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celles de ses compagnons furent envoyées à Yaghmoracen, fils de Zion-Ibu-Thabet, et ce chef, dont la soif de vengeance n'était pas encore assouvie, les substitua aux grosses pierres qui servaient à soutenir sur le feu la marmite de sa tente. En conséquence de ces événements, les Beni-Ghommi, accompagnés de leur chef, Abd-Allah, fils de Kendouz, quittèrent le pays et se rendirent à Tunis, auprès de l'émir hafside, Abou-Zékérïa. Les Abd-el-Ouad, dont le commandement passa alors entre les mains de Djaber, fils de Youçof-Ibn-Mohammed, continuèrent à habiter les plaines du Maghreb central jusqu'à l'époque où la puissance de la dynastie almohade commençait à décliner.

Yahya-Ibn-Ghania s'étant alors emparé des provinces de Cabes et de Tripoli, fit de fréquentes incursions dans les plaines de l'Ifrîkïa; pénétrant à l'improviste dans les villes, il les mit en ruine et, parcourant les campagnes, il y répandit la dévastation. Dans une de ces courses, il ravagea le territoire des Zenata, tua leurs émirs, pilla Tlemcen, Oran et d'autres villes du Maghreb central. Il s'acharna tellement sur Téhert par des incursions, par des enlèvements de caravanes et par la destruction des moissons qu'il réduisit cette ville à la dernière misère; de sorte qu'après la trentième année du septième siècle, les ruines mêmes en avaient disparu.

A l'époque où vivait Ibn-Ghania, Tlemcen était une des localités qui possédaient une garnison almohade, et elle servait de résidence à un prince de la famille royale, chargé de la défense de la province et du maintien de l'ordre. Le sultan El-Mamoun en avait confié le commandement à son frère, le cîd Abou-Said, mais ce prince négligea totalement l'administration du pays et se laissa mener aveuglément par un cheikh de la tribu des Koumïa, nommé El-Hacen-Ibn-Habboun, qui était alors gouverneur du territoire [de Tlemcen]. Ce fonctionnaire nourrissait depuis longtemps une haine profonde contre les Beni-Abd-el-Ouad à cause de la domination qu'ils exerçaient sur les autres tribus et, voulant gratifier sa rancune, il persuada au cid Abou-Saîd

1 Après le verbe r'aleb, il faut insérer le mot alaihi.

d'emprisonner plusieurs cheikhs abd-el-ouadites qui lui étaient venus en députation. Il se trouvait alors en garnison à Tlemcen une compagnie de troupes almoravides que le gouvernement almohade avait épargnées et qu'Abd-el-Moumen avait fait inscrire de nouveau sur les contrôles de l'armée. Leur capitaine, Ibrahim-Ibn-Ismail-Ibn-Allan, intercéda en faveur des détenus et, voyant repousser sa prière, il écouta les inspirations de la fierté blessée, et résolut de se déclarer pour Ibn - Ghanîa, prince de sa nation, restaurateur de l'empire almoravide. Sans perdre un instant, il tua Ibn-Habboun, se saisit du cîd AbouSaid, délivra les Abd-el-Ouadites et répudia l'autorité d'ElMamoun. Ceci se passa en l'an 624 (1227). Ibn-Ghanîa, averti de ce mouvement par un courrier, était parti en toute hâte pour Tlemcen, quand Ibn-Allan forma le projet de briser la puissance des Abd-el-Ouad afin de consolider la sienne, et, pour y parvenir, il invita tous les cheikhs de cette tribu à un festin afin de les assassiner. Djaber-Ibn-Youçof, auquel Ibn-Allan avait promis une réception magnifique et le rang de vizir, découvrit le piége et, sans laisser paraître la moindre méfiance, il attendit que l'officier almoravide vint à sa rencontre pour le frapper à mort, s'élancer dans la ville et y proclamer de nouveau la souveraineté d'El-Mamoun. Les habitants, auxquels il dévoila la trahison d'Ibn-Allan, qui avait eu l'intention de les livrer à IbnGhania, lui prodiguèrent des remercîments et renouvellèrent le serment de fidélité envers le sultan almohade. Djaber rassembla alors tous les Abd-el-Ouad, ainsi que leurs confédérés, les BeniRached, et envoya un messager à El-Mamoun pour lui faire connaître ce qui venait de se passer. Le sultan lui en témoigna sa satisfaction par l'envoi d'un diplôme qui le constituait gouverneur de Tlemcen et de tout le pays des Zenata, charge qui, jusqu'alors, avait été confiée aux seuls princes du sang royal. De cette manière, Djaber établit son autorité sur le Maghreb central et posa les premiers gradins d'une échelle qui devait servir à ses enfants pour monter sur le trône. Etant allé, l'an 629 (1231-2), a Nedroma, pour en faire le siége, il fut blessé à mort par une flèche tirée au hasard.

El-Hacen, son fils et successeur, fut confirmé dans le gouvernement de Tlemcen par le sultan El-Mamoun; mais, s'étant aperçu, au bout de six mois, qu'il n'avait pas assez de force pour bien exercer le commandement, il céda toute l'autorité à son oncle, Othman-Ibn-Youçof. Le caractère dur et tyrannique du nouveau gouverneur indisposa les habitants et, vers l'an 631 (1233-4), il se fit chasser de la ville.

Zekdan-Ibn-Zian-Ibn-Thabet, surnommé Abou-Ezza, cousin du précédent, prit alors le commandement sur l'invitation du peuple. Il soumit à son autorité les contrées voisines et réunit toutes les tribus zenatiennes sous ses ordres. Les Beni-Motahher, jaloux de la haute puissance que Dieu avait bien voulu accorder à Zekdan et à ses prédécesseurs, se mirent en révolte contre lui et leurs frères, les Beni-Ali, et appelèrent à leur secours les Beni-Rached-Ibn-Mohammed, tribu avec laquelle ils étaient en confédération depais l'époque où ils vivaient ensemble dans le Désert. Abou-Ezza se fit soutenir par toutes les autres branches de la tribu d'Abd-el-Ouad et livra plusieurs combats aux révoltés. Dans ces rencontres, la fortune se déclarait pour chaque parti alternativement, jusqu'à l'an 633 (1235-6), quand AbouEzza perdit la vie.

Son frère, Yaghmoracen-Ibn-Zian se chargea du commandement, avec l'approbation de toutes les tribus abd-el-ouadites. Les villes [du Maghreb central] s'empressèrent de lui obéir et le khalife almohade, Er-Rechîd, lui expédia un diplôme qui le confirmait dans le gouvernement de Tlemcen. Tel fut le premier pas Yaghmoracen vers un trône sur lequel ses descendants ont continué à siéger jusqu'à nos jours.

HISTOIRE DE TLEMCEN DEPUIS LA CONQUÊTE MUSULMANE JUSQU'A L'ÉTABLISSEMENT DE LA DYNASTIE ABD-KL-QUADITE.

Tlemcen, capitale du Maghreb central et métropole des états zenatiens, eut pour fondateurs les Beni-Ifren, dans l'ancien territoire desquels il est effectivement situé. Nos renseignements à

ce sujet ne remontent pas plus loin', car on doit regarder comme indigne de foi ce que racontent quelques habitants de Tlemcen, hommes du vulgaire, qui disent : « Notre ville est d'une haute >> antiquité, car on voit encore, dans le quartier d'Agadîr, la » muraille dont il est question dans le chapitre du Coran qui

Le nom de l'établissement romain de Tlemsên a été, jusqu'en ces derniers temps, environné d'une grande incertitude. Quelques écrivains, peu scrupuleux en fait d'étymologie, avaient avancé que Tlemsén représentait Timici, colonie que Pline dit être, avec Tigara, la cité la plus importante de son temps dans l'intérieur de la Mauritanie césarienne. Le docteur Shaw a combattu le rapprochement fait entre Timici et Tlemsên, rapprochement qui n'avait d'autre base, comme il l'observe très-bien, qu'une vague consonnance de nom. Mais le savant anglais, faisant, d'un autre côté, beaucoup trop de fond sur le travail de Ptolémée, voit dans Tlemsên la Lanigara du géographe d'Alexandrie. Quant à d'Anville, influencé par le souvenir des splendeurs royales de la riche capitale du Benou-Zian, il a voulu identifier Tlemsên avec la station Regiæ de l'itinéraire d'Antonin.

Tlemsen n'est ni Timici Colonia, représenté par Aïn-Temouchent, ni Lanigara, que la discussion critique des Tables ptoleméennes montre être le Château d'Islî, ni Regiœ que les distances placent à Timsiouine, sur l'Oued-Herienet.

Mais deux inscriptions trouvées sur les lieux mêmes, une borne milliaire extraite des fouilles de La Maghnia, établissent d'une manière indubitable que Tlemsên avait reçu des Romains le nom de Pomaria, la ville des vergers et des fruits, la ville des pommiers, pour prendre le mot dans l'acception que lui donne Pline, le plus savant des naturalistes latins. C'est ce même nom auquel les copistes ont donné, dans toutes les éditions de Ptolémée, la forme si singulière de Mniaria, et qu'une autre erreur de lecture a fait écrire dans la liste des évêchés d'Afrique, Pamaria. L'Itinéraire d'Antonin ne connaît pas le nom de Pomaria et assigne pour point de départ à la grande voie qui allait aboutir à Rusuccurus (Dellîs), la position de Kala. Or, ce point de départ répond bien à Ilemsên, et la dénomination de Kala est restée et à un petit faubourg de la ville et au ravin qui longe le flanc oriental de l'ancien établissement romain dont l'assiette est encore parfaitement visible. Appelé Aguadir par les Berbères, il forma le noyau de la primitive ville moderne et finit par se trouver enfermé dans cette vaste enceinte qui enveloppait aussi lagrart, dont le point de départ fut, sans doute, le village fondé par les Beni-Ifren. Peut-être, est-ce tout bonnement là la vraie signification du Tlemsén qui réunit les deux (villes)?

O. MAC-CARTHY.

» renferme l'histoire d'El-Khidr et de Moïse.» Il est difficile d'admettre cette assertion: Moïse ne quitta jamais l'Orient pour se rendre en Maghreb [l'occident], et le royaume des enfants d'Israël ne s'étendait pas jusqu'à l'Ifrîkïa et encore moins jusqu'aux pays situés au-delà de cette contrée. Il faut donc regarder ce renseignement comme une fable provenant de l'esprit inné de partialité qui porte les hommes à exalter leur ville natale, le pays d'où ils tirent leur origine, la science qu'ils cultivent, le métier qu'ils exercent. Nous n'avons rien trouvé de plus ancien au sujet de cette ville qu'une indication fournie par Ibn-erRakîk 2: cet historien raconte qu'Abou-'l-Mohadjer, l'émir chargé du gouvernement de l'Ifrîkïa pendant l'intervalle qui séparait les deux périodes de l'administration d'Ocba - Ibn-Nafé, pénétra dans les régions du Maghreb jusqu'à Tlemcen et que les sources situées auprès de cette ville et appelées Oïoun-el-Mohadjer furent ainsi nommées en souvenir de lui. Et-Taberi fait aussi mention de Tlemcen en parlant d'Abou-Corra l'ifrenide et de l'expédition que ce chef, soutenu par Abou-Hatem et les Kharedjites, dirigea contre Omar-Ibn-Hafs, lequel s'était enfermé dans la ville de Tobna. Il dit : « Alors on leva le siége et Abou>> Corra s'en retourna dans les contrées qu'il habitait aux envi>> rons de Tlemcen. » Ibn-er-Rakîk parle encore de cette ville en racontant l'histoire d'Ibrahim-Ibn-el-Aghleb dans les temps qui précédèrent l'usurpation du trône de l'Ifrîkïa par cet émir:

dans cette expédition, dit-il, il envahit le Maghreb et mit le » siége devant Tlemcen. »>

Le nom de Tlemcen [Tilimçan] est composé de telem et de sin, mots qui, dans l'idiome des Zenata, signifient elle est composé de deux [choses], c'est-à-dire de la terre et de la mer 3.

Voy. Coran, sourate 18, versets 76 et suivants.

2 Voy. t. 1, p. 292, note 3.

Selon un autre historien arabe, frère de notre auteur, les mots telem san signifient elle réunit deux choscs, c'est-à-dire le Désert et le Tell. Cette explication est assez plausible, mais il ne faut pas oublier que les Arabes étaient tout aussi habiles que les Grecs quand il s'a

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