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AVANT-PROPOS

Nous livrons au public le troisième volume de la seconde série du Recueil de la Société, avec l'espoir qu'il sera aussi favorablement accueilli que les précédents. Et, à cet effet, nous y avons consacré tous nos soins.

L'an dernier, nous disions que l'abondance des matériaux dont nous disposons nous engagerait peut-être à publier deux fascicules qui formeraient un gros volume. Nous nous sommes cependant décidés à suivre encore nos anciens errements, par la raison qu'en faisant autrement, nous aurions été forcés de scinder en deux un de nos plus importants mémoires. Néanmoins, notre promesse n'en sera pas moins accomplie : notre livre contient beaucoup plus de matières que tous les autres.

Nous insérons d'abord, sous le titre Notice historique sur les tribus de la province de Constantine, une série de monographies concernant les Telar'ma, les Segnia, les Amer-Cheraga, les Behira-Touila, les Zmoul et les Berrania, tribus de la province de Constantine. Notre secrétaire, M. L. Ch. Féraud, en est l'auteur. Déjà, en 1864, il a donné une notice semblable sur les Abd-en-Nour; celles que nous publions cette année sont la uite, mais non la fin, nous l'espérons bien, de ce très intéressant travail. Il existe, en effet, dans la province,

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beaucoup d'autres tribus fort importantes à étudier sous tous les points de vue; nous nous permettons d'indiquer, par exemple, les Ouled-Soulthan, les Harakta, les Hanencha, les Nememcha, etc.- Par la position qu'il occupe, M. Féraud est plus à même que nul autre de recueillir et de nous donner de précieux renseignements sur les populations indigènes (1).

En dehors de toute appréciation scientifique ou littéraire, ce qui frappe dans ces notes historiques, c'est la diversité d'origines. Telles tribus viennent du Maroc, telles fractions ont émigré de la Tunisie; la même agglomération, -nous ne disons pas tribu, car, en vérité, ce mot, dans sa véritable acception, ne convient plus qu'à un petit nombre des peuplades algériennes, la même agglomération renferme des gens venus là, on ne sait trop pourquoi, quand et comment, des quatre points cardinaux. Il est bien regrettable que les patientes et studieuses investigations de M. Féraud ne puissent remonter plus haul, afin de nous apprendre les époques et les causes certaines de toutes ces migrations.

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Vient ensuite un Mémoire sur plusieurs inscriptions libyques découvertes dans les environs de Constantine. — Enoncer le titre, c'est nommer l'auteur, M. le Dr A. Judas, qui poursuit, dans ce travail, l'étude qu'il a entreprise des monuments funéraires écrits les plus anciens de l'Algérie.

Le Recueil de la Société a déjà publié plusieurs communications de M. A. Judas sur le même sujet, et nous avons

(1) Au moment de mettre sous presse, M. Féraud nous fait connaître que l'histoire des tribus que nous venons d'indiquer sera bientôt achevée. Elle figurera dans le grand travail qu'il a déjà annoncé, et qui sera publié prochainement, sous le titre : La Féodalité sous la domination turque.

dù décliner humblement notre compétence devant ses savantes dissertations. C'est ce que nous faisons encore aujourd'hui.

En opérant le percement de la rue Impériale, å Constantine, on a trouvé, à l'angle oriental de la place de Nemours, une pierre épigraphique encastrée, la tête en bas, dans un mur de construction arabe. Deux copies de ce monument, destiné à perpétuer le souvenir d'un tétrastyle, ayant été envoyées à M. Cherbonneau, le docte directeur du collége arabe-français d'Alger a bien voulu envoyer à la Société la notice qui est insérée dans ce volume.

Maintenant, il nous faut revenir à l'infatigable M. L. Ch. Féraud. Sous le titre: Histoire des villes de la province de Constantine, notre érudit Secrétaire a entrepris une œuvre de longue haleine et du plus haut intérêt. Nous en donnons la première étape, l'Histoire de Bougie.

Il ne nous appartient pas de faire l'éloge de cet important travail; nous n'entreprendrons pas davantage de l'analyser. Tout ce que nous en dirons, c'est qu'il met en lumière beaucoup de faits ignorés ou mal connus jusqu'à ce jour touchant cette capitale déchue, qui a eu des temps de splendeur qu'on ne peut comparer qu'à ceux de Tlemsen, et qu'il est aussi complet que possible dans l'état actuel des choses.

Plusieurs auteurs algériens, et, entre autres, M. le général de Neveu, se sont occupés des Khouan, et nous ont fait connaître, dans leur ensemble, ces mystérieuses et dangereuses associations; mais leur organisation intérieure, leurs croyances particulières, leurs modes d'ini

tiation, leurs rites, restent encore cachés pour nous en grande partie. -M. E. Mercier, interprète judiciaire,

vient de soulever un coin du voile dans une étude où se trouve le résumé d'un curieux manuscrit, catéchisme des frères de Sidi Abd-el-Kader-el-Djilani, une des confiéries de l'espèce les plus anciennes et les plus répandues. - Nous espérons que M. Mercier ne s'en tiendra par là, et qu'il pourra bientôt nous renseigner sur les us et coutumes des autres khouan existant dans la province.

La dernière partie de l'Histoire de Constantine, par M. Vayssettes, interprète-traducteur assermenté, se trouve à la suite du Mémoire que nous venons de citer. - Chacun a pu déjà apprécier ce travail dans nos volumes de 1867 et de 1868. L'auteur, dans cette troisième période, poursuit l'histoire des beys jusqu'à la chute d El-Hadj-Ahmed, c'est-à-dire jusqu'au moment où nous avons substitué notre gouvernement à celui des Turcs.

-M. le capitaine de Boysson est l'auteur d'un Mémoire fort curieux sur les tombeaux qu'il appelle mégalytiques, et qui se trouvent chez les Mâdid, tribu du cercle de Bordj-bou-Areridj. Ces tombeaux, d'après M. de Boysson, qui ne donne d'ailleurs cette conclusion que sous réserve, appartiendraient à la race berbère, et n'auraient pas une haute antiquité.

Nous voudrions partager complétement cette opinion; mais, d'après les descriptions données par le Mémoire dont nous parlons, ces sépultures offrent de telles affinités avec les monuments funéraires celtiques dont il a été plusieurs fois question dans ce Recueil (1), que, malgré nous, nous pencherions volontiers à leur attribuer la

(1) Voir, principalement, les Notices de M. Ch. Féraud.

même origine,

et une antiquité pareille conséquem

ment

Ces éléments de comparaison sont surtout sensibles dans les tombeaux du cercle d'Aïn-Beïda. Toutefois, ce n'est qu'une hypothèse aussi de notre part.

Nous ajouterons encore un mot. Les travaux de M. le général Faidherbe ont très-certainement une grande valeur; cependant, à notre avis, M. Ch. Féraud, qui n'est pas cité par M. de Boysson, n'a pas rendu de moins grands services à cette partie de nos recherches, par ses savantes investigations.

- Sans contredit, la province de Constantine qui, du temps des Romains, a été plus civilisée que le reste de l'Algérie, doit être, et est, en effet, plus riche que ses sœurs en restes de cette époque. Il n'est donc point étonnant que chacun de nos volumes mette au jour une foule d'épigraphes, dont plusieurs ont une véritable importance pour l'histoire et la géographie anciennes du pays. C'est ce dont nos lecteurs trouveront une nouvelle preuve cette année.

Les réflexions qui précèdent nous ont été suggérées par l'examen des inscriptions que M. Poulle, vérificateur du Domaine, a bien voulu se charger de traduire, en les accompagnant de dissertations et d'éclaircissements de la plus haute valeur, qui dénotent tout à la fois un grand talent d'épigraphiste et de vastes connaissances historiques. Nous n'entreprendrons pas de compte-rendu de cet excellent travail. Nous appellerons seulement, d'une manière particulière, l'attention sur l'inscription qui restitue l'orthographe de Tubusuctus, que l'on a cru jusqu'à ce jour être Tubusuptus, et sur l'importance que dut

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