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des Beni-Yezid. La coutume de payer le gherara se maintint trèslongtemps.

Dans la suite, Yaghmoracen transporta les Beni - Amer dans le territoire qu'ils occupent à présent aux environs de Tlemcen. Il les y établit afin d'opposer une barrière aux envahissements des Arabes makiliens. Pendant l'hiver, ils parcourent les régions du Désert, et au printemps, ils montent dans le Tell pour y passer la saison de l'été.

Les Beni-Amer se partageaient d'abord en trois branches: les Beni-Yacoub-Ibn-Amer, les Beni-Hamid-Ibn-Amer et les BeniChafaï-Ibn-Amer. Cette dernière se sépara en deux familles : les Beni-Checara et les Beni-Motarref, lesquelles se subdivisèrent aussi en plusieurs ramifications. Des Beni-Hamid sortirent les Beni-Obeid, et de ceux-ci les Hedjez, appelés aussi les BeniHidjaz. Hidjaz lui-même eut deux fils: Hadjouch et Hadjìch. Hadjouch fut père de Hamed, Mohammed et Rebab. Mohammed eut pour descendants les Ouelalda, enfants de Ouellad, fils de Mohammed. Rebab aussi laissa de la postérité que l'on connait aujourd'hui sous le nom de Beni-Rebab. Les descendants d'Ocaïl, fils d'Obeid, s'appellent les Ocala, et ceux de Mahrez-Ibn-HamzaIbn-Obeid portent le nom de Meharez. Le droit de commander aux descendants de Hamid appartenait à Allan, un des Mahrez; le même que tua Hadjouch, aïeul des Beni-Rebab.

Sous les règnes de Yaghmoracen et des ses fils, les Beni-Amer eurent pour chef un membre de la famille des Beni-Yacoub, nommé Dawoud-Ibn-Hilal-Ibn-Attaf-Ibn-Redad-Ibn-Kerich-IbnAbbad-Ibn-Manià-Ibn-Yacoub. Les Beni-Hamid avaient aussi leur chef, mais il n'était que le lieutenant de celui des Beni-Yacoub. Le chef des Hamid appartenait à la famille de Rebab-IbnHamed-Ibn-Hadjouch-Ibn-Hidjaz-Ibn-Obeid-Ibn-Hamîd, famille que l'on appelle aussi les Hedjez. Du temps de Yaghmoracen c'était Moarref-Ibn-Saîd-Ibn-Rebab qui les commandait. Il était lieutenant de Dawoud [-Ibu-Hilal-Ibn-Attaf], comme nous venons de le dire. Dawoud se brouilla avec Othman, fils de Yaghmoracen, en prenant sous sa protection Abou-Zékérïa, fils du sultan hafside Abou-Ishac. Ce jeune prince venait de s'échapper de

Tlemcen dans le dessein de susciter une révolte contre le khalife de Tunis, monarque avec lequel Othman avait fait alliance. Celui-ci exigea l'extradition du fugitif, mais Dawoud, trop généreux pour trahir les devoirs de l'hospitalité, conduisit son protégé auprès d'Atïa-Ibn-Soleiman, un des chefs des Douaouida. Abou-Zékérïa se rendit maître de Bougie et de Constantine, ainsi que nous le dirons ailleurs, et pour reconnaître le service que Dawoud lui avait rendu, il lui concéda Gueddara, territoire. situé dans le Hamza. Dawoud alla donc s'y fixer, et, rentré dans les lieux que les gens de sa tribu avaient fréquentés autrefois, dans leurs courses nomades, il y resta jusqu'au moment où [le sultan mérinide] Youçouf-Ibn-Yacoub investit la ville de Tlemcen. Espérant trouver auprès de ce monarque les moyens d'améliorer sa position, il alla le visiter pendant les opérations de ce long siége, et lui présenta une lettre de la part du seigneur de Bougie. Le sultan Youçouf se méfia de lui à raison de cette dernière circonstance, et quand Dawoud se mit en route pour rentrer dans son pays, il envoya à sa poursuite une troupe de cavaliers zenations. Ces hommes tuèrent le chef arabe à Beni-Ibgui1, dans le pays de Sig; l'y ayant attaqué à l'improviste, pendant la nuit. Said, fils de Dawoud, lui succéda dans le commandement de la tribu des Beni-Amer.

Quand le siége de Tlemcen fut levé, les fils d'Othman-IbnYaghmoracen rétablirent la famille de Dawoud sur le territoire qu'elle avait occupé précédemment; voulant lui témoigner de cette manière, les sentiments bienveillants qu'ils avaient conçus pour elle depuis l'assassinat de son chef par les Mérinides. Les Beni-Yacoub se virent bientôt disputer le commandement des Beni-Amer par la famille de Moarref-Ibn-Saîd [-Ibn-Rebab], dont la puissance s'était considérablement accrue. Chacun des deux partis supportait avec impatience la supériorité de l'autre, et les Beni-Moarref s'étant concilié, par leur conduite paisible et régulière, la faveur du gouvernement abd-el-ouadite, Saîd-ibnDawoud céda à la jalousie et se rendit auprès d'Abou-Thabet, le

1 Variante: Beni-Liki.

sultan mérinide; espérant obtenir de lui les moyens de rétablir son influence. A la suite de cette démarche, qui n'eut du reste aucun succès, il rentra dans sa tribu dont tous les membres continuaient encore à former un seul corps.

L'inimitié qui subsistait entre les Beni-Yacoub et les BeniMoarref s'accrut enfin à un tel point, qu'Ibrahîm-Ibn-Yacoub-IbnMoarref se jeta sur Saîd-Ibn-Dawoud et lui ôta la vie. Dans cet attentat il eut pour complice un de ses parents nommé MadiIbn-Rouwan. Tous les descendants de Rebab s'empressèrent de prendre le parti de leur parent [Ibrahîm]; de sorte que la tribu des Beni-Amer se trouva séparée en deux fractions, les BeniYacoub et les Beni-Hamîd. Cet événement eut lieu sous le règne d'Abou-Hammou-Mouça-Ibn-Othman, prince descendu de Yagh

moracen-Ibn-Zîan.

A la mort de Saîd, le commandement des Beni-Yacoub passa à son fils Othman. Quelque temps après, Ibrahîm-Ibn-Yacoub, le chef des Beni-Hamîd, cessa de vivre, et son fils Amer, homme d'une grande résolution et d'une certaine célébrité, lui succéda. Amer passa en Maghreb, devançant ainsi Arîf-Ibn-Yahya, et se rendit auprès du sultan Abou-Saîd, lequel épousa sa fille et lui donna une somme d'argent assez considérable.

Othman [le fils de Saîd] ne cessa d'épier l'occasion de venger la mort de son père; il cherchait à y parvenir tantôt par la force des armes et tantôt sous les dehors de la paix et de l'amitié, jusqu'à ce qu'enfin il trouva moyen d'assassiner dans sa tente [Amer-Ibn-Ibrahîm, le fils de celui qui avait tué son père]. Il prodigua au cadavre de sa victime les insultes les plus injurieuses aux yeux des Arabes, et il brisa ainsi, à tout jamais, les faibles liens qui rattachaient encore l'une de ces tribus à l'autre. Aussi, quand les Beni-Hamid eurent plus tard à combattre les Soueid, les Beni-Yacoub se firent les alliés et confédérés de ceux-ci.

Les nomades soueidiens allèrent ensuite joindre Arîf-IbnYahya dans le territoire mérinide, et la famille d'Amer-IbnIbrahîm acquit alors, par le nombre de ceux qui reconnaissaient son autorité, une puissance qui la rendit formidable aux BeniYacoub. Ceux-ci entrèrent aussi en Maghreb et ne le quittèrent

que pour accompagner [en Ifrikïa] l'armée du sultan Abou-'l-Hacen. Leur chef Othman [-Ibn--Said-Ibn-Dawoud] fut tué par les fils d'Arif-Ibn-Said [-Ibn-Rebab] pour venger la mort de leur parent, Amer-Ibn-Ibrahîm. Hedjrès-Ibn-Ghanem-Ibn-Hilal-IbnAttaf, cousin et lieutenant d'Othman, lui succéda. A la mort de Hedjrès, l'autorité passa à son cousin Soleim-Ibn-Dawoud.

Lors de la prise de Tlemcen par le sultan Abou-'l-Hacen, la famille d'Amer-Ibn-Ibrahîm s'enfuit dans le Désert avec son chef Sogheir-Ibn-Amer. Le sultan employa alors l'entremise d'ArîfIbn-Yahya afin de gagner toutes les autres branches des BeniHamid et des Aulad-Rebab. Ceux-ci abandonnèrent Sogheir pour se ranger du côté des Mérinides, et ils obtinrent alors du sultan un autre chef dans la personne de Yacoub-Ibn-el-AbbasIbn-Meimoun-Ibn-Arîf-Ibn-Saîd, un de leurs cousins. Quelque temps après, Omar-Ibn-Ibrahîm, oncle de Sogheir, se rendit auprès d'Abou-'l-Hacen et obtint sa nomination au commandement [des Beni-Hamid]. Toute cette tribu entra alors au service de ce sultan, à l'exception des Beni-Amer-Ibn-Ibrahîm, qui passèrent chez les Douaouida et se mirent sous la protection de Yacoub-Ibn-Ali. Ils restèrent au milieu de cette tribu jusqu'à l'apparition du prétendant Ibn-Hîdour.

Cet imposteur, qui se donnait pour Abou-Abd-er-Rahman, fils du sultan Abou-'l-Hacen, leur procura l'occasion d'allumer le feu de la révolte. Les Dïalem, les Aulad-Meimoun-Ibn-Othman branche des Soueid, et toutes les autres peuplades dont le gouvernement mérinide avait encouru la haine, donnèrent leur appui à cet aventurier afin de se venger d'une dynastie qui avait comblé de faveurs Arif et son fils Ouenzemmar. Poussées par la jalousie qu'elles en avaient ressentie, ces tribus accoururent sous le drapeau du prétendant et lui prêtèrent le serment de fidélité. D'après l'ordre du sultan, Ouenzemmar rassembla les Arabes soumis à son autorité, marcha contre les insurgés et les mit en pleine déroute. Sogheir-Ibn-Amer se jeta dans le Désert avec ses frères et ayant traversé l'Areg, ceinture de dunes qui forme la limite du territoire parcouru par les Arabes nomades, il s'arrêta au Coléïâ de Ouallen. Après y avoir séjourné pendant quelque

temps, il se rendit auprès du sultan Abou-'l-Hacen pour lui demander grâce, et lui ayant remis son frère Abou-Bekr comme ôtage, il l'accompagna dans l'expédition de l'Ifrîkïa et assista à la déroute de Cairouan. Il rejoignit ensuite sa tribu, et passa avec elle au service d'Abou-Said-Othman, fils d'Abd-er-Rahman, fils de Yahya, fils de Yaghmoracen, qui s'était emparé de Tlemcen, en l'an 750 (1349-50), à la suite de la catastrophe dont nous venons de parler.

Sogheir et son peuple jouirent dès-lors d'une grande influence auprès de la dynastie abd-el-ouadite. Quant aux Soueid et aux Beni-Yacoub, ils rentrèrent en Maghreb et marchèrent, plus tard, dans l'avant-garde du sultan Abou-Einan. [Tlemcen succomba alors de nouveau], les princes de la famille Yaghmoracen perdirent la vie, leurs partisans se dispersèrent, et Sogheir passa dans le Désert, selon sa coutume. De ce lieu de refuge il épiait le progrès des chefs qui se révoltaient contre l'empire mérinide, et ayant réuni autour de lui une grande partie de sa tribu, les BeniMoarref, il commença à faire des courses dans les pays voisins.

En l'an 755, les Hocein, tribu makilienne, se soulevèrent contre les Mérinides et résistèrent quelque temps aux armes d'Abou-Einan. Ils entreprirent même le siége de Sidjelmessa et dans toutes leurs expéditions ils eurent Sogheir pour camarade et allié. S'étant enfin rendus à Nokour afin d'y faire une provision de blé, ils furent attaqués par l'armée mérinide et perdirent tous leurs bagages, après avoir vu une foule de leurs guerriers succomber sur le champ de bataille ou tomber au pouvoir de l'ennemi. Depuis ce revers, ils n'osent plus quitter le Désert; aussi leurs terrains de parcours [dans le Tell] sont maintenant occupés par les Soueid et les Beni-Yacoub, et la faveur dont ils. jouissaient auprès du sultan a été transmise à ces deux tribus.

Après la mort d'Abou-Einan, un prince de la famille Yaghmoracen releva le trône de ses ancêtres à Tlemcen. Abou-HammouMouça était fils de Youçof, frère du sultan Abou-Saîd-Othman,

Ici les manuscrits et le texte imprimé portent oua khalef; il faut y supprimer un point diacritique et lire oua halef.

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