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et [ancien] tuteur des enfants de Tutuch. Expulsé de la Syrie par ce prince, il s'arrêta à Hilla, chez Sadaca-Ibn-Mezïed 2, qui lui fit cadeau de sept mille pièces d'or. Ils s'engagèrent alors par serment à se soutenir mutuellement. En l'an 500 (1106-7), lors de la dissension qui s'éleva entre Sadaca et le sultan Seldjoukide, Mohammed-Ibn-Mélek-Chah, dissension qui aboutit à une guerre, Fadl vint se joindre au premier ainsi que Kirouach, fils de Chérefed-Dola, Moslem-Ibn-Coreich, seigneur de Mosul et quelques chefs turcomans, tous alliés de Sadaca. Quand on se fut mis en marche contre le sultan, Fadl et ses compagnons, qui s'étaient placés à l'avant-garde, passèrent du côté d'Ibn-Mélek-Chah. Ce prince les accueillit avec une haute distinction, et les ayant revêtus de pelisses d'honneur, il installa Fadl dans l'hôtel que Sadaca possédait à Baghdad. Quelque temps après, le sultan marcha contre Sadaca, et s'étant laissé tromper par Fadl qui s'engageait à tenir ce chef en échec, il lui donna la permission de passer dans le Désert. Fadl traversa alors le fleuve, atteignit la ville d'El-Anbar, et à partir de cette époque, ne revint plus auprès d'Ibn-Mélek-Chah.

Ces renseignements d'Ibn-el-Athîr et les paroles d'El-Moçabbihi prouvent clairement que Fadl appartenait, tout aussi bien que Bedr, à la famille de Djerrah. D'ailleurs, la généalogie des Djerrah, telle qu'on nous la donne, démontre que leur ancêtre, Fadl, est bien le même individu que celui-ci. En effet, pendant que les uns l'appellent Fadl, fils de Rebiâ, fils d'El-Djerrah, les autres le nomment Fadl, fils de Rebiâ, fils d'Ali, fils de Moferredj.

Dans cette dernière généalogie on donne Rebiâ comme un descendant de Moferredj, aïeul de la tribu de Djerrah: erreur dans laquelle on a pu tomber à cause de l'ancienneté des faits, ou par suite du peu de soin que des nomades tels qu'eux ont pu mettre à garder le souvenir d'une circonstance de cette

nature.

1 Voy. l'ouvrage de M. Reinaud intitulé Extraits des historiens arabes, relatifs aux Croisades, page 22 et suiv.; et Ibn-Khallikan, trad. t. I, page 273.

2 Voyez la traduction d'Ibn-Khallikan, vol. 4, page 634.

Sur la question de savoir si la maison de Fadl, fils de Rebià, fils de Felah, fils de Moferredj, tire son origine de l'aïeul des Taï, quelques-uns de cette famille font le récit suivant : « Le >> commandement de la tribu de Taï appartenait à Aïas-Ibn» Cabîça, descendant de Homa, fils d'Amr, fils d'El-Ghauth, fils » de Taï. Ce fut à cet Aïas que Chosroës [Parviz] confia le >> gouvernement de la ville de Hira, après avoir fait périr En-No>> man-lbn-el-Mondir et enlevé l'autorité à la famille Mondir. >> Ce fut encore le même Aïas qui obtint de Khaled-Ibn-el» Quélid 3 que Hira ne serait pas attaqué, pourvu que les habi>> tants payassent la capitation. Depuis ce temps, les descendants » de Cabiça ont continué à exercer le commandement dans la >> tribu de Taï avec l'autorisation du gouvernement de l'empire » musulman. » Il se peut que les familles d'El-Djerrah et de Fadl tirent leur origine de ce Cabîça; si, au contraire, la postérité de Cabîça s'est éteinte, ces deux maisons en sont proches parentes. L'on sait que le droit d'exercer le commandement dans une tribu appartient à ceux qui lui sont alliés par le sang et qui partagent, avec elle, le même esprit de corps. Ceci est un principe que j'ai établi dans la première partie de mon ouvrage.

Ibn-Hazm dit, en parlant de la généalogie de la tribu de

↑ Jusqu'à présent, le raisonnement de notre auteur est peu clair; par l'introduction de cette nouvelle généalogie dans laquelle le nom de Felah est substitué, apparemment, à celui d'Ali, il l'a embrouillé tout-à-fait.

2 Voyez l'histoire des Beni-'l-Mondir dans l'Essai sur l'histoire des Arabes avant l'islamisme, par M. Caussin de Perceval, tome ..

3 Un des principaux généraux du khalife Abou-Bekr. (Voy. son histoire dans le tome u de l'Essai de M. C. de Perceval).

Le chapitre dans lequel Ibn-Khaldoun discute ce principe se trouve dans la seconde section de ses Prolégomènes, ouvrage dont M. Quatremère va publier une édition.

5 Abou-Mohammed-Ali, surnommé Ibn-Hazm, naquit à Cordoue en 384 (994). Il composa plusieurs ouvrages dont on trouvera les titres dans Ibn-Khallikan. Il mourut dans la première moitié du cinquième siècle de l'hégire. Sa vie se trouve dans ma traduction d'Ibn-Khallikan, vol. 2, page 267 et suiv.

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Taï : » Quand ce peuple sortit du Yémen avec les Beni-Aced, il >> s'établit aux Deux-Montagnes, Adja et Selma, et sur le terri>>toire qui les sépare, pendant que les Beni-Aced se fixèrent >> entre ces lieux et le pays de l'Irac. Mais lors de la guerre que

>> l'on a appelée Harb-el-Feçad (guerre d'iniquité), plu>> sieurs branches de la tribu de Taï, telles que Beni-Kharedja>> Ibn-Sad-Ibn-Catra, appelés aussi les Beni-Djedîla, du nom » de leur aïeule, quittèrent les Deux-Montagnes avec la fa>> mille de Teim-Allah et celle de Hobeich, pour aller s'établir » à Alep et à Hader-Taï (demeure fixe de Taï). La seule portion » de la tribu de Taï qui resta aux Deux-Montagnes fut la famille >> des Beni-Rouman-Ibn-Djondob-Ibn-Kharedja-Ibn-Sâd. Ceux>> ci reçurent le nom d'El-Djébélïin (gens de la Montagne) >> et ceux qui allèrent se fixer sur le territoire d'Alep et à Hader» Taï furent appelés es-Sehliin (gens de la plaine). »

Il se peut donc que les familles de Djerrah et de Fadl, établies maintenant en Syrie, appartiennent à cette tribu de Kharedja qu'Ibn-Hazm représente comme s'étant transportée à Alep et à Hader-Taï; car la Palestine, où les Djerrah demeurent à présent, est plus rapprochée des lieux que nous venons de nommer qu'elle ne l'est des Deux-Montagnes, Adja et Selma, où habite l'autre partie de la tribu de Taï. Mais, après tout, c'est Dieu seul qui sait la vérité au sujet de leur origine.

Les Beni-Haï-el-Forat (enfants de la tribu de l'Euphrate), descendants de Kilab, fils de Rebià, fils d'Amer-Ibn-Sâsâ, vivent sous la protection de la famille de Fadl. Ils avaient d'abord accompagné les autres tribus qui tirent leur origine d'Amer-IbnSâsâ quand elles émigrèrent du Nedj et passèrent en Mésopo

Harb-el-Feçad fut une guerre intestine qui déchira la tribu de Taï pendant qu'elle habitait les Deux-Montagnes. (Voyez Selecta ex historia Halebi, page 4). Et-Tebrizi raconte, d'après l'historien AbouRiah, l'origine de cette guerre qui dura vingt-cinq ans. (Voyez Hamaça, p. 176.) Ce fut entre les familles de Djedîla et d'El-Gauth, qu'elle commença. (Voyez aussi l'Essai de M. Caussin de Perceval, tome 2, page 629.)

tamie. Lors de la dispersion des descendants d'Amer dans les provinces de l'empire musulman, les Beni-Haï-el-Foral occupèrent les environs d'Alep, et une de leurs familles, celle de Saleh-Ibn-Mirdas, se rendit maîtresse de la ville. Saleh descendait d'Amer-Ibn-Kilab. Plus tard, les Mirdacides perdirent leur puissance, et ayant repris la vie nomade, ils s'établirent auprès de l'Euphrate en se mettant sous la protection des chefs de la tribu de Taï.

Dans la partie de cet ouvrage que nous avons consacrée à l'histoire de la dynastie turque [des Mamlouks Bahrites] qui régna sur l'Egypte et la Syrie, nous avons indiqué, par ordre chronologique, les noms des chefs appartenant à la famille Fadl qui se sont succédés dans le commandement des Arabes de la Syrie et de l'Irac; nous y avons parlé de chacun d'eux, en commençant à l'époque où le sultan Aïoubide, El-Mélek-el-Adel, exerça le pouvoir, et nous avons conduit notre récit jusqu'au temps actuel, c'est-à-dire, la fin de l'an 796 (octobre, 1394 de J.-C.). Nous reproduirons ici ces mêmes indications, en observant l'ordre dans lequel elles se présentent.

Du temps des Aïoubides, sous le règne d'El-Mélek-el-Adel, l'émir de la tribu de Taï s'appelait Eiça-Ibn-Mohammed-Ibn-Rebiâ. Il eut pour successeur Hoçam-ed-Din-Manê-Ibn-HadethaIbn-Ghadïa-Ibn-Fadl. En l'an 630 (1232–3), son fils Mohenna lui succéda. Quand Cotoz, le troisième souverain de la dynastie turque qui gouverna l'Egypte, reprit la Syrie sur les Tatars et défit leur armée à Aïn-Djalout, il détacha la ville de Sélémïa du gouvernement d'El-Mansour-Ibn-el-Modaffer-Ibn-Chahanchah, prince de Hamah 3, et la donna en fief à Mohenna, fils de Mane. Lors de la mort de Mohenna, événement dont je n'ai pu découvrir la date, le sultan [El-Mélek] ed-Daher [Bibers] pro

1 Voy. Ibn-Khallikan, traduction, vol. 1, page 631; Abulfedæ annales, sous l'année 402; et le Selecta ex historia Halebi de Freytag, p. xvi.

2 Voy. Deguignes, Histoire des Huns, tome v, page 131.

3 Cet El-Mansour fut grand-père du célèbre historien et géographe Abou-l-Fedà.

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fita de l'ascendant que le gouvernement turco-égyptien avait pris, pour se rendre à Damas afin de conduire à Baghdad le khalife El-Hakem, oncle d'El-Mostâcem. Il donna alors le commandement des Arabes de la Syrie à Eiça, fils de Mohenna, fils de Manê, et lui assigna plusieurs fiefs sous la condition qu'il veillerait à la sûreté des voyageurs. Sur la demande d'Eiça, il emprisonna le cousin de celui-ci, Zamel, fils d'Ali, fils de Rebiâ, de la famille d'Ali. Pendant tout le temps de son administration, Eiça sut maintenir la tranquillité dans le pays où il commandait et réprimer l'esprit de brigandage qui animait les Arabes. Il tenait ainsi à leur égard une conduite tout opposée au système d'indulgence qu'avait suivi son père. En l'an 679 (1280-1), Soncor-el-Achkar se réfugia auprès de lui, et ce fut alors qu'ils écrivirent à Abagha [khan des Moguls de la Perse], pour le pousser à la conquête de la Syrie. Eiça mourut en 684 (4285-6), et son fils Mohenna le remplaça par l'ordre d'El-Mansour-Calaoun [le septième des sultans Mamlouks]. Plus tard, quand [El-Mélek] el-Achref, fils de Calaoun, se rendit à Emesse en Syrie, Mohenna, fils d'Eiça, vint le trouver avec plusieurs membres de sa famille. El-Achref l'ayant aussitôt fait arrêter, ainsi que son fils Mouça et ses frères, Mohammed et Fadl, les envoya tous en Egypte. Ils y restèrent prisonniers jusqu'à l'an 694 (1294-5), quand El-Adel-Ketbogha monta sur le trône et leur rendit la liberté. Mohenna s'en retourna alors au poste qu'il avait déjà occupé. Pendant le règne d'El-Mélek-en-Nacer, il se montra, alternativement, l'ami des Tatars de l'Irac et du gouvernement égyptien: il n'assista même pas à aucun des combats que les Mamlouks livrèrent à Ghazan [le sultan tatar]. En l'an 740 (1310-4), Cara-Soncor, accompagné d'Acouech-el-Afrem et leurs partisans, se réfugia chez Mohenna, après s'être mis en révolte, et il passa ensuite à la cour du souverain tatar, Khorbenda. Depuis lors, Mohenna resta au milieu de ses nomades sans oser paraître devant le sultan égyptien dont il redoutait la colère. En l'an 712, son frère Fadl alla présenter ses devoirs au sultan, et en récompense de cette démarche, il obtint sa nomination au commandement des Arabes. Dès-lors, Mohenna se vit repoussé

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