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dans tout son empire. Ayant persisté à remplir son vœu, il fit couper aux robes de cérémonie et aux étendards la bordure dans laquelle les noms des princes fatemides se trouvaient tissés, et ayant reconnu pour souverain Abou-Djâfer-el-Caïm, fils d'ElCader, l'Abbacide, il ordonna qu'on fît le [khotba] au nom de ce khalife et que l'on offrît des prières pour sa prospérité du haut de toutes les chaires. Ceci eut lieu en 437 (1045-6).

Le khalife de Baghdad ayant reçu l'acte par lequel El-Moëzz reconnaissait son autorité, lui envoya, par Abou-l'-Fadl-el-Baghdadi le diplôme d'investiture et les robes d'honneur. On fit la lecture de cette pièce dans la grande mosquée de Cairouan; on y déploya les étendards noirs et on démolit la maison des Ismaïliens 3

Quand cette nouvelle parvint à El-Mostancer, khalife de l'Égypte, et à ses sectateurs, les rafédites ketamiens, ainsi qu'aux autres partisans de la dynastie fatemide, ils en ressentirent une douleur extrême, et dans le trouble que cet événement leur inspira, ils demeurèrent frappés de consternation.

Nous avons déjà fait observer que les tribus hilaliennes se trouvaient cantonnées dans le Saïd. Elles se composaient des Djochem, des El-Athbedj, des Zoghba, des Riah, des Rebiâ et des Adi; populations dont la présence sur ce territoire y répandait la dévastation et nuisait non seulement à la province mais à l'empire. Le vizir El-Yazouri donna le conseil de gagner ces tribus; d'en revêtir les chefs du commandement des provinces de l'Ifrîkïa et de les envoyer faire la guerre à la dynastie des San

1 Voy. la Chrestomathie de M. de Sacy; tome 1, page 287.

2 Le noir était la couleur distinctive de la dynastie abbacide. (Voy. l'extrait des Prolégomènes de notre auteur, inséré par M. de Sacy dans sa Chrestomathie, tome 1, p. 265.)

3 Les Ismaïliens étaient partisans des Fatemides. La maison qu'ElMoëzz fit démolir fut sans doute un établissement semblable à celui que les Fatemides avaient fondé au Caire et qui portait le nom de la Maison de la sagesse. On y enseignait les doctrines secrètes de la secte Fatemide. (Voy. l'Exposé de l'Histoire des Druzes, de M. de Sacy, t. I, pages CCLXXX et CCCXI.)

hadja.

«De cette manière, disait-il, les Arabes deviendront >> amis dévoués des Fatemides et formeront une excellente armée » pour la protection de l'empire. Si, comme on le doit espérer, >> ils réussissent à vaincre El-Moëzz, ils s'attacheront à notre >>> cause et se chargeront d'administrer l'Ifrîkïa en notre nom; » de plus, notre khalife se sera débarrassé d'eux. Si, au con» traire, l'entreprise ne réussit pas, peu nous importe! Dans » tous les cas, mieux vaut avoir affaire à des Arabes nomades » qu'à une dynastic sanhadjite. » Cet avis fut accueilli avec transport.

On a raconté, mais à tort, que ce fut Abou-l'-Cacem-el-Djerdjeraï qui donna ce conseil et qui fit entrer les Arabes en Ifrîkïa.

En conséquence de la décision que l'on venait de prendre, ElMonstancer, en l'an 444 (1049-50), envoya son vizir auprès des Arabes. Ce ministre commença par faire des dons peu considé-rables aux chefs, - une fourrure et une pièce d'or à chaque individu, ensuite il les autorisa à passer le Nil en leur adressant ces paroles: << « je vous fais cadeau du Maghreb et du royaume » d'El-Moëzz-Ibn-Badîs le sanhadjite, esclave qui s'est soustrait » à l'autorité de son maître. Ainsi, dorénavant, vous ne serez >> plus dans le besoin ! >>

Il écrivit alors au gouvernement du Maghreb une lettre ainsi

conçue :

Nous vous envoyons Des coursiers rapides
Pour accomplir telle chose

hommes intrépides
destin décide.

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Les Arabes, animés par l'espoir du butin, franchirent le Nil et allèrent occuper la province de Barca. Ayant pris et saccagé les villes de cette région, ils adressèrent à leurs frères qu'ils avaient laissés sur la rive droite du Nil, une description attrayante du pays qu'ils venaient d'envahir. Les retardataires s'empressèrent d'acheter la permission de passer le fleuve; et comme cette faveur leur coûta une pièce d'or pour chaque individu, le gouvernement égyptien obtint non seulement le remboursement des sommes qu'il venait de leur distribuer, mais encore bien au-delà. Ces envahisseurs se partagèrent alors le pays, de sorte que la

partie orientale en échut aux Soleim et la partie occidentale aux Hilal. Ils dévastèrent ensuite El-Medina-t-el-Hamra, Adjedabia, Asmou et Sort. La tribu soleimide de Héïb se fixa sur le territoire de Barca avec ses confédérés, les Rouaha, les Nacera et les Omeira; mais les Debbab, Iles Auf, les Zoghb et toutes les familles hilaliennes se précipitèrent sur l'Ifrikïa comme une nuée de sauterelles, abîmant et détruisant tout ce qui se trouvait sur leur passage.

Ce fut en l'an 443 (1054-2) que les Arabes entrèrent en Ifrikïa. Mounès-Ibn-Yahya-es-Sinberi, émir des Riah, fut le premier qui y pénétra. El-Moëzz chercha aussitôt à gagner l'appui de ce chef, et l'ayant fait venir auprès de lui, il le déclara son ami et épousa sa fille. Ensuite, il lui proposa d'attirer les Arabes des stations éloignées où ils s'étaient arrêtés, afin de pouvoir accabler par leur nombre et avec leur secours [les princes de la famille de Hammad] ses collatéraux, qui se tenaient en révolte contre lui dans la partie occidentale de l'empire. Après quelque hésitation, Mounès y donna son consentement et appela les Arabes. Ces nomades se mirent aussitôt à dévaster le pays en proclamant partout l'autorité d'El-Mostancer-Billah, le khalife [ fatemide ]. Ils défirent aussi l'armée sanhadjienne et les corps de troupes alliées qu'El-Moëzz avait fait marcher contre eux. Ce prince si rempli d'orgueil, fut outré de cet échec; transporté de colère, il arrêta le frère de Mounès, et ayant dressé son camp en dehors de Cairouan, il envoya demander des secours à son cousin El-Caïd-Ibn-Hammad-Ibn-Bologguin, seigneur de la Calà des Beni-Hammad. El-Caïd leva une troupe de mille cavaliers et la lui envoya. Les Zenata nomades, auxquels il avait aussi adressé un appel, lui en envoyèrent un autre millier, tous tirés de la famille d'El-Montacer-Ibn-Khazroun-el-Maghraoui et commandés par lui-même. El-Montacer était un des chefs les plus puissants de la nation zenatienne, et au moment où on lui demanda sa coopération, il se trouvait, avec ses nomades, dans les campagnes de l'Ifrika.

El-Moëzz se mit alors en marche avec ses alliés, les partisans de sa famille, ses domestiques, ses amis, et le petit nombre des

descendants des conquérants arabes qui habitaient encore son pays. Cette troupe s'accrut ensuite des contingents berbères, de sorte qu'El-Moëzz put aller à la rencontre de l'ennemi avec une armée très-nombreuse, composée, dit-on, d'environ trente mille combattants.

Les tribus arabes de Rîah, Zoghba et Adi se postèrent au midi de Haideran, lieu des environs de Cabes. Quand les deux armées se trouvèrent en présence, l'ancien esprit national porta les descendants des Arabes qui, les premiers, avaient subjugué le Maghreb, à se détacher d'El-Moëzz pour passer aux Hilal. Alors, les Zenata et les Sanhadja l'abandonnèrent aussi, de sorte qu'il dut s'enfuir avec les gens de sa maison, et se réfugier dans Cairouan. Ses trésors, ses bagages et ses tentes devinrent la proie des vainqueurs. L'on dit que dans cette affaire, les Sanhadjiens perdirent, à cux seuls, trois mille et trois cents hommes. Ce fut à propos de cette journée qu'Ali-Ibn-Rizc, de la tribu de Rîah, prononça le poème qui commence ainsi :

L'image d'Omaima, [ma bien-aimée], se présenta à minuit auprès de ma couche; [mais j'étais déjà parti] et nos montures couraient en pressant le pas.

C'est dans cette pièce que l'on trouve les vers suivants : Oui! le fils de Badis est un excellent roi, mais ses sujets ne sont pas des hommes.

Trente mille d'entre eux furent mis en déroule par trois mille des nôtres ! ce fut là un coup à faire perdre l'esprit.

Quelques personnes attribuent ce poème à Ibn-Cheddad 1. Les Arabes vinrent alors bloquer El-Moëzz dans Cairouan, et pendant ce long siége, ils portèrent la dévastation dans les campagnes et les villages des alentours. Ils n'épargnèrent même pas les lieux où la vengeance d'El-Moëzz s'était déjà fait sentir, parce qu'il en avait soupçonné les habitans d'être d'accord avec eux.

Abou-Mohammed - Abd-el-Azîz-Ibn-Cheddad, surnommé Izz-edDîn (gloire de la religion), était petit-fils de Temim, fils d'El-MoëzzIbn-Badis. Il composa une histoire de Cairouan et de l'Afrique septentrionale, intitulée El-Djemé-ou-el-Beian, etc. Il mourut en 504 (4407-8).

Les gens de la campagne se réfugièrent dans Cairouan, et comme les Arabes continuaient à en presser le siége et à commettre des ravages épouvantables, les habitants finirent par s'enfuir à Tunis

et à Souça.

Toute la province de l'Ifrîkïa fut pillée et saccagée, et en l'an 445 (1053-4), les villes d'Obba et de Laribus tombèrent au pouvoir des Arabes. Pendant ce temps, les Zoghba et les Rîah se tenaient aux environs de Cairouan. Mounès étant alors venu camper sous les murs de la ville, accorda sa protection aux membres de la famille Ziri [famille dont El-Moëzz faisait partie], et les conduisit à Cabes et autres lieux. Les Arabes s'emparèrent ensuite du pays de Castilia, et un de leurs chefs, Abed- Ibn-Abi-'l-Ghaith, ayant entrepris une expédition contre les Zenata et les Maghraoua, s'en revint avec un fort butin.

En l'an 446 (1054-5), les Arabes se partagèrent les villes de l'Ifrîkïa: la tribu de Zoghba s'appropria la ville et la province de Tripoli, pendant que la tribu de Mirdas, branche de celle des Riah, occupa Bedja et les lieux voisins. Un nouveau partage se fit plus tard, et la région située au couchant de Cabes devint la propriété des tribus de Rîah, Zoghba, Makil, Djochem, Corra, Athbedj, Cheddad, Kholt et Sofyan, branches de la grande tribu de Hilal. De cette manière, l'empire d'El-Moëzz se morcela et lui échappa. Abed-Ibn-Abi-'l-Ghaïth s'empara de Tunis et réduisit les habitants en esclavage, pendant qu'Abou-Masoud, un autre de leurs chefs, prit la ville de Bône par capitulation.

Quant à El-Moëzz, il chercha sa sûreté en mariant ses trois filles aux émirs arabes, Farès-Ibn-Abi-'l-Ghaïth, Abed-Ibn-Abi'l-Ghaïth et El-Fadl-ben-Bou-Ali, le mirdacide. En l'an 448, il donna à son fils Temim le commandement d'El-Mehdïa, et l'année suivante, il se fit escorter à Cairouan [lisez El-Mehdia], par les chefs arabes, ses gendres. Comme les Arabes ne tardèrent pas à l'y suivre, il s'embarqua et partit [pour Tunis]. Le lendemain, son fils El-Mansour [qu'il avait laissé à Cairouan], informa les habitants du départ de leur sultan. Alors ceux-ci évacuèrent la ville sous la conduite d'El-Mansour et de la troupe des nègres [que le gouvernement san

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