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venue à un tel point qu'ils portaient la dévastation dans les environs de la Calà et enlevaient tout ce qui se montrait en dehors de la ville. Ces entreprises leur étaient d'autant plus faciles que leurs montures pouvaient y arriver par des routes toujours praticables. Il en était bien autrement à Bougie; la difficulté des chemins mettait cette ville à l'abri de leurs altaques.

El-Mansour ayant fait de Bougie le siége et le boulevard de son empire, en restaura les palais et éleva les murs de la grande mosquée. Doué d'un esprit créateur et ordonnateur, il se plaisait à fonder des édifices d'utilité publique, à bâtir des palais, à distribuer les eaux dans des parcs et des jardins; aussi, l'on peut dire

que, par ses soins, le royaume hammadite échangea son organisation nomade contre celle qui résulte de la vie à demeure fixe. Après avoir érigé à la Calå le palais du Gouvernement, le palais du Fanal (Casr-el-Menar), le palais de l'Etoile (el-Kokab) et le palais du Salut (es-Selam), il construisit, à Bougie, ceux de la Perle et d'Amimoun.

A peine fut-il monté sur le trône que son oncle : Belbar, auquel son père En-Nacer avait confié le gouvernement de Constantine, forma le projet de se rendre indépendant. Une expédition, dirigée de ce côté, fit perdre au prince révolté sa ville et sa liberté. Abou-Yekpi, fils de Mohcen, fils d'El-Caïd, [le prince hammadite) qui remporta cette victoire, reçut alors d'ElMansour le gouvernement de Constantine et de Bône. Il se fixa dans la première de ces villes, après avoir envoyé son prisonnier Belbar à la Calà, et il donna le commandement de Bône à son frère Ouighlan.

En 487 (1094), Abou-Yekni lui-même se révolta à Constantine et ordonna à son frère [Ouîghlan] de se rendre à El-Mehdïa et d'offrirà Temim-Ibn-el-Moëzz la possession de Bồne. Ce monarque accepta le don, et son fils, Abou-'l-Fotouh, alla demeurer à Bône avec Ouighlan. Les deux frères s'étaient fait de nombreux par

· Ci-devant, p. 51, l'auteur altribue la construction du palais de la Perle à Eo-Nacer.

. Le texte et les manuscrits portent son frère. Voy. ci-devant, f. 47. tisans parmi les Arabes et entretenaient une correspondance écrite avec les Almoravides du Maghreb quand El-Mansour expédia des troupes contre eux. Après un siége de sept mois, son armée emporta d'assaut la ville de Bône et fit prisonnier Abou-'lFotouh, fils de Temîm. El-Mansour, à qui on envoya ce jeune homine, l'enferma dans la Calà, et, encouragé par le succès de ses armes, il donua l'ordre de mettre le siége devant Constantine. Abou-Yekni, voyant ses affaires prendre une très-mauvaise touroure, alla se retrancher dans un château du Mont-Auras, après avoir confié la défense de Constantine à un Arabe de la tribu d'Athbedj nommé Soleisel-Ibn-el-Ahmer. Cet homme livra la ville à El-Mansour moyennant une somme d'argent, mais Abou-Yekni conserva sa forteresse de l'Auras et envahit le territoire de Constantine à plusieurs reprises. Cette hardiesse lui devint fatale : assiégé enfin par les troupes d'El-Mansour, il perdit, à la fois, son château et la vie.

La dynastie hammadite s'était alliée par des mariages aux Beni-Ouemannou, famille unie et puissante qui exerçait alors le commandement suprême chez les Zenata, tribu dont elle faisait partie. En-Nacer avait épousé une seur de Makhoukh, chef de cette maison, et El-Mansour en avait épousé une autre. Ces alliances ne purent empêcher la guerre d'éclater entre les Sanhadja et les Zenata : El-Mansour marcha contre son beau-frère, essuya une défaite et rentra à Bougie. La colère qu'il en éprouva fut si grande qu'il tua sa femme parce qu'elle était la seur de son adversaire. Ce forfait confirma davantage la baine que Makhoukh lui portait; rempli d'indignation, il embrassa le parti des Almoravides, émirs de Tlemcen, et les poussa à envahir le territoire sanhadjien. Cet événement fut un des motifs qui portèrent ElMansour à marcher sur Tlemcen; ces motifs nous allons les exposer.

Youçof-Ibn-Tachefîn ayant établi son autorité dans le Maghreb, convoita la possession de Tlemcen, et, en l'an 474 (1081 2), il enleva cette ville aux Aulad-Yala, ainsi que nous le raconterons ailleurs. En ayant alors fait un des boulevards de son empire, il y installa Mohammed-Ibn-Tînamer en qualité de

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verneur. Ce fonctionnaire ne tarda pas à insulter les villes et les forteresses du pays des Sanhadja. El-Mansour marcha contre lui et, après avoir dévasté le territoire de Makhoukh et détruit ses châteaux, il serra Ibn-Tînamer de si près que Youçof-IbnTachefin se vit dans la nécessité de faire la paix et d'empêcher ses Almoravides d'envahir les états hammadites. Quelque temps s'écoula ainsi, mais les Almoravides ayant renouvelé leurs tentatives hostiles, El-Mansour envoya contre eux son fils, l'émir Abd-Allah. Les Almoravides évacuerent alors le territoire sanhadjien et rentrèrent à Maroc. Abd-Allah prit, dans le Maghreb central, une position d'où il put lancer des troupes sur les contrées occupées par les Beni-Ouemannou, et ayant mis le siége devant El-Djabat, il s'en empara. A ce succès, il ajouta la prise de Merat, et, ayant fait grâce aux habitants, il alla rejoindre son père. Alors la guerre s'alluma entre Makhoukh et El-Mansour, lequel tua la sour de son adversaire. Le fils de Makhoukh se rendit à Tlemcen pour obtenir l'appui d'Ibn-Tinamer, et marcha ensuite sur la ville d'Alger qu'il tint bloquée pendant deux jours.

A la suite de cette expédition, Mohammed-Ibn-Tỉnamer mourut, et son frère, Tachefin-Ibn-Tỉnamer, auquel Youçof-IbnTachefin donda le gouvernement de Tlemcen, alla s'emparer d'Achir. Cette nouvelle insulte excita l'indigaation d'El-Mansour au plus haut degré ; il appela sous ses drapeaux toute la population sanhadjienne, et s'étant assuré l'appui des Arabes athbedjiens, zoghbiens et rebiens, nommés aussi makiliens, ainsi que d'une foule de peuplades zenatiennes, il marcha sur Tlemcen, l'an 496 (1102–3), à la tête de vingt mille hommes. Arrivé au Ouadi-Stafcif, il envoya l'armée en avant et la suivit de près. Tachesin, qui venait de quitter Tlemcen pour se rendre à Tecala, rencontra ces troupes sur sa route et essuya une telle défaite qu'il courut se réfugier dans le Djebel-es-Sakhra. L'armée d'ElMansour avait déjà commencé à saccager Tlemcen, quand Haoua, la femme de Tachefin, sortit au-devant de lui et implora sa miséricorde, en faisant valoir les liens de parenté qui existaient entre les deux nations sanhadjiennes. Profondément louché de la démarche de celle dame, le vainqueur l'accueillit de la manière

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la plus honorable, épargna la ville et reprit, la même matinée, le chemin de sa capitale, El-Calà.

Après cette expédition, il tourna ses armes contre les Zenata et mena ce peuple si durement qu'il le força à se disperser dans le Zab et le Maghreb central. Rentré à Bougie, il attaqua les tribus qui en occupaient les environs, et leur fit éprouver tant de perles qu'elles se jetèrent dans le Beni-Amran, le Beni-Tazrout, le Mansouria, le Sahridj, le Nador, le Hadjr-el-Maëz et autres montagnes presqu'inabordables. Jusqu'alors les souverains hammadites avaient attaqué ces tribus sans pouvoir les soumettre. Par des entreprises de cette nature, El-Mansour parvint à maintenir son autorité et à raffermir sa puissance.

Quand les Almoravides s'emparèrent de l'Espagne, Moëzz-edDola-Ibn-Somadeh, souverain d'Almeria!, vint chercher un asile auprès d'El-Mansour. Ce monarque lui conceda Tedellis et l'établit dans cette ville.

La mort d'El-Mansour eut lieu en 498 (1404-5).

Règne de Badis, fils d'El-Mansour. Badis, fils et successeur d'El-Mansour, s'était déjà fait remarquer par la sévérité et la violence de son caractère; aussi commença-t-il son règne par confisquer les biens d'Abd-el-Kerîm-Ibn-Soleiman, vizir de son père, et par lui ôter la vie. D’El-Calà, il se transporta à Bougie où il fit éprouver le même sort à Seham, officier qui y commandait. Il mourut dans la première année de son règne et son frère El-Aziz lui succéda.

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Règne d'El-Aziz, fils d'El-Munsour. El-Aziz se trouvait à Djîdjel, où son frère l'avait relegué après l'avoir privé du gouvernement d'Alger, quand le caïd Ali-Ibn-Hamdoun le rappela à la capitale et le fit reconnaître pour souverain. Le mariage d'El-Aziz avec une fille de Makhoukh cimenta alors la paix que

· Pour l'histoire de ce pripce, voy. la continuation de l'Art de vérifier les dates, éd. in-8°, t. II, p. 491. Dans cet ouvrage, on donne å IbnSomadeh le titre de Hocam-ed-Dola (glaive de l'empire).

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le gouvernement hammadite s'empressa de conclure avec les Zenata. Ce monarque jouit d'un règne long et tranquille. Il se plaisait à faire venir des savants chez lui pour les entendre discuter des questions scientifiques.

L'île de Djerba, qu'il avait fait bloquer par sa flotte, se rendit à discrétion et reconnut son autorité. Tunis fut assiégé par ses troupes jusqu'à ce que

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gouverneur, Ahmed-Ibn-Abd-el-Aziz, , fît sa soumission.

Sous le règne d'El-Aziz, les Arabes envahirent le territoire d'El-Calà, au moment où l'on s'y attendait le moins, et ne s'en éloignèrent qu'après avoir saccagé tous les environs et forcé la garnison à s'enfermer dans la ville. Quand cette nouvelle fut connue à Bougie, El-Aziz fit partir un corps de troupes et un convoi d'approvisionnements sous la conduite de son fils Yahya et de son général Ali-Ibn-Hamdoun. L'arrivée de cette armée à El-Calà mit fin au désordre et obligea les émirs arabes à solliciter leur grâce. Yahya leur accorda une amnistie et ramena ses troupes à Bougie.

Ce fut sous le règne d'El-Aziz, en l'an 512 (1118-9), que le Mehdi des Almohades arriva à Bougie, en revenant de l'Orient. Il joua dans cette ville son rôle de réformateur 'd'abus ; mais, ayant été averti que le souverain délibérait sur la nécessité de le punir, il passa chez les Beni-Ourîagol, tribu sanhadjienne qui babitait la vallée de Bougie. Ayant obtenu la protection de ce peuple, il resta quelque temps avec lui et s'établit à Melala où il se mit à enseigner la loi divine. El-Aziz tenta de s'emparer de lui, mais les Beni-Oursagol prirent les armes et continuèrent à défendre leur protégé jusqu'à son départ pour le Maghreb.

El-Aziz mourut en l'an 515 (1124-2).

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Règne de Yahya, fils d'El-Aziz. - Yahya, fils et successeur d'El-Aziz, était d'un caractère mou et efféminé ; il jouit, pourtant, d'un long règne. Dominé par les femmes et entraîné par l'amour de la chasse, il ne songea qu'à s'amuser pendant que l'empire tombait en dissolution et que les tribus sanbadjiennes s'éteignaient successivement autour de lui. Il changea le coinde

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