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abolit l'usage d'inscrire le nom de ces khalifes sur la bordure du manteau impérial [sur les drapeaux] et sur les monnaies. Pour compléter cette révolution, il prononça lui-même [l'an 443] la prière publique au nom d'El-Caïm-Ibn-el-Cader, khalife de Baghdad 1. Abou-'l-Fadl-Ibn-Abd-el-Ouahed-et-Temîni, agent politique de la cour de Baghdad, apporta en retour à El-Moëzz un diplôme par lequel El-Caïm le confirmait dans le gouvernement de l'Ifrîkïa. Le khalife fatemide, El-Mostancer, chercha le moyen de se venger, et, d'après l'avis de son ministre, AbouMohammed-el-Yazouri, illâcha sur l'Ifrîkïa les Rîah,les Zoghba et les Athbedj, tribus hilaliennes qui avaient pris part à la révolte des Carmats. Nous avons déjà parlé de ceci dans le chapitre qui traite de l'entrée des Arabes en Ifrîkïa ?.

Ces peuples pénétrèrent dans le pays en dévalisant les voyageurs et en dévastant les lieux habités. El-Moëzz envoya une armée contre les envahisseurs, et comme elle essuya une défaite, il alla lui-même se mesurer avec eux. A la suite d'une bataille qu'il leur livra près du mont Haideran, et qui amena la déroute de ses troupes, il courut s'enfermer dans Cairouan où il fut bientôt bloqué par l'ennemi. Pendant toute la durée de ce siège, les Arabes continuèrent à ravager les campagnes et à opprimer les cultivateurs, jusqu'à qu'ils eurent entièrement ruiné l'Ifrîkïa.

En l'an 449 (1057-8), El-Moëzz se rendit de Cairouan à ElMehdïa sous la protection de Mounès-Ibn-Yahya-es-Sinberi, émir rîahide, dont il venait d'épouser la fille 3. Arrivé à El-Mehdia,

1. La formule de malédiction prononcée solennellement en cette occasion contre les Fatemides, se trouve dans le Baïan, page 289 du texte arabe.

2. Voyez, sur ces événements, le tome I, p. 30 et suiv.

3. Ici le texte arabe est équivoque et peut aussi signifier: auquel il venait de marier sa fille. Le passage analogue qui se trouve dans le tome I, p. 34, répond à une expression arabe tout aussi vague que celle que nous signalons ici. Aussi pourrait-on très bien le remplacer par les mots et il lui donna sa fille en mariage. Cette dernière manière d'entendre l'expression asher léhou fi bintih où le sujet du verbe et la personne à laquelle le pronom affixe se rapporte sont également in

il s'arrêta chez son fils Temîm, qu'il y avait envoyé quelque temps auparavant. Les Arabes pénétrèrent alors dans la ville de Cairouan et la mirent au pillage.

Pendant le séjour d'El-Moëzz à El-Mehdïa, des insurrections éclatèrent dans les autres villes de son empire: en l'an 451 (1059), Hammou-Ibn-Melîl-el-Berghouati se rendit maître de Sfax; les habitants de Souça se constituèrent en république ; Tunis subit la domination d'En-Nacer-Ibn-Alennas-Ibn-Hammad, seigneur de la Calâ, et Abd-el-Hack-Ibn-Khoraçan, le gouverneur qu'il y établit, se déclara indépendant et transmit à ses enfants l'autorité usurpée. El-Moëzz-Ibn-Mohammed-es-Sanhadji, gouverneur de Cabes, reconnut la souveraineté de Mounès-Ibn-Yahya, et Ibrahîm, son frère et successeur, suivit son exemple, ainsi qu'on le verra ci-après. Le royaume de la famille de Badîs s'étant ainsi démembré, plusieurs révoltés s'en partagèrent les débris. Dans une autre partie de cet ouvrage nous raconterons leur histoire.

El-Moëzz mourut [le 5 Châban] 454 (août 1062).

La mort d'El-Moëzz

Règne de Temim, fils d'El-Moëzz. plaça son fils Temîm à la tête d'un empire dont il ne resta que les villes fermées de murailles, tout le pays ouvert étant tombé au pouvoir des Arabes. Ce prince employa la seule ressource qui lui restait: il suscita des guerres entre eux, et il aida très adroitement les uns contre les autres.

En l'an 455 (1063), il marcha à la rencontre de Hammou-IbnMelil, seigneur de Sfax, qui s'était mis en campagne pour l'attaquer, et il l'obligea à prendre la fuite. Dans cette guerre, une partie des Arabes seconda Hammou et le reste combattit pour Temîm. S'étant alors emparé de Souça, ce prince envoya son armée contre Tunis et en contraignit le seigneur, Ibn-Khoraçan, à faire sa soumission. [En l'an 460,] à la suite de ces

certains, paraît justifiée, dans le cas actuel, par un passage d'un ancien historien que l'auteur du Baïan cite à propos du même événement. On y lit El-Moëzz donna une de ses filles en mariage à un de ces chefs arabes et contracta ainsi une parenté avec eux.

succès, il dirigea ses troupes contre Cairouan. Cette ville avait été placée par El-Moëzz sous le commandement de Caïd-IbnMeimoun-es-Sanhadji,lequel se la laissa enlever, [trois années] plus tard, par les Hoouara, et alla se réfugier dans El-Mehdia. Ayant été ensuite rétabli dans le siège de son commandement par Temîm, il se révolta contre lui au bout de six [ans] et ouvrit des négociations avec En-Nacer-Ibn-Alennas, seigneur de la Calâ. Par cette conduite perfide il obligea Temîm à expédier une armée contre lui, et se trouvant dans l'impossibilité de résister, il abandonna la ville et se rendit auprès d'En-Nacer. Après avoir laissé écouler encore six [années], Caïd alla trouverHammou-IbnMelîl-el-Berghouati, seigneur de Sfax, auquel il décida YabkiIbn-Ali, émir des Zoghba, à vendre Cairouan; et, en récompense de ce service, il reçut de Hammou] le commandement de cette ville 1. Ce fut en l'an 470 (1077-8) qu'il y rentra et qu'il s'y fortifia.

Pendant ces événements la guerre continua entre Temîmet EnNacer, seigneur de la Calâ. Les Arabes, ces fauteurs de troubles, entraînaient En-Nacer à faire des incursions dans l'Ifrîkïa et même à prendre des villes; puis il l'obligeaient à revenir sur ses pas et rentrer à la Calâ. Les hostilités durèrent jusqu'à l'an 470, quand En-Nacer fit la paix avec son adversaire et lui donna sa fille en mariage 2.

1. Voici la traduction littérale de ce passage: « Ensuite, après six, il revint auprès Hammou-Ibn-Melîl, et il (qui?) acheta pour lui (qui ?) Cairouan de Yabki-Ibn-Ali, émir des Zoghba, et, en conséquence, il (qui ?) lui en donna le commandement et il s'y fortifia en l'an 70. » Dans le Baïan, la vente de Cairouan est racontée différemment, on y lit: «En l'an 466, ou 467, les Zoghba furent expulsés de l'Ifrîkïa par les Rîah et ils (qui?) vendirent Cairouan à En-Nacer-Ibn-Alennas, le Sanhadjien, seigneur de la Calá. »>

2. Pendant la guerre entre ces deux princes, les Arabes prêtèrent leur appui à Temîm. En l'an 457, En-Nacer, soutenu par les Zenata, essuya une défaite qui lui coûta vingt-quatre mille hommes. Les dépouilles des vaincus servirent à enrichir les Arabes qui, jusqu'alors, avaient vécu misérablement, et Temîm eut le regret d'avoir contribué à fortifier la puissance de ce peuple en affaiblissant celle d'un membre de sa propre famille.

En 474 (1081-2), Temîm marcha sur Cabes et y assiégea Cadi-Ibn-Mohammed-es-Sanhadji, qui avait succédé au gouvernement de la ville à la mort de son frère Ibrahîm. Ne pouvant réussir dans cette tentative, il décampa, et deux années plus tard, il se vit lui-même bloqué dans El-Mehdïa par les Arabes. Ayant forcé ces bandits à lever le siège, il les poursuivit jusqu'à Cairouan et les en expulsa au moment où ils venaient d'y entrer.

Ce fut sous le règne de Temîm, en l'an 480 (1087-8), que les chrétiens de Gênes envoyèrent trois cents navires et trente mille soldats contre El-Mehdia. Ces troupes, étant débarquées, occupèrent la ville ainsi que [le faubourg de] Zouîla. Après y avoir tout saccagé, elles la remirent à Temîm moyennant la somme de cent mille pièces d'or.

En l'an 489 (1096), Temîm enleva Cabes à son frère OmarIbn-el-Moëzz auquel les habitants avaient déféré le commandement après la mort de Cadi-Ibn-Ibrahîm '. Quatre années plus tard, il se rendit maître de Sfax. Hammou-Ibn-Melil se rendit alors à Cabes, où il passa le reste de ses jours sous la protection de Megguen-Ibn-Kamel-ed-Dehmani 2.

Depuis l'année 467 (1074-5), les Arabes rîahides avaient chassé de l'Ifrîkïa les Arabes zoghbiens et s'y étaient installés à leur place.

Vers la fin de ce siècle, les Akhder, tribu rìahide, s'emparèrent de la ville de Bèdja.

Temîm mourut dans [le mois de Redjeb] 501 (février-mars 1108).

Règne de Yahya, fils de Temim.

Yahya, fils et successeur de Temîm-Ibn-el-Moëzz, signala son avènement par la réduction d'Iclîbia, forteresse dont le commandant, Ibn-el-Mahfouz, s'était

1. On a vu plus haut que ce personnage n'était pas le fils, mais le frère d'Ibrahîm.

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2. A cette époque, Megguen avait obtenu possession de Cabes. Voir ci-après dans la notice des Beni-Djamê. En-Noweiri nous apprend qu'en l'an 491 Temîm s'empara de l'île de Djerba, de celle de Kerkinna et de la ville de Tunis.

déclaré indépendant. Ayant ensuite appris que les habitants de Sfax avaient déposé son fils Abou-'l-Fotouh [-Ali], il parvint à semer la division parmi eux et les ramena ainsi à l'obéissance]. Il reconnut la souveraineté des Fatemides et reçut de leur khalife des lettres de félicitation et un riche cadeau.

Depuis quelque temps il s'était occupé de la construction d'une flotte afin de pouvoir attaquer les chrétiens; et ayant enfin réuni un grand nombre de navires, il envoya plusieurs expéditions contre les pays de l'ennemi et força les Français, les Génois et les Sardes, populations chrétiennes d'outre-mer, à lui payer tribut. Par ses courses maritimes Yahya s'acquit une grande renommée. Il mourut subitement dans son palais, l'an 509 [dans le mois de Dou-'l-Hiddja] (avril 1116).

A la mort de Yahya, on rap

Règne d'Ali, fils de Yahya. pela de Sfax son fils Ali pour lui succéder. Ce prince partit pour la capitale sous l'escorted'Abou-Bekr-Ibn-Djaber-Ibn-Asker et d'autres émirs arabes. Arrivé à El-Edjem, il rallia autour de lui la plus grande partie de l'armée sanhadjite qui faisait le siège de cette forteresse. Son inauguration accomplie, il alla [l'an 510] investir la ville de Tunis et contraignit ainsi le gouverneur, Ahmed-Ibn-Khoraçan, à rentrer dans l'obéissance. Un corps troupes qu'il plaça sous les ordres de l'émir arabe, Meimoun-IbnZiad-es-Sakhri-el-Moadi, pénétra dans le mont Oucelat et massacra les habitants de cette région qui jusqu'alors avaient toujours résisté à l'autorité de l'empire.

de

En l'an 511 (1117-8), après avoir reçu l'envoyé du gouvernement égyptien qui lui apporta, de la part du khalife fatemide, les lettres de compliment et les cadeaux d'usage, il prépara une expédition contre Rafê-Ibn-Megguen [-Ibn-Kamel] qui se tenait

1. L'auteur du Baïan raconte que Yahya ful assassiné par deux ou trois de ses frères qu'il avait bannis et qui s'étaient ensuite présentés chez lui déguisés en alchimistes. Comme il désirait beaucoup voir faire la projection et apprendre le mystère du grand œuvre, il entra avec son vizir dans le cabinet où ces hommes travaillaient et leur donna ainsi l'occasion de le fuer à coups de poignard.

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