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Moumen en disant aux autres disciples : « Donnez-lui un âne » pour monture afin qu'un jour il vous fasse monter des nobles >> coursiers >>>

En l'an 545 (1124), Ibn-Toumert fut reconnu comme Mehdi à Hergha, et ayant ensuite obtenu l'appui de toutes les tribus masmoudiennes, il fit la guerre aux [Almoravides] Lemtouna et entreprit le siége de Maroc. Ua jour, pendant que ses partisans tenaient la ville étroitement bloquée, une bataille eut lieu dans laquelle plusieurs milliers d'Almohades trouvèrent la mort. On vint annoncer ce désastre à l'imam El-Mehdi : « Voilà, lui direntils, une journée fatale pour les Almohades! » — «Que fait » Abd-el-Moumen?» leur demanda-t-il.` - « Monté sur son >> cheval alezan, il se bat avec une bravoure extrême. »> « C'est bien, répondit le Mehdi, puis qu'Abd-el-Moumen est en>> core en vie nous n'avons rien perdu.

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En l'an 522 (1128), le Mehdi mourut en nommant Abd-elMoumen son successeur; mais celui-ci, craignant de ne trouver aucun appui chez les Masmouda, peuple auquel il était étranger [par la naissance], cacha la mort de son maître jusqu'à ce qu'il pût épouser la fille du cheikh Abou-Hafs, émir de la tribu des Hintata et grand chef des Almohades. Étant parvenu, avec l'aide de son beau-père, à faire exécuter les dernières volontés de leur imam, il entra dans l'exercice de l'autorité suprême en qualité de grand cheikh des Almohades et de khalife des musulmans.

En l'an 537 (1142-3), il subjugua les campagnes du Maghreb et se rendit maître du pays des Ghomara. De là il passa successivement dans le Rif, les territoires des Botouïa, des Betalça, des Beni-Iznacen, des Medîouna, des Koumïa et des Oulhaça. Ceuxci, voisins des Koumïa, et presque leurs égaux en puissance, embrassèrent si chaudement la cause d'Abd-el-Moumen, que ce chef, soutenu par eux et par sa propre tribu, réussit à consolider son autorité temporelle et spirituelle comme khalife de la nation almohade. Rentré en Maghreb, il s'empara des principales villes de ce pays, et, devenu maître du Maroc, il fit venir sa tribu pour y tenir garnison. Presque tous les Koumïa passèrent en Maghreb et se fixèrent dans Maroc, afin de soutenir le trône du

khalifat, en prêtant leur appui à la cause des Almohades, et en protégeant la personne de leur chef.

Pendant toute la durée de la dynastie des Beni-Abd-el-Moumen, les Koumïa furent les principaux soutiens du trône et le corps le plus important de l'empire; mais leurs forces ayant été employées sans ménagement, et leur cavalerie s'étant épuisée à faire des expéditions et des conquêtes, ils finirent par succomber et disparaître.

Dans leur ancien territoire on trouve encore un débris de leur tribu et même un reste de la famille Abed; mais, réduite maintenant au rang des tribus soumises à l'impôt, cette population doit supporter les taxes et les corvées que les Zenata lui imposent; elle se laisse arracher le kharadj par la violence de ses oppresseurs, et elle subit maintenant la même honte, la même dégradation qui ont accablé leurs voisins, les Oulhaça.

NOTICE DES ZOUAOUA ET DES ZOUAGHA, BRANCHES DE LA TRIBU DE DARCIA, PEUPLE BERBÈRE DESCENDU D'EL-ABTER.

Les Zouaoua et les Zouagha, tribus sorties de la souche berbère d'El-Abter, sont les enfants de Semgan, fils de Yahya, fils de Dari, fils de Zeddjîk [ou Zahhîk], fils de Madghis-el-Abter. De toutes les tribus berbères, les parents les plus proches de celles-ci sont les Zenata, puisque Djana, l'ancêtre de ce peuple, fut frère de Semgan et fils de Yahya. C'est pour cette raison que les Zouaoua et les Zouagha se considèrent comme liés aux Zenata par le sang.

Ibn-Hazm dit que la tribu des Zouaoua est une branche de celle de Ketama, mais les généalogistes berbères la comptent au nombre des familles qui tirent leur origine de Semgan, ainsi que nous venons de le rapporter. Nous devons cependant faire observer que la déclaration d'Ibn-Hazm nous paraît avoir plus d'autorité que la leur; d'ailleurs, la proximité du territoire des Zouaoua à celle des Ketama, ainsi que leur coopération avec cette tribu dans le but de soutenir la cause d'Obeid-Allah [fondateur de la dynastie fatemide], est un fort témoignage en faveur de cette opinion.

Selon les généalogistes berbères, les Zouaoua se partagent en plusieurs branches telles que les Medjesta, les Melikich, les BeniKoufi, les Mecheddala, les Beni-Zericof, les Beni-Gouzît, les Keresfina, les Ouzeldja, les Moudja, les Zeglaoua et les Beni-Merana.1 Quelques personnes disent, et peut-être avec raison, que les Melîkich appartiennent à la race des Sanhadja.

De nos jours, les tribus zoaviennes les plus marquantes sont les Beni-Idjer, les Beni-Manguellat, les Beni-Itroun 2, les BeniYanni 3, les Beni-bou-Ghardan, les Beni-Itourgh, les Beni-BouYouçof, les Beni-Chaîb, les Beni-Eïci, les Beni-Sadca, les BeniGhobrîn et les Beni-Guechtola.

Le territoire des Zouaoua est situé dans la province de Bougie et sépare le pays des Ketama de celui des Sanhadja. Ils habitent. au milieu des précipices formés par des montagnes tellement élevées que la vue en est éblouie, et tellement boisées qu'un voyageur ne saurait y trouver son chemin. C'est ainsi que les Beni-Ghobrin habitent le Zîri, montagne appelée aussi Djebel-ezZan, à cause de la grande quantité de chênes-zan dont elle est couverte, et que les Beni-Feraoucen et les Beni-Iraten occupent celle qui est située entre Bougie et Tedellis. Cette dernière montagne est une de leurs retraites les plus difficiles à aborder et les plus faciles à défendre; de là, ils bravent la puissance du gouvernement [de Bougie], et ils ne paient l'impôt qu'autant que cela leur convient. De nos jours ils se tiennent sur cette cîme élevée et défient les forces du sultan, bien qu'ils en reconnaissent cependant l'autorité. Leur nom est même inscrit sur les registres de l'administration comme tribu soumise à l'impôt (kharadj).

Sous la dynastie sanhadjienne [des Zîrides], ce peuple tenait un rang très-distingué, tant en temps de guerre, que pendant les intervalles de paix. Il avait mérité cet honneur en se montrant l'allié fidèle de la tribu de Ketama depuis le commencement de l'empire fatemide. Badîs, fils d'El-Mansour, ôta la vie à leur

1 Il est probable que la plupart de ces noms sont altérés.

2 Variante: Letrouz.

3 Variantes: Mani, Babi. La bonne leçon est Yanni.

chef Zîri-Ibn-Adjana, l'ayant soupçonné d'avoir entretenu des intelligences avec Hammad 1.

Les descendants de Hammad bâtirent ensuite la ville de Bougie sur le territoire des Zouaoua et les obligèrent à faire leur somission. Depuis ce temps, ils sont toujours restés dans l'obéissance excepté quand on leur réclame le paiement de l'impôt; alors seulement, ils se laissent aller à la révolte, étant bien assurés que dans leurs montagnes, ils n'ont rien à craindre.

Les Beni-Iraten reconnaissent aux Beni-Abd-es-Samed, une de leurs familles, le droit de leur fournir des chefs. A l'époque où le sultan [mérinide] Abou'l-Hacen conquit le Maghreb central, ils eurent pour cheikh une femme appelée Chimci. Elle appartenait à la famille Abd-es-Samed et s'était assuré l'autorité avec l'aide de ses fils, au nombre de dix.

En l'an 739 (1338-9) ou 740, Abou-Abd-er-Rahman-Yacoub, fils du sultan Abou-'l-Hacen, s'enfuit de Metîdja où son père était campé, mais il y fut ramené par des cavaliers envoyés à sa poursuite. Son père le mit aux arrêts, et quelque tems après, il le fit mourir, ainsi que nous le raconterons dans l'histoire de la dynastie mérinide. Ce fut alors qu'un boucher, officier de la cuisine du sultan, passa chez les Iraten et se donna pour le prince Abou-Abd-er-Rahman auquel il ressemblait beaucoup. Chimci s'empressa de lui accorder sa protection et engagea toute la tribu à reconnaître l'autorité du prétendant et à le seconder contre le sultan. Alors ce dernier offrit des sommes considérables aux fils de Chimci et aux gens de la tribu, afin de se faire livrer l'aventurier. Chimci rejeta d'abord cette proposition, mais ayant ensuite découvert qu'elle avait donné son appui à un imposteur elle lui retira sa protection et le renvoya dans le pays qu'occupèrent les Arabes. Ensuite elle alla se présenter devant le sultan avec une députation composée de quelques-uns de ses fils et de plusieurs notables de sa tribu. Le monarque mérinide lui fit l'accueil le plus honorable, et l'ayant comblée de dons ainsi que les personnes qui l'avaient accompagnée, il les renvoya tous chez

'On trouvera plus loin une notice sur Hammad et ses successeurs.

eux. La famille d'Abd-es-Samed conserve encore le commandement de la tribu.

Quant aux Zouagha, nous n'avons rien appris de leur histoire, pas même assez pour nous obliger à prendre la plume. Ils forment trois tribus : les enfants de Demmer, fils de Zouagh, les enfants de Ouatîl, fils de de Zeddjîk, et les enfants de Makher1, fils de Tiffoun, fils de Zouagh. Les Beni-Semgan, branche des Demmer, vivent dispersés parmi les autres tribus, et il s'en trouve même dans diverses localités de la province de Tripoli où ils occupent la montagne qui porte le nom de Demmer. Aux environs de Constantine on trouve une fraction des Zouagha, et dans les montagnes du Chélif on rencontre des Beni-Ouatil. Il y en a encore dans le voisinage de Fez 2.

HISTOIRE DES MIKNAÇA ET DE TOUTES LES AUTRES BRANCHES DE LA TRIBU D'OURstif. ORIGINE ET VICISSITUDES DE LEUR AUTORITÉ

DANS LE MAGHREB.

Les enfants d'Ourstîf [ Ouresettif], fils de Yahya et frère de Djana et de Semgan, forment trois tribus: les Miknaça, les Ourtnadja et les Augna, appelés aussi Megna. Les Ourtnadja se partagent en quatre branches : les Sederdja, les Mekceta, les Betalça et les Kernita. A celles-ci Sabec et les généalogistes de son école ajoutent les Henata et les Foulala. Ils comptent aussi au nombre des familles issues de Megna les Beni-Isliten, les BeniToulalîn, les Beni-Terîn, les Benî-Djerten, et les Beni-Foughal. Selon les mêmes autorités, les Miknaça se composent de plusieurs tribus, telles que les Soulat, les Beni-Hoouat, les

1 Un des manuscrits porte Mahen.

2 Immédiatement avant les chapitres sur les Sanhadja, l'auteur a inséré une note supplémentaire sur les Zouaoua.

3 Le texte imprimé et les manuscrits portent Okta. Cette mauvaise leçon empêcha le traducteur de reconnaître l'identité des Augna et des Megguen, ou Megna. (Voy. ci-devant, page 172.)

Variante: Boulalin. La bonne leçon est incertaine.
Variante de la page 173: Djerin.

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