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de Kotheïer. On rapporte aussi un grand nombre de vers attribués au chérif et à sa femme. Bien que ces morceaux ne manquent pas de régularité et de cadence, ainsi que d'une certaine facilité d'expression, on y remarque des interpolations, des altérations et des passages controuvés. Les règles de la syntaxe désinentielle y sont tout-à-fait négligées; mais, nous avons déjà établi, dans nos Prolégomènes, que l'absence des inflexions grammaticales n'influe nullement sur la juste expression de la pensée 2. Il est vrai que les gens instruits, habitants des villes, n'aiment pas à entendre réciter de tels poèmes, parce que les désinences grammaticales n'y sont pas toujours exactes; un tel défaut, selon leur idée, est radicalement subversif de la précision et de la clarté; mais je ne suis pas de leur avis.

Comme nous l'avons dit, ces poèmes renferment des interpolations nombreuses, et, dans l'absence des preuves qui pourraient attester qu'ils nous ont été transmis sans altération, on ne doit y mettre aucune confiance. Il en serait bien autrement si nous avions la certitude de leur authenticité et l'assurance que la tradition orale les eût conservés dans leur intégrité primitive: alors on y trouverait des passages propres à confirmer l'histoire des guerres de cette tribu avec les Zenata, à déterminer les noms de ses chefs et à établir bien des circonstances qui la regardent. Quant à nous, il nous est impossible d'admettre que le texte de ces poèmes se soit conservé intact; nous pensons même que tout esprit cultivé y reconnaîtra facilement des passages interpolés. Voilà tout ce que l'on peut dire à ce sujet.

Quoi qu'il en soit, les membres de la tribu de Hilal s'accordent depuis plusieurs générations, à regarder comme vrai l'histoire du chérif et d'El-Djazia; et quiconque serait assez hardi pour en contester l'authenticité ou même exprimer des doutes, s'exposerait à être accusé de folie ou d'ignorance: tant cette tradition est générale chez eux.

1 Les amours de Caïs et Leila, et de Kotheïer et Azza sont très-célèbres chez les poètes arabes. La vie de Kotheïer se trouve dans Ibn-Khallikan, traduction, vol. II, p. 529.

2 Voy. l'Anthologie grammaticale arabe, de M. de Sacy, p. 410.

Le chérif dont il s'agit, appartenait à la famille des Houachem. Il se nommait Chokr. On rapporte ainsi sa généalogie: Chokr, fils d'Abou-'l-Fotouh-El-Hacen, fils de Djâfer, fils d'AbouHachem-Mohammed, fils de Mouça, fils d'Abd-Allah-Abou-'l-Kiram, fils de Mouça-el-Djoun, fils d'Abd-Allah, fils d'Idris. Son père Abou-'l-Fotouh1, fut le même qui, sous le règne d'El-Hakem, se proclama indépendant à la Mecque. Il reçut alors les hommages des Beni-'l-Djerrah, émirs de la tribu de Taï en Syrie, et cédant à leur invitation, il se rendit au milieu de leurs campements. Tous les Arabes nomades, s'empressèrent de lui prêter le serment de fidélité, mais ses partisans ayant été vaincus par les troupes d'El-Hakem, il rentra à la Mecque où il mourut en 430 (1038-9). Il eut pour successeur son fils Chokr, celui dont il vient d'être question. Chokr mourut en 453 (1061), et sa place fut remplie par son fils Mohammed, le même que les membres de la tribu de Hilal prétendent être né de leur parente El-Djazia. Du reste, nous avons parlé de tout cela dans l'histoire des Alides 2. Sa généalogie, telle que nous venons de la donner, est celle que lui assigne Ibn-Hazm; mais Ibn-Said le regarde comme descendant des Soleimanides, étant fils de Mohammed, fils de Soleiman, fils de Dawoud, fils de Hacen, fils d'El-Hacen-es-Sibt [petit fils de Mahomet par sa fille Fatema]. Ce fut lui qu'Abou-'s-Seraïa-s-Chaibani proclama khalife, lors de la mort d'Ibn-Tabataba. Il prit alors le surnom de Nahed (assurgens), et s'étant rendu à Médine, il s'empara de tout le Hidjaz, et transmit le gouvernement de la Mecque dans sa famille. Ses descendants furent détrônés par les Houachem.

[Tel est le récit d'Ibn-Said], mais les paroles d'Ibn-Hazm sont

Voy. son histoire dans les Druzes de M. de Sacy, t. 1, p. CCCLII, et dans la traduction d'Ibn-Khallikan, vol. 1, p. 452.

Le chapitre auquel notre auteur renvoie le lecteur se trouve dans une autre partie de son grand ouvrage., (Voy. man. de la Bib. nat. ; n° d'entrée 2402, fol. 43, 44.)

2 C'est-à-dire, Soleiman, fils de Dawoud.

La révolte d'Abou-'s-Seraïa eut lieu en l'an 199 de l'Hégire.

plus conformes à la vérité, puisque tout le monde s'accorde à désigner ce chérif comme fils de Hachem, afin de le distinguer de tous les autres chérifs; et une telle dénomination n'aurait pas été exacte à moins qu'il ne se trouvât un Hachem ou un Abou-Hachem au nombre de ses ancêtres, et plus rapproché de lui qu'ElHacen et Hocein [les deux aïeux de tous les chérifs]. Quant à Hachem, le plus ancien de tous [et l'arrière-grand père de Mahomet], il ne peut être question de lui dans ce cas, puisque tous les ché-rifs sont également ses descendants, et que le nom de fils de Hachem ne pourrait alors servir à les distinguer les uns des autres.

Un membre de la tribu de Hilal, homme dont la parole me paraît digne de foi, m'a informé qu'il visita le pays habité autrefois par le chérif Chokr: « C'est, dit-il, le plateau du Nedjd qui >> avoisine l'Euphrate, et les descendants de cet émir s'y trou>> vent encore de nos jours.

Les membres de cette tribu prétendent qu'El-Djazia, après avoir été séparée du chérif, épousa, en Ifrîkïa, un de leur chefs nommé Madi-Ibn-Mocreb, de la tribu de Doreid.

Quand El-Mostancer envoya les Hilal en Ifrîkïa, il investit leurs chefs du commandement des villes et des forteresses de ce pays, ainsi que de l'administration des provinces qu'ils allaient conquérir. Ce fut alors qu'il nomma Mounès-Ibn-Yahya-el-Mirdaci, gouverneur de Cairouan et de Bedja; Hacen-Ibn-Serhan, gouverneur de Constantine, et rendit la tribu de Zoghba maîtresse de Tripoli et de Cabes.

Ces Arabes ayant enlevé au peuple sanhadjien toutes ses villes, établirent leur autorité sur les lieux que le khalife leur avait assignés, et firent subir, sans relâche, à leurs nouveaux sujets, toute espèce de vexations et de tyrannie. En effet, cette race arabe n'a jamais eu un chef capable de la diriger et de la contenir.

Expulsés bientôt après des grandes villes, dont ils avaient poussé à bout les habitants par leur insolence et leur injustice, ces bandits allèrent s'emparer des campagnes; et là, ils ont continué, jusqu'à nos jours, à opprimer les populations, à piller les voyageurs et à tourmenter le pays par leur esprit de rapine et de brigandage.

Quand la tribu de Hilal eut vaincu les Sanhadja, une nation voisine, les Zenata, s'apprêta à lui faire une vigoureuse résistance. Ce peuple, que ses habitudes nomades avaient rendu trèsbelliqueux, se mit en marche de l'Ifrîkïa et du Maghreb central pour repousser les Arabes; et le prince de la famille Khazer qui régnait à Tlemcen, fit partir son général Abou-Soda-el-Ifreni, chargé d'une mission semblable. Abou-Soda leur livra plusieurs batailles, mais il perdit enfin la vie dans la province du Zab.

La tribu de Hilal se rendit alors maîtresse de tout le pays ouvert; les Zenata ne purent plus leur résister, ni dans l'Ifrîkïa, ni dans le Zab, et dorénavant, le Mont-Rached [le Djebel-Amour] et le pays du Mozab, dans le Maghreb central, formèrent la ligne de séparation entre les deux peuples.

Restée victorieuse, la tribu de Hilal cessa de se livrer à la guerre; et les Sanhadja purent conclure la paix avec elle, mais sous la dure condition de lui céder les campagnes [et de ne garder pour eux que les villes]. Dès-lors ils se mirent à fomenter des dissentions entre ces Arabes, et ils aidèrent les Athbedj contre les Riah et les Zoghba.

En-Nacer-Ibn-Alennas, prince de la Calà des Beni-Hammad, réunit des troupes pour soutenir les Athbedj, et El-Moëzz-IbnZîri de la tribu de Maghraoua et souverain de Fez, vint se joindre à lui avec les Zenata. Ils prirent position à Laribus, et ensuite, ils eurent une rencontre avec les Riah et les Zoghba à Sebîba. Dans ce combat, El-Moëzz-Ibn-Zìri abandonna son allié ; cédant, à ce qu'on prétend, aux inspirations de Temim-Ibn-el-MoëzzIbn-Badis, prince de Cairouan. Cette trahison entraîna la défaite. d'Ibn-Alennas qui dut abandonner aux Arabes et aux Zenata ses trésors et son camp, après avoir perdu son frère El-Cacem dans la mêlée. Il se réfugia à Constantine, vivement poursuivi par la tribu de Hilal, et, plus tard, il atteignit la Calà des Beni-Hammad, où il se vit bientôt bloqué par l'ennemi. Les assiégeants, après avoir dévasté les jardins et coupé tous les bois qui entouraient la place, allèrent insulter les autres villes de la province. Ayant mis en ruine celles de Tobna et d'El-Mecila, dont ils avaient chassé les habitants, ils se jetèrent sur les caravansérails,

les villages, les fermes et les villes; abattant tout à ras de terre et changeant ces lieux en une vaste solitude, après en avoir comblé les puits et coupé les arbres.

De cette manière, ils répandirent la désolation partout, et ayant forcé les Sanhadja, princes de l'Ifrikïa et du Maghreb, ainsi que leurs administrateurs dans les provinces, à s'enfermer dans les grandes villes, ils leur enlevèrent peu à peu les territoires qui leur restaient. Toujours guettant les moments favorables pour les surprendre, ils leur firent acheter par un tribut, la permission de se servir de leurs propres terres.

Fidèles à leurs habitudes destructives, les Arabes ne cessèrent de se livrer à toute espèce de brigandage, au point qu'ils forcerent En-Nacer d'abandonner la Calà et de se transporter, avec ses trésors, à Bougie, ville qu'il avait bâtie sur le bord de la mer pour y établir sa résidence.

que

El-Mansour, son fils et successeur, fit aussi sa demeure à Bougie afin de se soustraire à l'oppression et aux brigandages la race arabe exerçait dans les plaines les montagnes de Bougie étant d'un accès fort difficile, et les chemins étant presqu'impraticables pour des chameaux, mettaient son territoire à l'abri de toute insulte.

Tant que la dynastie des Sanhadja conserva le pouvoir, elle reconnut aux Athbedj le droit d'exercer le commandement sur les autres Arabes; mais, quand elle cessa de régner, la tribu qu'elle avait ainsi favorisée perdit toute son autorité et se désorganisa.

En l'an 544 (4446-7), les Almohades subjuguèrent les royaumes de l'Afrique septentrionale, et plus tard, leur cheikh, Abdel-Moumen, entreprit une expédition en Ifrîkïa. Arrivé à Alger, il reçut la visite de deux chefs de ces Arabes nomades: l'un était Abou-'l-Khalil-Ibn-Keslan, émir de la tribu d'Athbedj, et l'autre, Habbas-Ibn-Mocheifer, personnage notable de la tribu de Djochem. Il leur fit un excellent accueil, et les ayant nommés au commandement de leurs tribus respectives, il reprit sa marche et s'empara de Bougie, en l'an 559.

Telle est la date donnée par tous les manuscrits; elle est cependant fausse; Bougie ayant été prise par Abd-el-Moumen en 547 (1152-3).

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