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d'Ocaïl est celle d'Abbada-Ibn-Ocaïl. On l'appelle aussi El-Akhaïl parce que Abbada lui-même portait le sobriquet d'El-Akhial. Cette tribu demeure maintenant en Irac, au milieu des Beni-'lMontafic, et dans cette portion d'El-Bataïh qui est située entre Basra, Koufa et Ouacet. D'après ce que nous avons entendu dire, le chef qui exerce le commandement chez elie est soutenu par de nombreux guerriers il s'appelle Kian-Ibn-Saleh, mais nous ne savons s'il appartient, par la naissance, à la famille des Mârouf, émirs d'El-Bataïh, ou à celle des Abbada-el-Akhaïl.

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Telles sont les notions que nous pouvons fournir relativement aux descendants d'Amer-Ibn-Sâsâ et à la manière dont ils obtinrent possession des territoires occupés précédemment par les Arabes sortis des souches de Kehlan, de Rebià et de Moder. En ce qui touche Kehlan, il ne s'y trouve plus aujourd'hui, à notre con-naissance, aucune tribu qui tire son origine de lui. Quant aux descendants de Rebiâ, ils ont traversé les provinces de Fars et de Kirman et font paître maintenant leurs troupeaux entre ce dernier pays et Khoraçan. Un très-petit nombre d'entre eux est resté dans l'Irac et s'est établi à El-Bataïh. Les Beni-Meïah, une de leurs familles, se regardent comme parents des Kerfa 2. Avec eux habite un mélange de familles sorties des grandes tribus d'Aous et de Khazredj. L'émir actuel de la tribu de Rebià s'intitule le Cheikh Ouéli, et celui des Aous et Khazredj porte le nom de Taher-Ibn-Khidr.

Voilà les renseignements qu'après les recherches les plus diligentes, nous sommes parvenus à réunir sur l'état actuel des tribus arabes de la troisième catégorie qui habitent l'Orient. Nous allons maintenant indiquer les branches de ces tribus qui sont passées dans le Maghreb. [Avant cette émigration] les Arabes [nomades] ne s'étaient jamais établis en Maghreb, ni antérieurement ni postérieurement à l'Islamisme. La raison en était que la race berbère occupait ce pays et empêchait les autres peuples

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Akhial, au pluriel Akhail, signifie marqué de tâches de rousseur. 2 Plus loin il sera question de cette famille.

a Voyez l'Introduction.

de s'y fixer. Il est vrai qu'Ifricos-Ibn-Saïfi, ce prince de la dynastie des Tobba [rois du Yémen], qui donna son nom à l'Ifrîkia, y avait conduit une expédition et s'en était rendu maître; mais, après y avoir laissé les tribus himyerites de Ketama et de Sanhadja, il s'en alla. Ces deux peuples devinrent graduellement Berbères et se confondirent avec cette race, de sorte que l'autorité des Arabes en Ifrîkïa disparut tout-à-fait.

Lors de la promulgation de l'Islamisme, le progrès de cette religion mit les Arabes en état de vaincre les autres nations. Leurs armées pénétrèrent dans le Maghreb et prirent toutes les villes de ce pays. Ils eurent alors beaucoup à souffrir dans leurs guerres contre les Berbères, qui, comme nous l'avons rapporté ailleurs, sur l'autorité d'Ibn-Abi-Yezîd 1, apostasièrent jusqu'à douze fois avant que la vraie religion cût pris racine chez eux. Aussi, les Arabes ne s'y établirent point comme habitans de tentes et comme tribus nomades : le besoin d'assurer leur domination dans ce pays les ayant obligés à se tenir dans les villes.

Ainsi, comme nous venons de le dire, les Arabes n'avaient pas habité les plaines du Maghreb; ce ne fut qu'au milieu du cinquième siècle qu'ils vinrent y faire leur demeure et se disperser par tribus, pour aller camper dans toutes les parties de cette vaste région.

Nous allons maintenant exposer en détail les causes de cette migration.

LES TRIBUS DE HILAL ET DE SOLEIM, ARABES DE LA QUATRIÈME RACE, ENTRENT EN AFRIQUE. SUITES DE CET ÉVÉNEMENT.

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Depuis l'avènement de la dynastie abbacide, les tribus formant les deux grandes familles moderites de Hilal et de Soleim. avaient continué à vivre en nomades et à parcourir avec leurs troupeaux, les déserts du Hidjaz qui touchent à la province du

1 Abou-Mohammed-Aïoub, fils de l'Abou-Yezid qui fit une guerre si acharnée à la dynastie des Fatemides, était très-versé dans la connaissance des généalogies berbères. Il demeura pendant quelque temps à la cour de Cordoue, auprès du célèbre ministre El-Mansour. L'histoire d'Abou-Yezid se trouve dans cet ouvrage.

Nedjd. Les Soleim fréquentaient les environs de Médine, et les Hilal se tenaient sur le Ghazouan, montagne près de Taïf. Quelquefois, cependant, ils allaient prendre leurs quartiers d'été aux frontières de l'Irac et de la Syrie, d'où ils faisaient des incursions dans les cantons voisins pour y dévaliser les voyageurs et piller les caravanes. Les Soleim se permettaient même d'attaquer les pèlerins de la Mecque aux jours où l'on remplissait les grands devoirs de la religion, et de les dépouiller sur le territoire de Médine pendant qu'ils visitaient le tombeau du Prophète. Les khalifes de Baghdad ne cessaient d'expédier des troupes pour punir ces méfaits et protéger les pèlerins contre de pareils outrages.

Plus tard, les Beni-Soleim et un grand nombre des tribus descendues de Rebià-Ibn-Amer allèrent se joindre aux Carmats, lors de la première apparition de ces sectaires, et ils les servirent en qualité de milices, dans les provinces de Bahrein et d'Oman.

Quand les princes Fatemides, descendants d'Obeid-Allahel-Mehdi, eurent subjugué l'Egypte et la Syrie, El-Azîz, un des souverains de cette dynastie, enleva aux Carmats les villes dont ils s'étaient emparées dans ce dernier pays, et les ayant refoulés jusqu'à la province de Bahrein, il transporta dans le Saïd (la Haute-Égypte) leurs partisans, les Arabes des tribus de Hilal et de Soleim. Bien que la présence de ces nomades dût nuire à la prospérité de cette région, il prit le parti de les y établir, en les installant sur le bord oriental du Nil.

[Nous allons maintenant raconter les faits qui décidèrent le gouvernement égyptien à faire passer ces tribus dans l'Afrique septentrionale.] En l'an 408, El-Moëzz devint souve rain des Sanhadja de Cairouan; ayant reçu son investiture

1 Ici, notre auteur désigne les Fatemides par le terme chii (sectaire). Le plus souvent i les nomine Obeidites, et bien qu'il les déclare descendants de Fatema, fille de Mahomet, il ne leur donne qu'assez rarement le titre de Fatemides. Comme cette dernière dénomination est cependant la plus usitée, je l'emploie dans cette traduction à la place de Chiites et d'Obeidites.

d'Ed-Daher-li-Din-illah-Ali, fils d'El-Hakem-bi-Amr-illah-Mansour, fils d'El-Azîz-billah-Nizar, fils d'El-Moëzz-li-Dîn-illahMådd, émir de l'Ifrikïa. Ainsi, de même que ses pères, il tenait son autorité des souverains Fatemides, fait sur lequel nous aurons occasion de revenir. Agé seulement de huit ans, il n'avait aucune connaissance des principes du gouvernement, aucune expérience des affaires, mais il appartenait à une famille trèspuissante et très-fière. Ed-Daher mourut en 427 (1036) et eut pour successeur son fils El-Mostancer-billah-Mådd, celui qui régna plus longtemps qu'aucun des khalifes de l'Islamisme; ayant gouverné soixante-quinze ans, disent les uns, soixantecinq, disent les autres. La vérité est qu'il régna soixante-treize ans, puisqu'il mourut vers la fin du cinquième siècle de l'hégire 2.

El-Moëzz, fils de Badis, eut pour les doctrines sonnites (orthodoxes) un certain penchant qu'il laissa quelquefois paraître 3. Ainsi, vers le commencement de son règne, il lui arriva, en faisant une promenade, d'invoquer à haute voix le secours des deux cheikhs [les khalifes] Abou-Bekr et Omar, dans un moment où il voyait que son cheval allait s'abattre sous lui. Les gens du peuple ayant entendu ces paroles, commencèrent à massacrer les Rafédites, et à proclamer hautement la doctrine orthodoxe : ils en firent publiquement la profession et supprimèrent les paroles venez à l'excellente œuvre (hai ala khair il ámel) que les Fatemides avaient insérées dans l'adan, ou appel à la prière..

Il y a une double erreur dans ce paragraphe: El-Moëzz, fils de Badîs, succéda au trône en l'an 406, et sa nomination fut confirmée, non pas par Ed-Daher, mais par son père, El-Hakem. L'acte de confirmation arriva à Cairouan vers la fin de l'année suivante. Dans cette pièce, le gouvernement fatemide accorda à El-Moëzz le titre de Chéref-ed-Dola (l'honneur de l'empire). En-Nouairi; Man. ar. de la Bib. nat.; anc. fonds, u° 702, fol. 37.

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2 Il mourut en l'an 487. Ce fut son fils El-Mostâli qui mourut en 495. 3 Ibn-el-Athir dit, dans ses Annales, sous l'année 406, qu'El-Moëzz porta le peuple de l'Ifrîkïa à adopter le rite de Malek, eux qui auparavant avaient suivi celui d'Abou-Hanifa.

Le mot rafédi signifie hérétique. Il s'applique surtout aux partisans des fatemides.

Ed-Daher ferma les yeux sur cet événement; son fils et successeur, El-Mostancer, ne parut y faire aucune attention non plus; aussi, El-Moëzz, en ayant rejeté tout le blâme sur le peuple, vit agréer ses excuses. Dès-lors, ce prince continua à faire la prière au nom du khalife [fatemide] et à lui envoyer les présents d'usage. Pendant tout ce temps, il entretenait une correspondance écrite avec Abou-l-Cacem-Ahmed-el-Djerdjeraï, vizir de ces deux souverains, gouverneur de leur empire et directeur de toutes leurs affaires. Cherchant ainsi à le mettre dans ses intérêts, il lançait des sarcasmes contre les descendants d'Obeid-Allah [les fatemides] et contre leurs partisans. El-Djerdjeraï fut surnommé El-Actâ (le mutilé) parcequ'El-Hakem lui avait fait couper les mains pour crime de péculat. Lors de cet événement, toute l'autorité dont ce vizir avait disposé passa entre les mains de Sittel-Molk, [sœur d'El-Hakem et grand] -tante d'El-Mostancer. En l'an 444 (1023-4), après la mort de cette princesse, El-Djerdjeraï rentra au pouvoir, et il y resta jusqu'à la fin de ses jours. Il mourut en 436 (1044-5). Son successeur dans le vizirat, Abou-Mohammed-el-Hacen-Ibn-Ali, portait le surnom d'El-Yazouri, parce qu'il était originaire d'un village de la Palestine [appelé Yazour], où son père avait été matelot 2.

Quand El-Yazouri fut élevé à ces hautes fonctions, les gouverneurs des provinces se dispensèrent de lui donner, dans leurs dépêches, le titre de monseigneur (moulaï), ce qui le piqua au vif. Il en fit même des reproches à Thomal-Ibn-Saleh, seigneur d'Alep, et à Moëzz-Ibn-Badîs, seigneur de l'Ifrikïa. Dès lors, ces deux princes le prirent en aversion. El-Moëzz fit même serment de répudier la souveraineté des Fatemides, de faire la prière publique au nom des Abbacides, et d'empêcher que celui du khalife obeidite (fatemide), fût prononcé du haut d'aucune chaire

1 Dans le Meracid, dictionnaire géographique arabe, on lit que Yazour est un village maritime des dépendances de Ramla, dans la Palestine.

2 Peut-être, à la place de mellah (marin), faut-il lire fellah (agriculteur, paysan). Ibn-el-Athîr et En-Nouaïri disent effectivement que le père d'El-Yazouri appartenait à la classe des cultivateurs.

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