera question de cette tribu plus loin.

La route qui mène d'Alexandrie à Barca traverse trois grauds plateaux qui s'élèvent abruptement du côté de l'Orient et se prolongent en s'abaissant vers l'Occident. Le premier commence à environ quarante lieues d'Alexandrie, et son bord présente une pente rapide de cent-soixante mètres de hauteur. Cette pente s'appelle ElAcaba-es-Saghira (la petite côte). C'est le Catabathmus parvus des anciens. A quarante lieues plus loin on gravit un autre plateau qui a environ trois-cents mètres d'élévation. C'est l'Acaba-el-Kebira (la grande cóte); sans doute le Catabathmus magnus des anciens. Il s'appelle aussi Acabat-es-Sollem (côte de l'échelle), et commence auprès du port maritime appelé Es-Sollem, le Catabathmus emporium de Ptolomée. Le troisième plateau forme le territoire de Barca, la Cyrénaïque des anciens.

3 Pour tout ce qui regarde ces tribus, consulter l'Essai de M. C. de Perceval.

dem, l'aïeul de la tribu du même nom, fut fils d'Azaz, fils de Kåb, fils de Soleim; mais, j'ai appris de Selam, chef des Auladet-Torkïa, que les Mocaddem descendent de Rebià-Ibn-Nizar, tribu très-illustre de l'Arabie.

Avec ces peuplades se trouve aussi la tribu de Mohareb. Elle prétend descendre de Djâfer, fils d'Abou-Taleb, gendre de Mahomet; mais on assure que c'est de Djafer-Ibn-Kilab qu'elle tire son origine. On y rencontre de plus la tribu de Rouaha, branche, soit de celle de Zobeid, soit de celle de Djâfer. Les familles nomades qui font partie de ces tribus se rendent vers le midi, jusqu'aux Oasis (Ouahat), pour y prendre leurs quartiers d'hiver. Ibn-Saîd dit : « Parmi les descendants de Ghatafan, il se » trouve à Barca, les Héïb, les Rouaha et les Fezara; » les faisant ainsi appartenir à la tribu de Ghatafan; mais Dieu sait si cela est exact!

Dans la province d'El-Bahira, entre Alexandrie et le vieux Caire, on rencontre plusieurs peuplades nomades. Elles s'y arrêtent pour faire leurs semailles; mais, à l'approche de l'hiver, elles passent dans les environs de l'Acaba et de Barca. Elles appartiennent aux tribus berbères de Mezata, Hoouara, et Zenara : cette dernière est une branche de celle des Louata. Ces nomades paient une taxe au gouvernement pour la permission de cultiver la terre. Un nombre considérable d'autres familles, tant arabes que berbères, sont venues se fondre avec eux. Dans le Saïd (la Haute-Egypte ) se trouvent plusieurs tribus arabes descendues de Hilal et de Kilab Ibn-Rebiâ. Elles ont des chevaux pour montures et vont toujours armées. Bien qu'elles s'adonnent à l'agriculture et paient l'impôt (kharadj) au sultan, elles se li

1 Le célèbre historien et géographe Ibn-Saîd, naquit à Grenade en l'an 610 (1214 de J. C). Il visita les principales villes de l'Orient et mourut à Tunis en 685 (1286-7). M. de Gayangos a donné une notice sur cet écrivain dans sa traduction anglaise de l'Histoire de l'Espagne musulmane d'El-Maccari; tome 1, page 309.

Ici l'auteur a laissé une ligne en blanc. Sur les tribus établies en Egypte on peut consulter les extraits d'El-Macrîzi publiés par M. Quatremère, dans ses Mémoires sur l'Egypte.

vrent à des querelles et à des guerres intestines telles qu'on n'en voit pas parmi les tribus du Désert.

Dans le Saïd supérieur, depuis Syène jusqu'à la Nubie, et de là jusqu'à l'Abyssinie, se trouvent des tribus nombreuses et des familles isolées, appartenant toutes à la tribu arabe de Djoheina, branche de celle de Codâa. Elles pullulent dans les déserts de ce pays, et elles ont conquis les contrées habitées par les Nubiens. Elles serrent de près les Abyssiniens et partagent avec eux la jouissance des terrains limitrophes. Parmi ces tribus, celle qui habite les environs de Syène s'appelle les fils de Kenz-Ed-Dola, personnage qui acquit une certaine célébrité par sa longue lutte avec le gouvernement égyptien 1.

Depuis Syène jusqu'à Cous, le pays est habité par les Kenz et les Beni-Djâfer-Ibn-Abi-Taleb. Ceux-ci vinrent s'y établir lors de leur expulsion du terrritoire de Médine par les Beni-'lHocein. Les Beni-Djâfer sont connus parmi leurs voisins sous lenom des Chérifs Djâférides. Ils s'adonnent principalement

au commerce.

Au midi du vieux Caire et de là jusqu'à l'Acabat Aïla 3, se trouvent des tribus descendues de Djodam par la branche d'Aïd. Elles se chargent d'escorter les voyageurs qui traversent ces contrées, et en récompense de leurs services, elles tiennent du sultan certains fiefs dont elles ont la pleine jouissance.

La révolte de Kenz-ed-Dola eut lieu en l'an 670 de l'hégire. (Voy. 'Mémoires sur l'Egypte, tome n, p. 94.)

2 Au commencement du quatrième siècle de l'hégire, la famille des Beni-Hocein et celle des Beni-Djâfer, toutes les deux descendues d'Ali, gendre de Mahomet, gouvernaient la Mecque. Peu de temps après, les Beni-Djâfer furent expulsés de la ville par les Beni-Hocein et allèrent se fixer entre la Mecque et Médine. Chassés de là par les Beni-Harb, ils s'embarquèrent pour la Haute-Egypte où ils ont depuis continué à de

meurer.

3 L'Acabat-Aila, ou Montée d'Aila, est située sur la Mer-Rouge, à l'extrémité du golfe d'Acaba.

Djodam descendait de Kalitan, aïcul des tribus Himyerites.

Plus à l'Orient, du côté d'El-Kerek, on rencontre des tribus sorties de celle d'Ocba, autre branche des Djodam. Elles s'adonnent à la vie nomade et poussent leurs courses jusqu'à Médine. On les a chargées de protéger les voyageurs qui traversent leur territoire.

Dans les pays qui s'étendent derrière Aïla jusqu'à El-Azlem 2, se trouve la tribu de Bela, branche des Codàa 3. Depuis El-Azlem jusqu'à El-Yenbô, sur la Mer-Rouge, le pays est habité par des tribus appartenant à la grande famille de Djoheina; et depuis El-Yenbô jusqu'à Bedr, on trouve la tribu de Zobeid, branche des Medhedj. Les Zobeid sont les alliés et confédérés des Beni'l-Hacen, émirs de la Mecque. Depuis la Mecque jusqu'à El-* Mehdjem, sur la frontière du Yémen, se trouvent les BeniChoba, descendants de Kinana.

Entre El-Kerek et Gaza, à l'Orient de cette dernière localité, on rencontre les tribus issues de Djerm, un des descendans de Codâa. Elles sont très-nombreuses, et leurs chefs très-puissants. Ils tiennent du sultan certains fiefs à la condition de faire le service militaire et de protéger les voyageurs. En hiver, ces tribus mènent leurs troupeaux à Mân et dans les bas pays de la province du Nedjd, auprès de Teima ". Immédiatement à côté d'eux, et dans la Syrie, on trouve les Beni-Haretha-Ibn-Sinbis et la tribu appelée Al-Mera (famille de Mera), branche de celle de Rebiâ et sœur de celle des Al-Fadl. Les princes de la famille de Fadl régnent sur les déserts de la Syrie, de l'Irac et du Nedjd. J'ai appris d'un des émirs de la tribu de Haretha que Sinbis est une branche de la grande tribu de Taï.

1 La ville de Kerek est située à l'orient de la Mer-Morte, dont elle est éloignée d'environ sept lieues.

? El-Azlem, ou El-Ezlem, est situé au midi de l'Acabat-Aïla, sur la route de la caravane qui se rend du Caire à la Mecque.

3 La tribu de Codâa descend de Kahtan.

El-Mehdjem, ville autrefois célèbre, était située entre Loheïa et Hodeida, dans le Yémen.

5 Mân est située à environ quinze lieues à l'est de Petra. Teima est à 30 lieues au nord de Médine.

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