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hadjien entretenait à son service ]. Les Arabes y pénétrèrent aussitôt après, et commencèrent l'œuvre de dévastation, pillant les boutiques, abattant les édifices publics, et saccageant les maisons; de sorte qu'ils détruisirent toute la beauté, tout l'éclat des monuments de Cairouan. Rien de ce que les princes sanhadjiens avaient laissé dans leurs palais n'échappa à l'avidité de ces brigands tout ce qu'il y avait dans la ville fut emporté ou détruit; les habitants se dispersèrent au loin, et ainsi fut consommée cette grande catastrophe.

Les Arabes marchèrent ensuite contre El-Mehdïa et réduisirent cette ville à la dernière extrémité en lui coupant les communications et les vivres.

Après avoir renversé le pouvoir des Sanhadja, les envahisseurs tournèrent leurs armes contre les Zenata et leur enleverent tout le pays ouvert. La guerre entre ces deux peuples ne se termina pas de si tôt, et un descendant de Mohammed-Ibn-Khazer, qui régnait à Tlemcen, plaça un corps de troupes sous les ordres de son vizir Abou-Soda-Khalifa-el-Ifréni, et l'envoya combattre les Arabes. Il s'ensuivit une longue série d'hostilités; mais, dans une dernière bataille, l'armée d'Abou-Soda fut mise en déroute et lui-même y perdit la vie.

Tous ces évènements ébranlèrent profondément la prospérité de l'Ifrikïa; la dévastation s'étendit partout, et une foule de brigands interceptaient les routes et dépouillaient les voyageurs.

A cette époque, le commandement des Zenata et des Berbères nomades était partagé entre quatre grandes familles, les Ifren, les Maghraoua, les Ouémannou et les Ilouman. Après avoir vaincu les Sanhadja et enlevé aux Zenata les pays ouverts de l'Ifrikïa, les Arabes conquirent encore la province du Zab; et ayant subjugué tous les Berbères de cette région, ils les accablèrent d'impôts et de contributions.

Lors de leur entrée en Ifrikïa, les Arabes avaient à leur tête plusieurs chefs de grand renom. De ces personnages, les plus célèbres furent Hacen-Ibn-Serhan, son frère, Bedr-Ibn-Serhan et Fadl-Ibn-Nahed (ces trois guerriers tiraient leur origine de Doreid, un descendant d'Athbedj); puis, Madi-Ibn-Mocreb de la

tribu de Corra, Selama-Ibn-Rize, de la famille de Kethir (branche de Kerfa, tribu qui forme une subdivision de la grande tribu des Athbedj), Chebana-Ibn-Ohaïmer, son frère Solaïcel (que l'on dit appartenir aux Beni-Atïa, branche des Kerfa), Diab-IbnGhanem de la tribu de Thaur, et Mounès-Ibn-Yahya, que l'on fait descendre de Mirdas ; c'est-à-dire, Mirdas de la tribu de Riah, personnage qu'il ne faut pas confondre avec Mirdas de la tribu de Soleim. En effet, il appartenait aux Sinber, famille de la tribu de Mirdas le rîahide. Les autres chefs marquants étaient Zeid-Ibn-Zidan, de la tribu de Dahhak, Tholeïdjan-Ibn-Abes de celle de Himyer, Zeid-el-Addjadj-Ibn-Fadel, que l'on dit être mort avant l'arrivée de sa tribu [en Ifrikïal], Farès-IbnAbi-'l-Ghaïth, son frère Abed, et El-Fadl-Ibn-Abi-Ali, chefs que leurs historiens font descendre de Mirdas (c'est-à-dire, Mirdas le rîahide).

Tous les personnages que nous venons de nommer sont mentionnés dans les poèmes de ces Arabes. Le Diab-Ibn-Ghanem de cette liste leur servit d'éclaireur lors de l'invasion de l'Ifrikïa, et pour cette raison ils lui avaient donné le surnom d'Abou-Mokheiber (l'homme aux renseignements).

A cette époque, les Arabes envahisseurs formaient quatre grandes tribus, toutes issues de Hilal-Ibn-Amer; savoir, Zoghba, Rîah, El-Athbedj et Corra. Quelquefois on désigne la tribu d'Adi comme ayant été avec elles, mais nous n'avons rien pu découvrir de son histoire, et on ne connaît actuellement aucune peuplade qui tire son origine de cette famille. On peut donc supposer qu'elle s'est éteinte, ou, qu'étant numériquement fort réduite, elle s'est dispersée dans les autres tribus. On cite aussi parmi elles la tribu de Rebià, mais nous ne connaissons à présent aucune peuplade de ce nom, à moins que ce soit celle qu'on appelle les Makil, ainsi que le lecteur verra plus tard.

Avec la tribu de Hilal, il entra en Ifrikïa une foule mélangée, composée d'Arabes appartenant aux tribus des Fezara et d'Achedja (branches de celle de Ghatafan), de Djochem-Ibn-Moaouïa-IbnBekr-Ibn-Houazen, de Seloul-Ibn-Morra-Ibn-Sâsâ-Ibn-Moaouïa, d'El-Makil, branche de la grande famille des Arabes yémenites,

d'Anéza-Ibn-Aced-Ibn-Rebià-Ibn-Nizar, de Thaur-Ibn-MoaouïaIbn- Abbada-Ibn-Rebiât-el-Bekka-Ibn - Amer-Ibn-Sàsâ, d'Adouan-Ibn-Omar-Ibn-Caïs-Ibn-Ghaïlan, et de Matroud, famille de la tribu de Fehm-Ibn-Caïs 1.

Mais toutes ces fractions de tribu étaient, pour ainsi dire, englobées dans la tribu de Hilal et surtout dans la tribu-branche d'El-Athbedj, parce que cette famille exerçait le commandement sur toutes les autres lors de leur entrée en Ifrîkïa.

Quant à la tribu de Corra, autre branche de celle de Hilal, ce ne fut ni sous l'administration d'El-Yazouri ni sous celle d'ElDjerdjeraï qu'elle passa le Nil pour se rendre en Ifrîkïa; vu qu'elle était déjà à Barca, lors du règne d'El-Hakem le fatemide. L'on sait que le souvenir de ses démêlés avec la dynastie fatemide-égyptienne et avec celle des Sanhadja subsiste encore. Elle fait remonter son origine à Abd-Menaf-Ibn-Hilal, comme on le voit par les vers suivants d'un poète appartenant à la race des Arabes nomades:

Nous trouvámes en eux cette indulgence que nous avions sollicitée; et certes, des Arabes aussi doux que braves n'ont aucun défaut.

Mais Corra, [descendue] de Menaf, et toute sa race se voient maintenant repoussées loin de là: ainsi nous súmes obtenir ce que leurs ruses n'avaient pas pu atteindre.

Trois mille d'entre les Corra perdirent la vie; véritable consolation pour le cœur de nos blessés 2.

Et un autre de leurs poètes a dit :

Seigneur! protége tes créatures contre chaque malheur qui les menace; mais ne protége point la tribu qui garde [ ces terres contre nous ].

1 Voy. pour l'histoire de ces tribus, l'Essai de M. C. de Perceval.

2 Ces vers ainsi que les suivants sont remplis de fautes de toute nature; les auteurs y ont violé d'une manière vraiment barbare les règles de la grammaire, de la prosodie et de l'orthographe; et malgré toutes ces licences, ils n'ont pas pu exprimer leur pensée d'une manière claire.

Distingue par ta faveur Corra [descendue] de Menaf, et toute sa race! que cetle tribu, guidée par tes conseils, soit toujours disposée à fournir de l'eau aux peuplades nomades.

On voit que ces poètes représentent les Corra comme descendants de Menaf, et cependant, il n'y a aucun Menaf dans la généalogie de la tribu de Hilal. Il y a bien un Abd-Menaf, et c'est sans doute lui qu'ils ont voulu désigner.

Lors du règne d'El-Hakem, la tribu de Corra eut pour-chef Mokhtar-Ibn-el-Cacem. Quand El-Hakem envoya Yahya-IbnAli-el-Andaloci à Tripoli pour secourir Felfoul-Ibn-Said-IbnKhazroun contre les Sanhadja (événement dont nous parlerons dans l'histoire des Beni-Khazroun), il transmit aux Corra l'ordre d'accompagner ce général. Ils se rendirent donc à Tripoli, mais plus tard, ils rentrèrent à Barca après avoir contribué à la défaite de Yahya-Ibn-Ali en l'abandonnant à l'heure du combat. El-Hakem somma alors leurs chefs de comparaître devant lui, et sur leur refus, il leur expédia des lettres de grâce. Par ce moyen il les attira à Alexandrie où il les fit tous mettre à mort. Ceci se passa en 394 (1003-4).

Il se trouvait alors dans cette tribu un homme qui enseignait le Coran et qui tirait son origine d'El-Moghaïra-Ibn-Abd-er-Rahman l'oméïade. Cet individu, qui se nommait El-Ouélîd-IbnHicham [Abou-Racoua] prétendait savoir par inspiration qu'il remonterait sur le trône de ses ancêtres. Les tribus berbères de Mezata, Zenata et Louata ajoutèrent foi à ses paroles, et l'on s'entretint beaucoup à son sujet. Enfin, en l'an 395, les Beni-Corra le proclamèrent khalife et s'emparèrent de la ville de Barca. A cette nouvelle, El-Hakem envoya des troupes contre la tribu révoltée, mais El-Ouélid-Ibn-Hicham les mit en déroute et tua leur commandant qui était turc de nation. S'étant ensuite dirigé contre l'Égypte, le vainqueur y essuya une défaite et dut chercher un refuge chez les Bédja, dans le pays des Noirs. Trahi par ceux dont il avait espéré la protection, il se vit emmener prison

Le pays habité par les Bédja est situé dans la Haute-Égypte, sur la frontière de l'Abyssinic. (Voyez les Mémoires sur l'Egypte, par M. Quatremère, tome 11, Mémoire sur les Blemmyes.)

nier au Caire où il subit la peine capitale. Plus tard, les BeniCorra parvinrent à obtenir leur grâce. En l'an 402 (1041-2) ils interceptèrent les présents que Badîs-Ibn-el-Mansour, roi des Sanhadja, envoyait en Égypte; puis ils allèrent s'emparer de Barca. Le gouverneur de cette ville prit la fuite, monta sur un navire et partit.

Telle était encore la position où ils se trouvaient quand leurs frères de la tribu de Hilal, les Zoghba, les Rîah et les Athbedj, pénétrèrent en Ifrikïa avec leurs dépendants. Ils se mirent en marche avec eux, ayant au nombre de leurs chefs ce Madi-IbnMocreb dont le nom se fait remarquer dans l'histoire de la tribu de Hilal.

On conserve chez les Hilaliens des récits fort étranges au sujet de leur entrée en Ifrikïa. Ainsi, ils prétendent que le chérif IbnHicham, prince de Hidjaz, et appelé, selon eux, Chokr-Ibn- Abi l'-Fotouh, contracta une alliance avec [leur chef] Hacen-Ibn-Serhan, dont il épousa la sœur El-Djazia, et que de ce mariage naquit un fils appelé Mohammed. Des querelles et des dissentions s'étant ensuite élevées entre le chérif et les membres de la tribu, ceux-ci prirent la résolution de passer en Afrique. Mais, d'abord, ils usèrent de ruse afin de pouvoir emmener la femme du chérif. D'après leurs conseils, elle demanda à son mari la permission d'aller visiter ses parents. Il y donna son consentement et l'accompagna jusqu'au lieu où la tribu était campée. On partit alors, emmenant le chérif et son épouse, avec l'intention apparente de le conduire à un endroit où l'on se livrerait, le lendemain, au plaisir de la chasse, et de revenir au campement aussitôt que les tentes y seraient dressées de nouveau. Tant qu'ils se trouvèrent sur le territoire du chérif, ils lui cachèrent leur véritable projet, mais, lorsqu'ils eurent atteint les terres situées hors de la juridiction de ce chef, ils le renvoyèrent à la Mecque, le cœur rempli de douleur en se voyant enlever la personne qu'il aimait tant. Sa femme continua à ressentir pour lui un amour égal à celui qui le tourmentait, et elle mourut enfin, victime de sa passion.

Encore aujourd'hui, dans la tribu de Hilal, on raconte au sujet de ces deux amants des histoires à faire oublier celles de Caïs et

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