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qu'il y a constamment une couche de nuages et de brouillards amoncelée sur sa surface 1.

Les peuples étrangers l'appellent Okeanos, mot par lequel ils expriment la même idée que nous désignons par le mot onsor (élément); toutefois, je ne me rends point garant de cette signification. Ils lui donnent aussi le nom de Latlant 3, avec le second / fortement accentué.

Comme cette mer est très vaste et n'a point de bornes, les navires qui la fréquentent ne s'aventurent pas hors de vue de la terre; d'autant plus que l'on ignore à quels lieux les différents. vents qui y soufflent peuvent aboutir. En effet, elle n'a pas pour dernière limite un pays habité, à la différence des mers bornées [par des terres]. Même dans celles-ci, les vaisseaux ne naviguent à l'aide des vents que parce que les marins ont acquis, par une longue expérience, la connaissance des lieux d'où ces vents soufflent et de ceux vers lesquels ils se dirigent. Ces hommes savent à quel endroit chaque vent doit les conduire; sachant aussi que leur navire est porté en avant par un courant d'air venant d'un certain côté, ils peuvent sortir de ce courant pour entrer dans un autre par lequel ils seront poussés à leur destination.

Mais en ce qui concerne la Grande Mer, ce genre de connaissances n'existe pas, pour la raison qu'elle est sans limites. Aussi, quand même on saurait de quel côté le vent souffle, on ignorerait où il va aboutir, puisqu'il n'y a aucune terre habitée derrière eet océan. Il en résulte qu'un navire qui s'y laisserait aller au

Notre auteur ne fait que reproduire ici l'opinion des philosophes

arabes.

2 Le texte porte Aknabos, altération du mot Okeanos. Cette erreur est très-ancienne et provient du déplacement des points diacritiques. On peut même dire que la fausse leçon est universellement reçue par les géographes arabes.

3 De

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(latlant) les copistes ont fait

(leblaiat) et (leblaïa). — El-Bekri connaissait l'emploi du mot J (Adlant) comme nom de l'Atlas. (Voyez Notices et Extraits, t. xi. p. 564).

Dans une autre partie de son histoire universelle, Ibn-Khaldoun parle de la boussole, instrument qu'il appelle combas, c.-à.-d. compas.

gré du vent, s'éloignerait toujours et finirait par se perdre. Il y a même un danger de plus: si l'on avance dans cette mer, on risque de tomber au milieu des nuages et vapeurs dont nous avons parlé, et là, on s'exposerait à périr. Aussi n'y naviguet-on pas sans courir de grands dangers.

La Mer-Environnante forme la limite occidentale du Maghreb, comme nous venons de le dire, et baigne un rivage où s'élèvent plusieurs villes de ce pays. Tels sont Tanger, Salé, Azemmor, Anfa et Asfi, ainsi que Mesdjid-Massa, Tagaost et Noul dans la province de Sous. Toutes ces villes sont habitées par des Berbères. Quand les navires arrivent aux parages situés au-delà des côtes du Noul, ils ne peuvent aller plus loin sans s'exposer à de grands dangers, ainsi que nous l'avons dit.

La Mer-Romaine [la Méditerranée], branche de la Mer-Environnante, forme la limite septentrionale du Maghreb. Ces deux mers communiquent entre elles au moyen d'un canal étroit qui passe entre Tanger, sur la côte du Maghreb, et Tarifa, sur celle de l'Espagne. Ce canal s'appelle Ez-Zogag (le détroit). Sa moindre largeur est de huit milles. Un pont le traversait autrefois, mais les eaux ont fini par le couvrir. La Mer Romaine se dirige vers l'orient jusqu'à ce qu'elle atteigne la côte de Syrie. Plusieurs forteresses de ce pays, telles qu'Antalia, El-Alaïa, Tarsous, Mississa, Antioche, Tripoli, Tyr et Alexandrie en garnissent les bords; aussi, l'appelle-t-on la Mer Syrienne. A mesure qu'elle s'éloigne du Détroit, elle augmente de largeur, mais en s'étendant principalement vers le nord. Cet accroissement de largeur dans une direction septentrionale continue jusqu'à ce que la mer ait atteint sa plus grande longueur, laquelle, dit-t-on, est de cinq ou six mille milles. Elle renferme plusieurs îles, telles que Maïorque, Minorque, Iviça, la Sicile, la Crète, la Sardaigne et Chypre.

Pour aider à comprendre la configuration du bord méridional de cette mer, nous dirons, qu'à partir du Détroit, la côte se dirige en ligne droite; puis elle prend un contour irrégulier, tantôt s'étendant vers le midi et ensuite remontant vers le nord; circonstance que l'on reconnait facilement à la comparaison des

latitudes des villes qui y sont situées. La latitude d'un endroit, c'est l'élévation du pôle septentrional au-dessus de l'horizon de cette localité; elle est aussi la distance [angulaire] entre le zenith d'un lieu et l'équateur. Afin d'entendre ceci, il faut savoir que la terre a la forme d'une sphère ainsi que le ciel dont elle est entourée. L'horizon d'un endroit est la ligne qui sépare la partie visible du ciel et de la terre de la partie invisible. La sphère céleste a deux pôles, et autant que l'un de ces pôles est élevé à un lieu quelconque de la terre, autant l'autre est abaissé. La presque totalité de la terre habitée est située dans la partie septentrionale [du globe], et il n'y a point de lieux habités dans sa partie méridionale, comme nous l'avons exposé ailleurs 1. Pour cette raison c'est le pôle du nord seul qui a de l'élévation par rapport à la partie habitée de la terre; et quand un voyageur s'avance sur la surface du globe, il en aperçoit une autre portion ainsi que la partie du ciel qui y correspond et qu'il n'avait pas vue auparavant; plus il s'avance vers le nord, plus le pôle s'élève au-dessus de l'horizon, et si cette personne s'en retourne vers le midi, ce pôle s'abaisse de même.

[Passons maintenant à l'examen des latitudes.] Ceuta et Tanger, villes du Détroit, sont en latitude 35°, quelques minutes 2. La côte descend de là vers le midi, de sorte que la latitude de Tlemcen est 34o 30'. Elle se rapproche ensuite davantage du midi, car la latitude d'Oran est de 32°. Cette ville est donc située plus au midi que Fez dont la latitude est 33° et quelques minutes. Il en résulte que les habitants du Maghreb el-Acsa sont plus rapprochés du nord que ceux du Maghreb central, et que cette différence de position est égale à la différence entre les latitudes de Fez et de Ceuta. Cette portion [du Maghreb el-Acsa] peut donc être considérée comme une île située entre ces mers, vu la déflexion de la Mer-Romaine vers le midi.

1 Cette phrase renferme une contradiction Dans un des chapitres suivants l'auteur reconnaît qu'au delà du premier climat, la terre est habitée.

Toutes les latitudes données par notre auteur sont plus ou moins inexactes. Dans quelques-unes, il se trompe de plus d'un degré.

Après avoir passé Oran, la mer se retire [vers le nord], de sorte que la latitude de Ténés est de 34°, et celle d'Alger de 35°, la même que celle de la côte du Détroit. De là, la mer se dirige encore plus vers le nord, ce qui donne à Bougie et à Tunis une latitude de 35° 40'. Or, ces deux villes sont situées sous la parallèle de Grenade, d'Almeria et de Malaga. La côte se retourne ensuite vers le midi, de sorte que la latitude de Cabes et de Tripoli est de 35°, la même que celle de Ceuta et de Tanger. Comme la côte s'avance encore vers le midi, la latitude de Barca est de 33o, la même que celles de Fez, Touzer et Cafsa. De là, la mer se rapproche davantage du midi, parce qu'Alexandrie est à 34° de latitude, comme Maroc et Aghmat. Parvenue au terme de sa direction orientale, la mer remonte vers le nord en suivant les côtes de Syrie.

Quant à la configuration du bord septentrional de la Mer-Romaine, nous n'en avons aucune connaissance, mais nous savons que la plus grande largeur de cette mer est d'environ neuf cents milles, la distance entre la côte de l'Ifrîkïa et Gènes, ville située sur le bord septentrional 1.

A partir du Détroit, toutes les villes maritimes du Maghrebel-Acsa, du Maghreb central et de l'Ifrîkïa sont situées sur cette mer. Telles sont Tanger, Ceuta, Badis, Ghassaça, Honein, Oran, Alger, Bougie, Bône, Tunis, Souça, El-Mehdïa, Sfax, Cabes et Tripoli. Ensuite viennent les côtes de Barca et Alexandrie. Telle est la description de la Mer-Romaine, limite septentrionale du Maghreb.

Du côté du sud-est et du midi, le Maghreb a pour limite une barrière de sables mouvants, formant une ligne de séparation entre le pays des Berbères et celui des Noirs. Chez les Arabes nomades, cette barrière porte le nom d'Areg (dunes). L'Areg commence du côté de la Mer-Environnante et se dirige vers l'Est, en ligne droite, jusqu'à ce qu'il s'arrête au Nil, grand fleuve

On pourrait, à la rigueur, trouver cette distance en partant du littoral de la grande Syrte; mais, eutre Gènes et l'extrêmité N.-E. de l'Ifrikia il n'y a qu'environ 150 milles.

qui coule du midi et traverse l'Égypte. La moindre largeur de l'Areg est de trois journées. Au midi du Maghreb central, il est coupé par un terrain pierreux, nommé El-Hammada par les Arabes. Cette région commence un peu en deça du pays des Mozab et s'étend jusqu'au Righ. Derrière [l'Areg], du côté du midi, on trouve une portion des contrées djéridiennes où les dattiers abondent ainsi que les eaux courantes. Ce territoire, que l'on considère comme faisant partie du Maghreb, renferme Bouda et Tementît, lieux situés au sud-est du Maghreb-el-Acsa, Teçabît et Tigourarin au midi du Maghreb central, et Ghadems, Fezzan et Oueddan, au midi de Tripoli. Chacun de ces districts renferme près d'une centaine de localités remplies d'habitants et ct couvertes de villages, de dattiers et d'eaux courantes. Dans certaines années, les Sanhadja porteurs de voile (litham), qui parcourent les régions situées entre ces territoires et les pays des Noirs, poussent leurs courses nomades jusqu'au bord méridional de l'Areg. Le bord septentrional en est visité par les Arabes nomades du Maghreb, lesquels y possèdent des lieux de parcours qui appartenaient autrefois aux Berbères; mais de ceci nous en parlerons plus tard.

En deçà de l'Areg, limite méridionale du Maghreb, se trouve une autre barrière, assez rapprochée des plateaux de ce pays. Nous voulons parler des montagnes qui entourent le Tell et qui s'étendent depuis la Mer-Environnante, du côté de l'occident, jusqu'à Bernic [Berenice], dans le pays de Barca, du côté de l'orient. La partie occidentale de cette chaîne s'appelle les Montagnes de Deren. L'Areg est séparé des montagnes qui environnent le Tell par une région de plaines et de déserts dont le sol ne produit, en général, que des broussailles. Le bord de la région qui avoisine le Tell forme le pays dactylifere [Belad-elDjerid] et abonde en dattiers et en rivières.

Dans la province de Sous, au midi de Maroc, se trouvent Taroudant, Ifri-Fouîan et autres endroits possédant des dattiers, et des champs cultivés en grand nombre.

Au sud-est de Fez est situé Sidjilmessa, ville bien connue, que les villages qui en dépendent. Dans la même direction

ainsi

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