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D'ART MUSULMAN

L'ARCHITECTURE

TUNISIE, ALGÉRIE, MAROC, ESPAGNE, SICILE

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PRÉFACE

Le succès légitime obtenu par le Manuel d'Art musulman d'Henri Saladin, les services que ce livre si riche de documents a rendus, incitèrent à en entreprendre une refonte quand l'édition fut épuisée. Le nouveau livre fut conçu dans des proportions plus amples que celui qui l'avait précédé et sur un plan quelque peu différent. Le domaine de l'art musulman, mieux connu sur certains points, apparaissait comme bien vaste et bien divers pour être parcouru en un seul ouvrage. On prit le parti de consacrer un premier volume qui se trouva en fournir deux — à l'art musulman occidental, sur lequel le public français souhaitait on le supposait du moins — d'être tout d'abord renseigné.

A vrai dire l'adoption d'une telle ordonnance n'allait pas sans inconvénients. L'art dont il s'agit est oriental avant d'être occidental. Il s'est d'abord manifesté dans la péninsule arabique et dans les contrées voisines avant d'aborder l'Afrique du Nord et l'Espagne. Si le nom d'art oriental semble imprécis et le nom d'art arabe impropre ou trop étroit, si celui d'art musulman convient mieux pour désigner cet art qui apparut et s'étendit avec l'Islâm, ce ne fut certes pas à l'Occident qu'il appartint d'élaborer les dispositions rituelles des édifices du culte. Cette conquête lointaine des successeurs de Mahomet les adopta telles que les besoins de la première société musulmane ou des

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traditions antérieures et étrangères à l'Islâm les avaient fixées en Orient. Les questions encore si controversées relatives à l'origine de la mosquée et de ses organes ne se posent donc plus à propos de l'art de Berbérie ou d'Espagne. Il nous faut les tenir pour connues ou nous résoudre à les exposer sans nous attarder aux discussions que leur examen soulève.

Mais là ne se limite pas la dépendance intellectuelle de notre domaine à l'égard des pays orientaux. Province politique de la Syrie, de la Mésopotamie ou de l'Egypte, l'Occident musulman reçut ses modes, le plan de ses demeures et les thèmes de son décor, des régions occupées par ses premiers maîtres. La Berbérie en particulier, qui si constamment, au cours de son histoire, fait figure de terre vassale, n'est plus, à partir du viro siècle, qu'une étape sur la grande route qui va de l'Inde aux Pyrénées, route que parcourent, outre les agents des Khalises et les ambassadeurs, les pèlerins, les étudiants, les artistes et les marchands. Presque à chaque page de ce livre, il nous faudra invoquer l'influence permanente du berceau de l'Islâm transmise par ces voies. Pour chaque acquisition de la technique ou du répertoire des formes, il conviendra de rechercher si nous nous trouvons en présence d'une importation de l'Orient ou d'une évolution spontanée du style local.

Bien souvent, au reste, le doute est permis, les deux explications sont plausibles. Faut-il s'en étonner? Travaillant sur les mêmes programmes, des esprits façonnés par la même culture ont pu séparément aboutir à des solulions analogues. Comment imaginer cependant que dans un monde où les voyages à grande distance sont imposés par la loi religieuse et sont en fait si fréquents, les artistes aient pu travailler comme en vase clos? Un exemple suffira pour illustrer cette remarque, qui n'est d'ailleurs pas spéciale à l'art musulman. L'ignorance presque systématique des formes empruntées à la nature, l'étude des mathéma

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