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» celui qui éloigna les Berbères de la Syrie. Les uns disent que » ce fut David qui les en chassa après avoir reçu par une révé»lation divine l'ordre suivant: O David! fais sortir les Ber» bères de la Syrie, car ils sont la lèpre du pays. D'autres >> veulent que ce soit Josué, fils de Noun, ou bien Ifrîcos, ou » bien encore un des rois Tobba qui les en expulsa. »

El-Bekri les fait chasser de la Syrie par les Israélites, après la mort de Goliath, et il s'accorde avec El-Masoudi à les représenter comme s'étant enfuis dans le Maghreb à la suite de cet événement. Ils avaient voulu rester en Egypte, dit-il, mais ayant été contraints par les Coptes à quitter ce pays, ils allèrent à Barca, en Ifrikïa et en Maghreb. Ayant eu à soutenir dans ces contrées une longue guerre contre les Francs et les Africains, ils les obligèrent à passer en Sicile, en Sardaigne, en Maïorque et en Espagne. Ensuite la paix se rétablit à la condition que les Francs n'habiteraient que les villes du pays. Pendant plusieurs siècles, les Berbères vécurent sous la tente, dans les régions abandonnées, et ne s'occupaient qu'à mener paître leurs troupeaux aux environs des grandes villes, depuis Alexandrie jusqu'à l'Océan, et depuis Tanger jusqu'à Sous. Tel fut l'état dans lequel l'Islamisme les trouva. Il y avait alors parmi eux [des tribus] qui professaient la religion juive; d'autres étaient chrétiennes, et d'autres, païennes, adorateurs du soleil, de la lune et des idoles. Comme ils avaient à leur tête des rois et des chefs, ils soutinrent contre les musulmans plusieurs guerres trèscélèbres.

<< Satan, dit Es-Souli-el-Bekri ', sema la discorde entre les

1 Abou-Obeid-Abd-Allah, fils d'Abd-el-Azîz-el-Bekri, seigneur de Huelva, en Espagne, fut vizir de Mohammed-Ibn-Mân-Moëzz-ed-Dola, souverain d'Alméria. Il composa un dictionnaire géographique et un grand ouvrage historique et géographique intitulé Meçalek oua Memalek (routes et royaumes). Il mourut en 487 (1094). — (Ibn-Khallikan, vol. 1, page 319, note.)

2 Es-Souli-el-Bekri. Ceci paraît être une erreur commise par l'auteur qui, ayant voulu remplacer le nom d'El-Bekri par celui d'Es-Souli, ou vice versa, aura oublié d'en effacer le premier de son manuscrit après y avoir inséré l'autre.

>> enfans de Cham et ceux de Sem; aussi, les premiers durent se >> retirer dans le Maghreb où ils laissèrent une nombreuse pos» térité. »> «Cham, ajoute-t-il, étant devenu noir par >> suite de la malédiction prononcée contre lui par son père, >> s'enfuit en Maghreb pour y cacher sa honte, et il y fut suivi » par ses fils. Il mourut à l'âge de quatre cents ans. Berber, » fils de Kesloudjim [Casluhim], un de ses descendants, laissa une nombreuse postérité en Maghreb. »>

>>

Ailleurs, le même auteur dit : « Aux Berbères se joignirent << deux tribus d'Arabes yémenites, les Ketama et les Sanhadja, << qui venaient de quitter Mareb . » Il dit encore que Hoouara, Lamta et Louata sont les enfans de Himyer-Ibn-Seba.

Selon plusieurs généalogistes berbères, dont nous nous bornerons à nommer Hani-Ibu-Bekour-ed-Darici, Sabec-Ibn-Soleiman-el-Matmati, Kehlan-Ibn-Abi-Loua et Aïoub-Ibn-Abi-Yezîd, les Berbères forment deux grandes branches, les Beranès et les Botr. Ceux-ci, disent-ils, tirent leur origine de Berr, fils de Caïs, fils de Ghailan; mais les Beranès descendent de Berr, fils de Sefgou, fils d'Abdedj, fils de Hanah, fils d'Oulil, fils de Cherat, fils de Nam, fils de Douîm, fils de Dam, fils de Mazigh, fils de Canaan, fils de Ham.

Voilà l'opinion soutenue par les généalogistes appartenant à la nation berbère.

«Berr, fils de Caïs, dit Et-Taberi, sortit pour chercher une >> chamelle qui s'était égarée dans les tribus berbères, et ayant >> conçu de l'amour pour une jeune fille, il l'épousa et en eut des

>> enfants.

>>

De leur côté, les généalogistes berbères disent qu'il quitta son pays pour échapper à la haine de son frère, Amr-Ibn-Caïs, et qu'à ce sujet [leur frère] Tomader prononça les vers suivants :

Toute femme qui pleure la perte d'un frère peut prendre exemple sur moi qui pleure Berr, fils de Caïs.

Il quitta sa famille et se jeta dans le Désert. Avant de le retrouver, la fatigue aura amaigri nos chameaux.

1 Voyez l'Essai de M. C. de Perceval, tome 1, page 85.

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Ils attribuent encore au même poète un morceau que nous reproduisons ici :

Berr s'est choisi une demeure loin de notre pays; Berr a quitté sa patrie pour se rendre à une autre destination.

On reproche à Berr son idiôme étranger à Berr qui parlait si purement quand il habitait le Nedjd et le Hidjaz.

[C'est à présent] comme si nous et Berr n'avions jamais lancé nos coursiers en avant pour faire des incursions dans le Nedjd; — comme si nous n'avions jamais partagé la proie et le butin.

Les savants d'entre les Berbères citent aussi les vers suivants d'Obeida-Ibn-Caïs-el-Ocaili :

O toi qui cherches à mettre la désunion entre nous; arrête! et que Dieu te dirige dans la voie des hommes de bien!

Jele jure! nous et les Berbères sommes frères; comme nous, ils remontent jusqu'au même noble aïeul.

Notre père, Caïs [fils de] Ghailan, est aussi le leur, c'est lui qui atteignit le faite de la gloire, pendant qu'au milieu des combats il abreuvait ses guerriers altérés [de sang].

Avec ses enfants nous formons une forte colonne, et nous restons frères, malgré les efforts de nos ennemis, gens que leurs qualités rendent méprisables.

Tant qu'il y aura des hommes, nous défendrons Berr, et Berr sera pour nous un fort appui.

Pour recevoir nos adversaires nous tenons prêts des coursiers sveltes et légers, des épées qui tranchent les téles au jour du combat.

[Les enfants de] Berr, fils de Caïs, sont une noble troupe de la race de Moder; ils se tiennent sur la cime de la gloire que s'est acquise cette illustre famille.

[La tribu de] Caïs est partout le soutien de la foi; elle est la plus noble branche de la famille de Mádd, si l'on examine sa généalogie.

Caïs a conquis une renommée qui sert de modèle aux autres tribus; à Caïs appartient l'épée dont les tranchants sont bien effilés.

Ils citent encore les vers suivants, tirés d'un poème composé par Yezîd-Ibn-Khaled à la louange des Berbères :

O toi qui désires connaitre nos aïeux! [descendants de] CaïsGhailan, nous sommes les enfants de la noblesse la plus an

cienne.

Tant que nous vivrons, nous serons fils de Berr le généreux ; rejetons d'une souche enracinée dans le sol de la gloire.

Berr s'est élevé un édifice de gloire dont l'éclat rejaillit au loin, et il nous a garantis contre les malheurs les plus graves. Berr réclame Caïs pour aïeul; et certes Caïs peut réclamer parenté avec Berr.

La gloire de Caïs est la nôtre; il est notre grand aïeul, le même qui sut briser les chaines des captifs.

Caïs, Caïs-Gailan, est la source du vrai honneur et notre guide vers la vertu.

En fait de bonté [Berr] que le Berr de notre peuple te suffise; ils ont subjugué la terre avec la pointe de la lance.

Et avec des épées qui, dans les mains de nos guerriers ardents, abattent les têtes de ceux qui méconnaissent le bon droit.

Portez aux Berbères, de ma part, un éloge brodé avec les perles de la poésie la plus exquise 1.

Voici un récit provenant des généalogistes berbères et reproduit par El-Bekri et d'autres auteurs: « Moder avait deux fils; » El-Yas et Ghailan. Leur mère, er-Rebab, était fille de Hida>> Ibn-Amr-Ibn-Mâdd-Ibn-Adnan. Ghailan, fils de Moder, en>> gendra Caïs et Dehman. Les enfants de Dehman sont peu >> nombreux et forment une famille caïside à laquelle on donne >> le nom de Beni-Amama. Dans cette maison naquit une fille

>>

qui porta le nom d'El-Beha, fille de Dehman. Quant à Caïs, >> fils de Ghailan, il engendra quatre fils: Sàd, Amr, Berr et

4 Les morceaux de vers cités ici sont en fort mauvais arabe. Cette circonstance, jointe au decousu des idées et aux incorrections grammaticales qui les caractérisent, indique suffisamment qu'ils ont été fabriqués par des Berbères peu instruits, qui croyaient pouvoir relever l'honneur de leur nation en lui attribuant une origine arabe,

>> Tomader, dont les deux premiers naquirent de Mozna, fille >> d'Aced-Ibn-Rebiâ-Ibn-Nizar, et les deux derniers de Tamzîgh, » fille de Medjdel - Ibn - Medjdel - Ibn-Ghomar - Ibn - Masmoud. » A cette époque, les tribus berbères habitaient la Syrie, et >> ayant les Arabes pour voisins, ils partagaient avec eux la jouissance des eaux, des pâturages, des lieux de parcours, et >> s'alliaient à eux par des mariages. Alors Berr, fils de Caïs, épousa sa cousine, El-Beha, fille de Dehman, et encourut » ainsi la jalousie de ses frères. Tamzîgh, sa mère, femme >> d'une grande intelligence, craignant qu'ils ne le tuassent, » avertit secrètement ses oncles maternels et partit avec eux » et son fils et son mari, pour la terre des Berbères, peuple >> qui habitait alors la Palestine et les frontières de la Syrie. >> El-Beha donna à Berr-Ibn - Caïs deux enfants, Alouan et >> Madghis. Le premier mourut en bas -âge, mais Madghis >> resta. Il portait le surnom d'El-Abter et était père des >> Berbères-Botr. Toutes les tribus zenatiennes descendent de » lui. »>

Les mêmes historiens disent que Madghis, fils de Berr, et surnommé El-Abter, épousa Amlel, fille de Ouatas-Ibn-MedjdelIbn-Medjdel-Ibn-Ghomar, et qu'il eut d'elle un fils surnommé Zahhîk [ou Zeddjîk] Ibn-Madghis.

Abou-Omer-Ibn-Abd-el-Berr dit, dans son ouvrage intitulé Kitab-et-Temhid (classification des généalogies): « Une grande di>> versité d'opinion existe au sujet des origines berbères; mais » la plus probable est celle qui représente ce peuple comme >> les enfants de Cobt, fils de Ham. Quand [Cobt] se fut établi » en Égypte, ses fils en sortirent pour aller vers l'occident (Ma>>greb), et ils prirent pour habitation le territoire qui s'étend de

puis la frontière de l'Égypte jusqu'à l'Océan-Vert [l'Atlantique] >> et la mer de l'Andalousie, en passant derrière Barca, et en se >> prolongeant jusqu'à la limite du grand Désert. De ce côté ils

>>

se trouvèrent dans le voisinage immédiat des peuples nègres. >> Une de leurs familles, les Louata, occupa le territoire de

Le texte arabe porte son fils sortit. (Voyez ci-devant. p. 163, note 4.)

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