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En l'an 298 (910-11) le général fatemide, Arouba-Ibn-Youcefel-Ketami, vainqueur du Maghreb, donna le commandement de Tehert à Douas-Ibn-Soulat de la tribu de Lehîça. Douas ne cessa de sévir contre les Berbères eibadites appartenant aux tribus de Lemaïa, d'Azdadja, de Louata, de Miknaça et de Matmata, jusqu'à ce qu'ils embrassèrent les doctrines de la secte hérétique [des chîites] et abandonnèrent pour toujours les croyances des kharedjites.

Sous le règne du khalife fatemide, Ismail-el-Mansour, [Hamîd, fils d'] Islasen Ibn-Habbous, gouverneur de Tèhert, se déclara en faveur des Oméïades d'Espagne, et passa du côté d'ElKheir - Ibn - Mohammed-Ibn-Khazer, partisan dévoué de cette famille et leur principal agent auprès de la population zenatienne. El-Mansour ayant alors donné le commandement de Tèhert à son affranchi, l'eunuque Meiçour, et à Ahmed-ez-Zeddjali, une de ses créatures, Hamid et El-Kheir marchèrent contre la ville et la prirent d'assaut après avoir mis en déroute l'armée de Meiçour. Ce chef et son collègue Ez-Zeddjali tombèrent entre les mains des vainqueurs, mais, quelque temps après, ils obtinrent leur liberté. Dans la suite, Tehert servit de boulevard à l'empire des Fatemides et des Sanhadja. Les Zenata s'en emparèrent plusieurs fois, et les troupes oméïades y mirent le siége lors de leur expédition contre Zìri-Ibn-Atïa, émir du Maghreb et chef des Maghraoua. Ceci eut lieu à l'époque où El-Modaffer, fils d'Abou-Amer [El-Mansour] arriva de l'Espagne pour lui faire la guerre.

Après la chute de la dynastie sanhadjite et la conquête du Maghreb par les Lemtouna [Almoravides], les Almohades subjuguèrent ce pays ainsi que le Maghreb-el-Acsa. Ensuite survint la révolte des fils de Ghanîa aux environs de Cabes. Yahya-IbnGhanîa ayant porté ses armes en Ifrîkïa, envahit le Maghreb central, insulta les frontières de l'empire almohade et pénétra dans Tèhert de vive force et à plusieurs reprises. A la suite de ces malheurs, Tèhert resta abandonné, et vers l'an 620 (1223), ses ruines mêmes avaient disparu.

1 Variante: Beslasen.

Par la prise de la capitale qu'ils avaient fondée et auprès de laquelle ils s'étaient établis, les Lemaïa perdirent toute leur puissance et durent se disperser en petites bandes pour aller vivre au milieu des autres tribus.

Un de ces débris, les Djerba, habite jusqu'à ce jour l'île qui est située vis-à-vis de Cabes et qui porte leur nom. Les chrétiens de la Sicile s'emparèrent de cette île après avoir subjugué et soumis à la capitation les Djerba, les Sedouîkich 1 et les autres peuplades ketamiennes et lemaïennes qui y habitaient. Ils y érigèrent, sur le bord de la mer, une forteresse où ils établirent leur siége de gouvernement et à laquelle ils donnèrent le nom d'ElCachetil (Castello). Pendant longtemps les armées envoyées par les Hafsides de Tunis s'acharnaient contre cette place forte, mais ce ne fut que vers l'an 738 (1337), sous le règne de notre seigneur [Abou-Yahya-] Abou-Bekr, que Makhlouf-Ibn-el-Kemad, un de ses officiers, s'en rendit maître. L'islamisme s'est conservé dans Djerba jusqu'à nos jours, mais la population berbère a constamment professé la religion kharedjite, doctrine hérétique dont on enseigne encore les principes dans leurs écoles. Ils possèdent des ouvrages composés par les grands docteurs de leur secte et dans lesquels ils trouvent exposés les articles fondamentaux de leur foi et le développement de leur loi religieuse. Ces volumes se transmettent de père en fils et sont l'objet d'une étude assidue. Les Matmata, enfants de Faten-Ibn-Temsît et frères des Matghara et des Lemaïa, se partagent en plusieurs branches. Selon le généalogiste Sabec-el-Matmati et ses disciples, le père des Matmata se nommait Maskab, et avait pour surnom Matmat. Ils ajoutent que toutes les branches de cette tribu sont issues de Loua, fils de Matmat et frère d'Ourenchît. Ils ne nous apprennent pas si celui-ci laissa de la postérité. « Loua, disent-ils, cut >> quatre fils; Ourmakcen, Belaghef 2, Ourîgoul et Ilîsen. Les » trois premiers eurent de la postérité, et c'est d'eux que toutes >> les branches de la tribu de Matmata tirent leur origine. D'Our

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» makcen naquirent Masmoud, Younos et Ifrin, et d'Ourîgoul >> sortirent Keltham, Mecîda et Fîden. Ces deux derniers mou>> rurent sans enfants, mais Keltham engendra Asferacen et Se»>lyayan. Les fils de Selyayan se nommaient Sabhan, Ourîghni, >> Ousdi, Netsayan et Amr, mais on les désignait collectivement » par le titre de fils de Mastkouda, du nom de leur mère. Asfe>> racen engendra Irhad et Israsen, lequel eut quatre enfants : Ourtedjîn 1, Ourîgoul, Guellida et Seggoum. On désigne aussi >> ceux-ci par le nom de leur mère, en les appelant les fils de » Teligueftan. D'Irhad naquirent llît et Islacen; Ilît engendra >> Ourceflacen, Segguen, Mohammed, Megdil et Dekoual. Les fils >> d'Islacen sont Faouïoulen, Itmacen, Markcen, Meçafer, Fellou» cen, Ouridjid, Nafè, Abd-Allah et Ghardaï. Les enfants d'Ilaghef » [ou Belaghef], fils de Loua et petit-fils de Matmat, sont Dihya. » et Tabeta. Tabeta engendra Madjercen, Rîgh, Adjelan, Ifam et » Corra. De Dihya provinrent Ourtedji et Medjlîn. Les enfants >> d'Ourtedji sont Maggarîn, Tour, Seggom et Ghamdjemîcen; >> ceux de Medjlîn s'appelent Makour, Lechgoul, Kîlan, Mez>> goun, Catar et Aïoura. » Voilà, selon Sabec et ses disciples, les ramifications de la tribu de Matmata 2.

Les Matmata vivent maintenant dispersés dans diverses localités on en trouve au midi de Fez, dans la montagne qui porte leur nom et qui s'élève entre cette ville et Sofrouï ; il en existe aussi dans les environs de Cabes et à l'occident de la ville bâtie auprès de la source chaude que l'on appelle Hamma Matmata (les thermes des Matmata). Il sera question de cet endroit dans l'histoire de la dynastie hafside et des royaumes qui ont fleuri en Ifrîkïa. Le reste de ce peuple vit dispersé au milieu des autres tribus.

Dans les temps anciens les Matmata habitaient les plateaux de Mindas, aux environs du Ouancherîch et du Ghezoul, mon

1 Variante: Ourteguin.

* Presque tous les noms rapportés dans cet extrait sont altérés. On reconnaît même, à l'inspection des manuscrits, que les copistes les ont transcrits d'une main incertaine, tant ils avaient de la peine à les déchiffrer.

tagne du pays de Tèhert. Devenus très-puissants vers la fin de la dynastie sanhadjite, ils prirent une part active à la guerre qui éclata entre Hammad-Ibn-Bologguin et Badîs-Ibn-el-Mansour. A cette époque ils eurent pour chef Azana 1, émir qui se signala dans plusieurs batailles et rencontres avec les Oudjedîdjen, les Louata et les autres tribus du voisinage. Zîri, fils d'Azana, prit le commandement des Matmata lors de la mort de son père; mais bientôt après, il fut vaincu par les Sanhadja et passa en Espagne. Le vizir El-Mansour-Ibn-Abi-Amer, auprès duquel il se rendit, l'accueillit avec empressement et l'inscrivit sur la liste des émirs berbères qu'il avait admis à son service et dont l'appui lui était si utile. Ziri devint un des officiers les plus distingués de ce corps et parvint à jouir du plus haut crédit auprès de son maître. A la mort d'El-Mansour, ses fils El-Modaffer et Abd-er-Rahman continuèrent à traiter Zîri avec la même faveur qu'auparavant ; ils l'élevèrent en grade et l'admirent dans leur société intime. Lors de la révolte de Mohammed-Ibn-Hicham-Ibn-Abd-el-Djebbar, Zîri et tous les autres émirs et officiers berbères étaient absents; ayant accompagné Abou-Amer [Abd-er-Rahman] dans son expédition contre En-Noman. Ayant alors reconnu l'incapacité de leur chef et la mauvaise tournure que prenaient les affaires, ils passèrent tous du côté de Mohammed-Ibn-Hicham [devenu maintenant khalife sous le titre d'] El-Mehdi, et ils restèrent à son service jusqu'à la grande révolte des Berbères en Espagne. J'ignore l'année de la mort de Zîri.

Un autre grand personnage de la tribu des Matmata qui passa en Espagne fut Kehlan-Ibn-Abi-Loua-Ibn-Islasen. Il se rendit auprès d'En-Nacer [premier souverain de la dynastie hammou

1 L'orthographe de ce nom varie dans les mss.

2 Abd-er-Rahman, fils du célèbre vizir El-Mansour, avait décidé le faible khalife Hicham-el-Mowaïed à le nommer son successeur par un acte solennel dont El-Makkari nous a conservé la copie. MohammedIbn-Hicham-Ibn-Abd-el-Djebbar, membre de la famille royale, fut tellement indigné de ce mauvais choix qu'il organisa une conspiration, s'empara de Cordoue et monta sur le trône après avoir fait mourir Abder-Rahman. Cela se passa en 399 (1009).

dite]. C'était un homme fort savant dans la généalogie des Berbères. Le plus grand des généalogistes berbères, autant que nous avons pu le savoir, appartenait aussi à cette tribu; nous voulons parler du célèbre Sabec-Ibn-Soleiman-Ibn-Herath-Ibn-MoulatIbn-Dounas. On regarde aussi comme matmatien Abd-Allah-IbnIdrîs, administrateur des impôts au nom du khalife fatemide, Obeid-Allah-el-Mehdi. Nous pourrions en citer beaucoup d'autres, mais cela nous mènerait trop loin. Voilà les renseignements que nous avons recueillis au sujet des Matmata.

Ayaut fait mention du territoire de Mindas, je dois rapporter ici les passages suivants que j'ai trouvé dans l'ouvrage d'un historien berbère : « Cette région fut ainsi nommée d'après Mindas, >> fils de Mefer, fils d'Aurîgh, fils de Kebouri, fils d'El-Mothenna, >> lequel est le même personnage que Hoouar. » Je crois que cet écrivain veut parler ici d'Addas-Ibn-Zahhîk, le même que l'on dit avoir été élevé par Hoouar, et qu'il a mal compris la chose dont il parle. << Mindas eut trois fils: Cheraoua, Kolthoum et » Toggom. » — « Quand la puissance des Matmata se fortifia, » ils eurent pour chef Arhasen-Ibn-Asferasen. Celui-ci chassa >> Mindas de ce territoire et y établit ses propres enfants, les» quels y restent encore. >>

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Un débris des Matmata habite aujourd'hui le Quarchenîs 1 ; il s'y réfugia à l'époque où les Beni-Toudjin, peuple zenatien, lui enlevèrent le territoire de Mindas. C'est maintenant une peusoumise à l'impôt.

Les Maghila sont frères des Matmata, des Lemaïa, des Melzouza, des Douna et des Kechata, bien que ces trois derniers peuples soient regardés comme maghiliens. Ils vivent maintenant dispersés dans différents endroits après avoir formé deux grosses bandes dont l'une habitait le Maghreb central et occupait les campagnes qui s'étendent depuis l'embouchure du Chélif jusqu'à

1 Variantes: Ouancherich, Ouarchticen. Aujourd'hui on écrit le nom de cette montagne de plusieurs manières, mais le surnom d'ElOuancherichi qui a été porté par plusieurs légistes distingués, indique suffisamment que la bonne ortographe est Ouancherich. Ibn-Khaldoun emploie presque toujours cette dernière forme.

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