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Nous allons maintenant raconter l'histoire des enfans de Fadl, émirs de la Syrie et de l'Irac, et membres de la tribu de Taï. Ce récit servira à faire comprendre l'état de tous les Arabes nomades de la Syrie 1.

DE LA FAMILLE DE FADL ET DE CELLE DE MOHENNA, UNE DE SES DE LEUR DOMINATION EN SYRIE ET EN IRAC.

BRANCHES.

La tribu arabe qu'on désigne par le nom d'Al-Fadl, ou la famille de Fadl, parcourt les régions situées entre la Syrie, la Mésopotamie et le désert du Nedjd, dans le Hidjaz. En été, elle fréquente les premières localités, et en hiver, les secondes. Elle se rattache, par son origine, à la tribu de Taï. Plusieurs familles appartenant aux tribus de Zobeid, de Kelb, de Hodeim et de Medhedj se sont confédérées avec les Al-Fadl.

La famille de Mera rivalise en puissance et en nombre avec celle de Fadl. On assure que ces deux peuplades sont branches de la tribu de Rebiâ et que les descendants de Fadl forment deux catégories, la famille de Mohenna et celle d'Ali. Selon les mêmes autorités, toute la tribu de Fadl habitait le Hauran 2; mais, en ayant été expulsée par les Mera, elle se fixa à Emesse et dans les contrées voisines. Toutefois, ses alliés de la tribu de Zobeid restèrent dans le Hauran. Leurs descendants s'y trouvent encore et n'en sortent jamais. Les mêmes narrateurs ajoutent que la famille de Fadl s'étant mise au service des sultans, reçut d'eux le commandement de tous les Arabes nomades et la jouissance de certains fiefs, à condition de protéger les caravanes qui voyageaient entre la Syrie et l'Irac.

Ces avantages la mirent en état de lutter contre la famille de Mera et de lui enlever le pays où elle prenait ses quartiers d'hiver. Depuis lors, l'Al-Mera s'est bornée à parcourir les limites de la Syrie, dans les environs du pays cultivé et des

L'auteur aurait dû ajouter ici et à faire connaitre la souche d'où proviennent les tribus arabes établies maintenant en Afrique.

Le pays du Hauran, l'ancien Auranitis, est situé au nord-est du lac de Tibériade.

villages, ne se hasardant que bien rarement, à entrer avec ses troupeaux dans le Désert. Plusieurs familles d'Arabes nomades, appartenant aux tribus de Medhedj, d'Amer et de Zobeid, s'attachèrent aux Mera en qualité de confédérées et firent avec eux un seul corps, ainsi que cela était déjà arrivé pour la famille de Fadl. De toutes les tribus qui se réunirent aux Mera, la plus nombreuse fut celle des Beni-'l-Haretha-Ibn-Sinbis, branche de la tribu de Taï.

Tels sont les renseignements que j'ai reçus de quelques-uns de leurs chefs, dont les paroles me paraissent mériter toute confiance.

Les Beni-'l-Haretha fréquentent encore les plateaux de la Syrie et ne s'aventurent jamais dans le Désert.

Les régions que la tribu de Taï occupe dans le Nedjd sont >> très-étendues. Ce peuple, à sa sortie du Yémen 1, s'établit >> aux Deux-Montagnes, Adja et Selma 2, qu'il enleva à la tribu » d'Aced dont il devint le protecteur. Il posséda aussi des terri>> toires à Someira 3 et à Feid, lieux de halte pour la cara

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vane des pèlerins. Les Beni-Aced s'étant éteints dans la suite, >> leurs possessions, situées aux environs de Kerekh, dans le Nedjd, devinrent l'héritage de la tribu de Taï. Il en fut de » même des territoires possédés par la tribu de Temîm dans le Nedjd, entre Basra, Koufa et Yemama, ainsi que des terres >> appartenant à la tribu de Ghatafan et situées auprès de Ouadi>> 'l-Cora dans le Nedjd. »

Telles sont les paroles d'Ibn-Saîd. Il ajoute, ensuite : « Parmi >> les branches de la tribu de Taï qui habitent le Hidjaz, les plus

La tribu de Taï quitta le Yémen plusieurs siècles avant la naissance de Mahomet.

2 Ces montagnes sont situées dans l'intérieur de l'Arabie, près de la ronte qui mène de l'Irac à Médine.

3 L'auteur du dictionnaire géographique, le Meracid, place Someira auprès de Honein. Ce dernier endroi: est à une lieue de la Mecque.

Feid est à 40 lieues de la montagne de Selm.

Ouadi-'l-Cora (la vallée aux villages), est à dix lieues au nord de Médine, sur la route de la Syrie.

>> marquantes sont les Beni-Lam et les Beni-Nebhan. Les pre>> miers dominent dans le pays qui s'étend depuis Médine jus» qu'à l'Irac, et ont pour confédérés les Beni-'l-Hocein, émirs » de Médine. >>

Le même auteur dit : « Les Beni-Sakhr, autre branche de la » tribu de Taï, habitent du côté de Teima, entre Kheiber et la » Syrie. »>

Il dit ailleurs : « La tribu d'Azïa, branche de celle de Taï, >> eut pour aïeul Azïa, fils d'Aflet, fils de Måbed, fils de Mân, >> fils d'Amr, fils d'Anbès, fils de Selaman, fils de Nål. Cette >> tribu habite Aïn-el-Tamr et El-Anbar 2, lieux dans lesquels » elle remplaça la tribu d'Anéza. De nos jours, elle passe l'été » à Kobeiçat, et l'hiver chez les Beni-Lam, branche de la >> tribu de Taï. Ce peuple belliqueux, les Azïa, est maître du >> pays situé entre la Syrie et l'Irac . Deux autres branches de » la tribu de Taï, nommées collectivement El-Adjoued (les » bons) et El-Balnein (les deux branches), se sont fixées aux >> environs de Mosul avec leur sœur, la tribu de Zobeid. >>

On voit qu'Ibn-Saîd compte la tribu de Zobeid au nombre de celles qui sont descendues de Taï, et qu'il ne la regarde nullement comme issue de Medhedj.

Le commandement de la tribu de Fadl appartient aujourd'hui aux Beni-Mohenna. Selon cette famille, son aïeul, Mohenna, était fils de Manê, fils de Haditha, fils de Ghadïa, fils de Fadl, fils de Bedr, fils d'Ali, fils de Moferredj, fils de Bedr, fils de Salem, fils de Casïa, fils de Bedr, fils de Semiâ. Elle ne porte pas cette généalogie plus haut, mais quelques notables de la même tribu prétendent que Semià fut le fils qu'El-Abbaça, sœur du khalife Haroun-Er-Rechid, avait eu de Djâfer-Ibn-Yahya, le Barmekide,

1 Variante: Bâl,

2 El-Anbar est situé sur l'Euphrate, en latitude 33° environ. Aïn-etTamer était situé dans le Désert de la Syrie, à l'occident d'El-Anbar.

3 El-Kobeiçat, le Cubesa de quelques cartes, est situé sur le bord du Desert de Semaoua, à quatre milles de la ville de Hit.

Ce sont maintenant les Anéza qui dominent dans ce pays.

mais à Dieu ne plaise qu'une telle calomnie soit dite de la sœur d'Er-Rechîd, et que l'on attribue à de puissants Arabes de la tribu de Taï une origine si vile, en les faisant descendre d'une race étrangère, d'une famille d'affranchis tels que les Barmekides '. D'ailleurs, il est impossible, par la nature même des choses, qu'une personne descendue de Barmek ait pu exercer l'autorité suprême dans une tribu à laquelle elle n'appartenait pas par la naissance. Nous avons déjà fait une observation semblable dans les prolégomènes de cet ouvrage 2.

La famille de Mohenna obtint le commandement des Arabes à-peu-prés vers l'époque où s'établit la puissance des Aïoubides. Eimad-ed-Dîn-el-Ispahani dit, dans son ouvrage intitulé ElBarc-es-Chamı 3: « El-Adel s'arrêta au Merdj, près de Da» mas, accompagné d'Eiça, fils de Mohammed, fils de Rebiâ, >> chef des Arabes du Désert, qui s'était fait suivre d'un grand » nombre de son peuple. Auparavant, lors de la souveraineté >> des Fatemides, le droit de commander à ces Arabes appar>> tenait à la famille Djerrah, de la tribu de Taï. Ils avaient >> alors pour chef Moferredj-Ibn-Daghfel-Ibn-Djerrah, auquel la » ville de Ramla avait été concédée en fief. Ce fut lui qui arrêta » Iftîkîn, client de la famille des Bouides, qui s'était enfui de » l'Irac avec son patron Bakhtyar 5, en l'an 364 (9745 de J.-C.). » Iftîkîn avait envahi la Syrie et s'était emparé de Damas. >> Il marcha ensuite avec les Carmats et livra bataille à El-Azîz, >> fils d'El-Moëzz-li-Dîn-Illah, et souverain de l'Egypte; mais son

1 Comparez la Chrestomathie de M. de Sacy, tome 1, p. 372.

Cette observation n'est pas d'une justesse absolue. Dans le cours de cet ouvrage on trouvera plus d'un exemple d'une personne parvenue au commandement d'une tribu à laquelle elle n'appartenait pas.

3 Eimad-ed-Din fut un des secrétaires du sultan Saladin (Salâh-edDin), dont il a écrit la biographie. Cet ouvrage a été publié par Schultens. Le Barc-es-Chami formait sept gros volumes et renfermait l'histoire des guerres de Saladin en Syrie.

El-Adel, ou plutôt El-Mélek-el-Adel-Saif-ed-Din, frère de Saladin, gouverna successivement plusieurs provinces au nom de ce sultan. * Voy. Abulfedæ annales, an 364.

» armée ayant été mise en déroute, il prit la fuite. Ce fut alors » que Moferredj-Ibn-Daghfel l'arrêta et le conduisit à El-Aziz. >> Ce prince l'accueillit d'une manière très-distinguée et l'éleva » à un poste important dans l'administration. » Moferredj continua à gouverner la tribu de Taï jusqu'à sa mort, qui eut lieu en 404 (4013-4). De ses quatre fils, Hassan, Mahmoud, Ali et Djerrar, le premier lui succéda et acquit une grande réputation. Il se montra tantôt dévoué, tantôt hostile aux Fatemides. Ce fut lui qui dévasta la ville de Ramla et qui, ayant défait les troupes du général égyptien, Barouk El-Torki, s'empara de ses femmes, après l'avoir tué dans le combat. Le poète Et-Tihami l'a célébré dans ses vers.

El-Moçabbihi et d'autres historiens qui ont écrit sur la dynastie des Fatemides disent qu'au nombre des parents de Hassan, fils de Moferredj, se trouvèrent Fadl, fils de Rebiâ, fils de Hazem, fils de Djerrah, et son frère Bedr-Ibn-Rebiâ, avec deux fils de celui-ci. Peut-être ce Fadl est-il l'aïeul de la tribu qui porte le même nom et dont nous discutons ici l'histoire.

Nous apprenons d'Ibn-el-Athîr, que les aïeux de Fadl, fils de Rebiâ, fils de Hazem, furent les seigneurs du Belca et de Jérusalem. Quant à lui, il se rangea tantôt du côté des Francs (les Croisés) et tantôt du côté des khalifes égyptiens; mais cette conduite lui valut l'inimitié de Toghdikîn, seigneur de Damas,

Dans son histoire des Fatemides, notre auteur appelle ce général Yarokh-Tikin. (Voy. aussi la Vie de Hakem par M. de Sacy.)

Le poète Abou-'l-Hacen-Ali-et-Tihami fut mis à mort au Caire l'an 416 de l'hégire. (Voy. sa vie dans la traduction d'Ibn-Khallikan. Vol. I, p. 316)

3 Izz-el-Molk-Mohammed-el-Moçabbihi a laissé une histoire de la ville de Harran, et une histoire d'Egypte en douze gros volumes. Il mourut en 420 (1029). Hadji-Khalfa.

Célèbre annaliste dont l'ouvrage se trouve maintenant complet dans la bibliothèque nationale. (Voy. sa vie dans Ibn Khallikan ;,vol. 1, page 228.)

Le Belca est la contrée située au sud-est de la Mer-Morte.

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