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est situé le Derâ, pays qui est aussi bien connu. Au midi de Tlemcen se trouve Figuig, ville entourée de nombreuses bourgades et possédant beaucoup de dattiers et d'eaux courantes. Au midi de Téhert, on rencontre d'autres bourgades, formant une suite de villages. La montagne de Rached est très-rapprochée de ces bourgades, dont les environs sont couverts de dattiers, de champs cultivés et d'eaux courantes.

Ouargla, localité située sur la méridienne de Bougie, consiste en une seule ville remplie d'habitants et entourée de nombreux dattiers. Dans la même direction, mais plus près du Tell, se trouvent les villages du Righ, au nombre d'environ trois cents, alignés sur les deux bords d'une rivière qui coule d'occident en orient. Les dattiers et les ruisseaux y abondent.

Entre le Righ et le Tell se trouvent les villes du Zab au nombre d'une centaine, qui s'étendent d'occident en orient. Biskera, la capitale de cette région, est une des grandes villes du Maghreb. Le Zab renferme des dattiers, des eaux vives, des fermes, des villages et des champs cultivés.

Les villes à dattiers [Belad-el-Djerîd] sont situées au midi de Tunis. Elles se composent de Nefta, Touzer, Cafsa et les villes du territoire de Nefzaoua. Toute cette région s'appelle le pays de Castilia et renferme une nombreuse population. Les usages de la vie à demeure fixe y sont parfaitement établis, et les dattiers ainsi que les eaux vives y abondent.

Cabes, ville située au midi de Souça, possède aussi des dattiers et des eaux; c'est un port de mer et une des grandes villes de l'Ifrikïa. Ibn-Ghanîa y avait établi le siége de son gouvernement, comme nous le raconterons plus tard.

Cabes possède aussi de nombreux dattiers, des ruisseaux et des terres cultivées.

Au midi de Tripoli, se trouvent le Fezzan et Oueddan, territoires couverts de bourgades et possédant des dattiers et des eaux courantes. Quand le khalife Omar-Ibn-el-Khattab envoya Amr-Ibn-el-Aci en Afrique, à la tête d'une expédition, la première conquête que les musulmans firent en ce pays fut celle du Fezzan et Oueddan.

Les Ouahat (Oasis), situés au midi de Barca, sont mentionnés par El-Masoudi dans ses Prairies d'or 1.

Au sud de tous les lieux que nous venons de nommer, s'étendent des déserts et des sables qui ne produisent ni blé ni herbe et qui vont atteindre l'Areg. Derrière l'Areg se trouve le pays fréquenté par les Moleththemin (porteurs du litham ou voile), vaste région qui s'étend jusqu'au pays des Noirs et consiste en déserts où l'on s'expose à mourir de soif.

L'espace qui sépare les pays à dattiers des montagnes qui entourent le Tell se compose de plaines dont le climat, les eaux et la végétation rappellent tantôt l'aspect du Tell, et tantôt celui du Désert. Cette région renferme la ville de Cairouan, le Mont Auras, qui le coupe par le milieu, et le pays du Hodna. Sur ce dernier territoire, qui est placé entre le Zab et le Tell, s'élevait autrefois la ville de Tobna. Il renferme maintenant les villes 'de Maggara et d'El-Mecila.

La même lisière de pays embrasse aussi le Seressou, contrée située au sud-est de Tlemcen, à côté de Tèhert.

Le Debdou, montagne qui s'élève au sud-est de Fez, domine [du côté de l'ouest] les plaines de cette région.

Telles sont les limites méridionales du Maghreb. Quant à ses limites du côté de l'Orient, les opinions different selon le système qu'on adopte. Ainsi, il est reçu chez les géographes que la mer de Colzom [la Mer Rouge] forme la limite orientale du Maghreb. Cette mer sort de celle du Yémen [l'Océan indien] et se dirige vers le nord, en s'inclinant un peu vers l'ouest, et va aboutir à Colzom [Clysma] et Suez, où elle n'est séparée de la Mer-Romaine [la Méditerranée] que par une langue de terre que l'on peut franchir en deux journées. Cette extrêmité de la mer de Colzom est située à trois journées est du vieux Caire [Misr]. On voit que les géographes, en assignant la mer de Colzom comme limite au Maghreb, font entrer l'Égypte et Barca dans la circon

1 Voyez ci-devant, page 174. Dans la Biographie universelle, tome 27, M. de Saint-Martin a donné une longue notice d'El-Masoudi et de ses principaux ouvrages, mais il paraît s'être exagéré l'importance des Prairies d'or.

scription de ce pays. Le Maghreb est donc pour eux une île dont trois côtés sont entourés de mers. Les habitants du Maghreb ne regardent pas ces deux contrées comme faisant partie de leur pays; selon eux, il commence par la province de Tripoli, s'étend vers l'Occident et renferme l'Ifrikïa, le Zab, le Maghreb central, le Maghreb-el-Acsa, le Sous-el-Adna [citérieur] et le Sous-elAcsa [ultérieur], régions dont se composait le pays des Berbères dans les temps anciens.

Le Maghreb-el-Acsa est borné à l'est par le Molouïa ; il s'étend jusqu'à Asfi, port de la Mer-Environnante, et se termine du côté de l'Occident par les montagnes de Deren. Outre les Masmouda, habitans du Deren, lesquels forment la majeure partie de sa population, il renferme les Berghouata et les Ghomara. Le territoire des Ghomara s'arrête à Botouïa, près de Ghassaça. Avec ces peuples on trouve une foule de familles appartenant aux tribus de Sanhadja, Matghara, Auréba, etc. Ce pays a l'Océan au couchant et la Mer-Romaine au nord; des montagnes d'une vaste hauteur, amoncelées les unes sur les autres, telles que le Deren, le bornent du côté du midi, et les montagnes du Téza l'entourent du côté de l'est.

Il est à remarquer que les montagnes sont, en général, plus nombreuses dans le voisinage des mers que partout ailleurs : le pouvoir divin qui créa le monde ayant adopté cette disposition afin de mettre un fort obstacle à l'envahissement des flots. C'est encore pour cette raison que la plupart des montagnes du Maghreb

sont de ce côté.

La plus grande partie des habitants du Maghreb-el-Acsa appartient à la tribu de Masmouda; les Sanhadja ne s'y trouvent qu'en petit nombre; mais dans les plaines d'Azghar, Temsna, Tedla et Dokkala on rencontre des peuplades nomades, les unes berbères, les autres arabes. Ces dernières, qui appartiennent toutes aux tribus de Djochem et de Rîah, y sont entrées à une

1 Ici Ibn-Khaldoun suit l'idée de plusieurs géographes arabes qui regardaient la côte occidentale de l'empire actuel de Maroc comme s'étendant d'Orient en Occident. Léon l'Africain a commis la même erreur.

époque assez récente. Tout cela fait que le Maghreb regorge d'habitants; Dieu seul pourrait en faire le dénombrement.

On voit, par ce qui précède, que le Maghreb [El-Acsa] forme, pour ainsi dire, une île, ou pays détaché de tout autre, et qu'il est entouré de mers et de montagnes. Ce pays a maintenant pour capitale la ville de Fez, demeure de ses rois. Il est traversé par l'Omm-Rebiâ, grand fleuve qui déborde tellement dans la saison des pluies qu'on ne saurait le traverser. La marée s'y fait sentir jusqu'à environ soixante-dix milles de son embouchure. Il prend sa source dans le Deren, d'où il jaillit par une grande ouverture, traverse la plaine du Maghreb et se jette dans l'Océan, auprès d'Azemmor.

La même chaîne de montagnes donne naissance à un autre fleuve qui coule vers le sud-est et passe auprès des villes du Derâ. Cette région abonde en dattiers; elle est la seule qui produise l'indigo, et la seule où l'on possède l'art d'extraire cette substance de la plante qui la fournit. Les villes, ou plutôt bourgades, dont nous venons de faire mention, possèdent des plantations de dattiers et s'élèvent de l'autre côté du Deren, au pied de la montagne. Le fleuve, appelé le Derâ, passe auprès de bourgades et va se perdre dans les sables, au sud-est de Sous.

Le Molouïa, une des limites du Maghreb-el-Acsa, est un grand fleuve qui prend sa source dans les montagnes au midi de Téza et va se jeter dans la Mer-Romaine, auprès de Ghassaça1, après avoir traversé le territoire appelé autrefois le pays des Miknaça, du nom de ses anciens habitants. De nos jours, cette région est occupée par d'autres peuples de la race des Zenata; ils demeurent dans des bourgades qui s'étendent en amont, sur les deux bords du fleuve, et qui portent le nom d'Outat. A côté d'elles, ainsi que dans les autres parties du même pays, on rencontre plusieurs peuplades berbères dont la mieux connue est celle des Betalça, frères des Miknaça.

De la montagne qui donne naissance au Molouïa sort un autre

Il est probable que l'auteur aura voulu écrire Djeraoua, ville située près de l'embouchure du Molouïa.

grand fleuve appelé, encore aujourd'hui, le Guîr, qui se dirige vers le midi, en dérivant un peu vers l'Orient. Après avoir coupé l'Areg et traversé successivement Bouda et Tementît, il se perd dans les sables, auprès de quelques autres bourgades entourées de palmiers, à un endroit nommé Regan. C'est sur cette rivière que s'élèvent les bourgades de Guîr.

Derrière l'Areg, et à l'orient de Bouda, se trouvent les bourgades de Teçabît, ksours qui font partie de ceux du Sahra. Au nord-est de Teçabît sont les bourgades de Tîgourarîn dont on compte plus de trois cents; elles couronnent le bord d'une rivière qui coule de l'ouest à l'est. Ces localités renferment des peuplades appartenant à différentes tribus zenatiennes.

Le Maghreb central, dont la majeure partie est maintenant habitée par les Zenata, avait appartenu aux Maghraoua et aux Beni-Ifren, tribus qui y demeuraient avec les Medîouna, les Maghila, les Koumïa, les Matghara et les Matmata. De ceux-ci le Maghreb central passa aux Beni-Ouémannou et aux Beni-Iloumi, puis à deux branches des Beni-Badîn, les Beni-Abd-el-Ouad et les Toudjîn. Tlemcen en est maintenant la capitale et le siége de l'empire.

Immédiatement à l'orient de cette contrée, on rencontre le pays des Sanhadja, qui renferme Alger, Metîdja, Médéa et les régions voisines jusqu'à Bougie. Toutes les tribus [berbères] qui occupent le Maghreb central sont maintenant soumises aux Arabes zoghbiens. Ce pays est traversé par le Chélif des BeniOuatil, grand fleuve qui prend sa source dans la montagne de Rached, du côté du Désert. Il entre dans le Tell en passant par le territoire des Hosein, et se dirige ensuite vers l'ouest, en recueillant les eaux du Mîna et d'autres rivières du Maghreb central; puis il se jette dans la Mer-Romaine, entre Kelmîtou et auprès de Mostaganem.

De la même montagne qui donne naissance au Chélif, c'est-àdire du Mont-Rached, une autre rivière descend vers l'Orient et

4 Ces paroles indiquent que le Guir s'appelait du même nom dans les temps anciens. Il paraît être le Ger de Pline.

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