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Abou-Zeid et son frère Eïça [fils de l'Imam] se réfugièrent dans Tunis après la mort de leur père et y firent leurs études. Ensuite, ils allèrent demeurer à Alger, d'où ils se transportèrent à Miliana.

Lors de la mort de Youçof- Ibn - Yacoub, ils remplissaient dans cette ville les fonctions de cadi, et ce fut vers cette époque qu'ils se rendirent auprès d'Abou-Zîan avec les autres chefs civils et militaires que le gouvernement mérinide y avait installés.

Parmi ces fonctionnaires se trouvait Mendil - Ibn - Mohammed – el – Kinani, personnage dont nous reparlerons dans l'histoire des Mérinides et qui était leur ministre des finances. Mendil, dont le fils avait étudié sous ces deux savants, en fit un si grand eloge en la présence d'Abou-Zîan et d'Abou-Hammou, que celui-ci, étant parvenu à la souveraineté, bâtit pour eux, au Matmar de Tlemcen, un collége1 ayant une maison de chaque côté pour leur servir de logements. Ils y donnèrent des leçons. dans deux grandes salles disposées à cet effet, et, comme ils eurent l'honneur d'être nommés muftis et conseillers d'état, ils obtinrent une haute influence à la cour.

Zirem ayant donc sollicité une amnistie et prié Abou-Hammou de lui envoyer un homme auquel il pourrait se fier pour l'accompagner à Tlemcen, Abou-Zeid-Abd-er-Rahman, l'aîné des deux frères, fut chargé de cette commission. Avant de partir, il obtint du sultan l'autorisation de venger la mort de son père s'il en trouvait l'occasion. Arrivé à Brechk, il reçut tous les jours, matin et soir, la visite de Zîrem; et, ayant enfin mûri ses plans, il réussit, par un coup de trahison, à faire mourir sa victime. Cela eut lieu en l'an 708 (1308-9). Le sultan AbouHammou, étant ainsi devenu maître de Brechk, supprima le conseil des cheikhs et l'indépendance de la ville.

1 Yahya-Ibn-Khaldoun dit que ce collége était situé auprès de la Porte de Cachout et que cette porte était à l'Occident de la ville.

RÉDUCTION D'ALGER ET ABDICATION D'IBN-ALLAN.

HISTOIRE DE CE PERSONNAGE.

La ville d'Alger formait un des gouvernements de l'empire sanhadjien. Elle eut pour fondateur Bologguîn - Ibn- Zîri et, après sa mort, elle servit de résidence à [l'un ou à l'autre de] ses descendants. Plus tard, elle passa sous la domination des Almohades et fut comptée au nombre des villes de l'Ifrîkïa et des deux Maghrebs qui obéissaient à la famille d'Abd-el-Moumen.

Les descendants d'Abou - Hafs étendirent leur domination jusque sur les pays des Zenata, après avoir usurpé le commandement des Almohades, et ils firent de Tlemcen une de leurs places frontières. Yaghmoracen en reçut le commandement pour lui et pour ses enfants, pendant que la famille de Mendîl-IbnAbd-er-Rahman obtint le commandement des plaines qu'occupaient les Maghraoua. Le gouvernement du Ouancherîch et des territoires toudjinides qui en dépendent fut accordé à Mohammed-Ibn-Abd-el-Caouï et à ses enfants. Toute la région située entre ces territoires et la capitale resta sous l'administration de fonctionnaires envoyés de Tunis, et la ville d'Alger eut ainsi pour gouverneur un officier almohade.

En l'an 664 (1265-6), les Algériens cessèrent d'obéir au sultan hafside, El-Mostancer, et, pendant sept ans, ils jouirent tranquillement de leur indépendance. En 671 (1272-3), Abou-Hilal, gouverneur de Bougie, vint les assiéger par l'ordre de ce khalife et il resta sous les murailles de leur ville pendant plusieurs mois avant de se retirer. En 674 (1275-6), Abou-'l-Hacen-IbnYacîn arriva avec une armée almohade 2 et prit Alger d'assaut. Les membres du conseil des cheikhs furent emmenés prisonniers [à Tunis] et ne recouvrèrent la liberté qu'après la mort d'El-Mostancer.

1 Voy. t. 1, p. 372.

* C'est-à-dire hafside. Loc. laud. lisez Abou-'l-Hacen.

La désunion s'étant mise entre les descendants d'Abou-Hafs, l'émir Abou-Zékérïa se rendit maître des provinces qui formaient la frontière occidentale de l'empire et reçut des habitants d'Alger l'assurance de leur fidélité. A cette occasion, il leur donna pour gouverneur Ibn-Akmazîr, le même officier qui exerçait déjà le commandement chez eux. Ce fonctionnaire resta en place jusqu'à un âge très-avancé. Il avait pour homme d'affaires. un cheikh algérien nommé Ibn-Allan auquel il confiait l'exécution de tous ses ordres. La délégation d'un tel pouvoir à cet homme lui ouvrit la voie à la présidence du conseil des cheikhs, position qu'il occupait encore quand son patron cessa de vivre. Aussitôt que cet événement eut lieu, Ibn-Allan forma le projet d'usurper le commandement à Alger, et, ayant fait appeler chez lui, la même nuit, ceux de ses collègues dont il craignait la puissance, il leur fit trancher la tête. Le lendemain, au point du jour, il parut avec les insignes du commandement et se fit proclamer souverain. Une foule de cavaliers et de fantassins, les uns venus des pays éloignés, les autres fournis par la tribu des Thâleba, arabes de la Metîdja, accourut sous ses drapeaux. Ayant bientôt rassemblé un grand nombre d'archers et d'autres troupes, il se trouva assez fort pour repousser les armées qui, à diverses époques, partaient de Bougie pour faire le siége de sa ville. Il châtia aussi les Melikich et leur enleva la perception des impôts dans la plupart des terres de la Metîdja.

Quaud les Mérinides portèrent au loin la terreur de leurs armes et subjuguèrent les provinces orientales da Maghreb central, leur chef, Abou-Yahya-Ibn-Yacoub, mit le siége devant Alger. Ibn-Allan, voyant que la ville allait succomber, s'adressa au cadi Abou-l-Abbas-el-Ghomari qui se rendait à la cour mérinide avec une mission de l'émir [Abou-'l-Baca-]Khaled[, seigneur de Bougie], et le pria d'intercéder pour lui auprès du sultan

1 Dans le texte arabe, le mot wabouho n'offre aucun sens. Peut-être faut-il lire rabouho (ils craignirent).

* A la place du mot lebta, il faut, sans doute, lire li-nadrihi.

Youçof-Ibn-Yacoub. Il l'autorisa en même temps d'assurer à ce monarque que le seigneur d'Alger reconnaîtrait l'autorité du souverain mérinide et le servirait avec le plus grand devouement, pourvu qu'on lui laissât son commandement. En conséquence de cette communication, Youçof fit tenir à son frère, Abou-Yahya, l'ordre de faire la paix avec Ibn Allan.

Ce chef eut ensuite à soutenir un autre siége contre les troupes de l'émir Khaled '; mais il réussit à se maintenir au pouvoir pendant l'espace de quatorze ans. Alors, la fortune commença à le regarder d'un œil menaçant et l'adversité concentra ses forces afin de l'accabler. Le sultan Abou- Hammou rentra à Tlemcen après avoir soumis le pays des Toudjîn, donné le gouvernement du Ouancherich à Youçof-Ibn-Habboun-el-Hoouari, et celui du pays des Maghraoua à l'affranchi Moçameh; puis, en l'an 712 (1312-3), il alla prendre position dans le territoire de Chelif, pendant que Moçameh se portait en avant pour faire la conquête de la Metîdja. Ibn-Allan s'enferma dans Alger, soutint un long siége, jusqu'à ce qu'il eut épuisé ses vivres, et capitula alors à des conditions qu'il dicta lui-même. De cette manière, Alger fut annexé à l'empire d'Abou-Hammou.

Ibn-Allan partit avec Moçameh pour trouver le sultan, qui se tenait encore dans le territoire de Chelif, et il se rendit à Tlemcen dans la suite de ce prince. On lui assigna cette ville pour résidence et, jusqu'à sa mort, on observa fidèlement toutes les conditions qu'il s'était fait accorder.

LE SEIGNEUR DU MAGHREB [-EL-ACSA] ENTREPREND UNE EXPÉDITION

CONTRE TLEMCEN.

Sous le règne du sultan mérinide Abou-'r-Rebià, un de ses parents, nommé Abd-el-Hack-Ibn-Othman, se mit en révolte à Fez, et le cheikh mérinide, El-Hacen-Ibn-Ali-Ibn-Abi-'t-Talac, lui

↑ Abou-'l-Baca le hafside; voy. t. п, p. 426.

prêta le serment de fidélité à l'instigation du vizir Rahhou-IbnYacoub1. Les insurgés s'emparèrent ensuite de Tèza et, sachant que l'armée du sultan approchait, ils firent demander des secours à Abou-Hammou; mais, avant de pouvoir terminer leurs préparatifs de résistance, ils durent abandonner la place aux troupes d'Abou-'r-Rebiâ et s'enfuir à Tlemcen. S'étant alors adressé au sultan abd-el-ouadite, ils le prièrent de les aider à conquérir le Maghreb-el-Acsa, en lui promettant qu'alors ils opposeraient une barrière aux expéditions que les Mérinides voudraient diriger contre Tlemcen. Sur ces entrefaites, Abou'r-Rebiâ mourut et son successeur, Abou-Saîd-Othman, exigea d'Abou-Hammou l'extradition des fugitifs, et, bien que ce prince les eût aidés à passer en Espagne, pour ne pas trahir les droits de l'hospitalité, il ferma les yeux sur ce procédé et conclut même un traité de paix avec celui qui en fut l'auteur.

Quelque temps après, Yaïch, fils de Yacoub-Ibn-Abd-el-Hack, découvrit que ses ennemis travaillaient à le perdre dans l'esprit de son frère, le sultan Abou-Saîd, et chercha un asile dans Tlemcen. Abou-Hammou le prit sous sa protection et, par cet acte, il mécontenta tellement Abou-Said qu'en l'an 714 (1344-5), ce monarque conduisit une armée contre la capitale abd-el-ouadite. L'émir Abou-Ali [-Omar], fils d'Abou-Said, marcha en tête avec l'avant-garde. Ils pénétrèrent ainsi dans les états d'AbouHammou en y répandant la dévastation, et, après avoir assiégé et serré de très-près la ville d'Oudjda, ils passèrent outre et se dirigèrent sur Tlemcen. Aussitôt qu'ils se montrèrent devant cette place forte, [Abou-Hammou-] Mouça se mit à l'abri de ses remparts et laissa toutes les plaines des environs exposées à la fureur de l'ennemi. Les troupes d'Abou-Said commencèrent alors

+ Le texte arabe offre, de plus, ces mots : Ainsi que nous l'avons déjà raconté dans l'histoire de ce peuple. Comme l'histoire des Mériuides termine l'ouvrage, il faut regarder ce chapitre comme un de ceux que l'auteur y inséra plus tard. A l'appai de cette conjecture, on pent citer certains renseignements qui s'y trouvent et qui manquent dans le chapitre consacré au règne d'Abou-Said.

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