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bats, il réussit à surprendre, de nuit, le camp de Zîri, qui s'était posté près d'Azîla, et à lui tuer beaucoup de monde.

Ibn-Abi-Amer, voulant surveiller de près les opérations de son général et lui expédier des renforts, quitta Cordoue à la tête d'une armée, se rendit à Algésiras et dressa son camp auprès du port où l'on s'embarque pour l'Afrique. Il envoya alors chercher son fils Abd-el-Mélek-el-Modaffer, qu'il avait laissé à EzZahera en qualité de lieutenant-général, et, lui ayant adjoint les premiers dignitaires de l'empire ainsi que plusieurs chefs militaires pour compléter sou cortége, il le fit passer en Afrique et repartit lui-même pour Cordoue. La nouvelle de l'arrivée d'ElModaffer en Maghreb se répandit avec une grande rapidité et produisit le meilleur effet tous les princes berbères qui, jusqu'alors, avaient soutenu Zîri, s'empressèrent d'accourir auprès du fils d'El-Mansour et jouir d'un accueil tellement bienveillant que jamais chose pareille ne s'était vue.

El-Modaffer se porta à Tanger où il opéra sa jonction avec Ouadeh, et il y passa quelque temps afin d'organiser l'armée. Quand tous ses préparatifs furent terminés, il se mit en marche à la tête d'une multitude innombrable et, arrivé sur le bord du Mena, dans la province de Tanger, il découvrit l'armée de Ziri qui avançait à sa rencontre. Dans le mois de Choual 388 (octobre 998), eut lieu une bataille des plus acharnées : les partisans d'El-Modaffer commencèrent même à craindre une défaite, mais leur chef demeura inébranlable. Quand le tumulte du combat était au plus fort, un des serviteurs de Zîri, mu par un sentiment de vengeance, profita de la confusion pour lui porter trois coups de lance qui le blessèrent grièvement au cou. Il partit aussitôt à bride abattue pour annoncer cette nouvelle à ElModaffer. Comme l'étendard de Zîri était encore debout, le prince traita le transfuge de menteur; puis, ayant appris la

1 Palais magnifique bâti par El-Mansour à quatre lieues Est de Cordoue.

• Variante: Meta, Meti. Dans l'édition imprimée du Cartas, on lit El-Mena.

vérité du fait, il chargea sur l'ennemi, le mit en pleine déroute et en fit un grand carnage. Le camp de Ziri et les richesses immenses qu'on y avait déposées tombèrent au pouvoir du vainqueur.

Ziri, grièvement blessé, fut transporté à Fez par un petit nombre de ses partisans, échappés au désastre, et, ne pouvant s'y faire admettre, il consentit à s'en aller quand les habitants lui auraient remis son harem. Il partit alors avec les femmes de sa famille et courut au Désert pour échapper aux troupes qui le poursuivaient. Ses états rentrèrent tous au pouvoir des Oméïades. El-Mansour apprit la nouvelle de cette victoire par une dépêche que son fils lui envoya, et il en ressentit une telle satisfaction qu'il rendit à Dieu des actions de grâce, distribua d'abondantes aumônes, affranchit une foule d'esclaves et envoya à son fils Abd-el-Mélek-el-Modaffer le diplôme de gouverneur du Maghreb.

El-Modaffer rétablit bientôt l'ordre dans le pays et en mit les frontières à couvert d'insulte; il envoya des fonctionnaires du gouvernement dans les provinces et expédia Mohammed, fils de Hacen-Ibn-Abd-el-Ouédoud, à Tedla avec un gros détachement de la milice. A Hamîd-Ibn-Yesel, il donna le gouvernement de Sidjilmessa. Tous ces officiers se rendirent dans leurs provinces respectives et en envoyèrent les impôts (kharadj) au gouverneur en chef, après avoir reçu la soumission des habi

tants.

Dans le mois de Djomada [premier] 389 (avril-mai 999), ElMansour rappela son fils et nomma Ouadeh gouverneur du Maghreb. Ce général administra avec autant de fermeté que d'intégrité; mais, dans le mois de Ramadan de la même année (août-sept.), il fut remplacé par son neveu Obeid-Allah-IbnYahya. Celui-ci eut pour successeur Ismaïl-Ibn-el-Bouri qu'ElMansour remplaça, plus tard, par Abou-'l-Ahouas-Megguen-IbnAbd-el-Azîz-et-Todjîbi. Après la mort d'El-Mansour, son fils Abd-el-Mélek-el-Modaffer rappela El-Moëzz, fils de Ziri, du Maghreb central où il s'était réfugié, l'établit dans Fez et lui remit le commandement que Zîri avait exercé.

Reprenons l'histoire de Zîri-Ibn-Atïa après s'être remis du grave échec qu'El-Modaffer lui avait fait éprouver, Zîri resta dans le Désert, où il avait rassemblé ses partisans maghraouiens, - et, là, il apprit qu'une révolte avait éclaté dans l'empire sanhadjien Makcen-Ibn - Zîri-Ibn-Menad et ses frères venaient de s'insurger contre l'autorité de leur neveu', Badîs, qui était monté sur le trône après la mort de son père, El-Mansour-Ibn-Bologguîn. Cette nouvelle suffit pour diriger son attention vers le pays des Sanhadja et pour lui inspirer l'idée d'y pénétrer à l'improviste. Il fit donc une irruption dans le Maghreb central et bloqua Itouweft, fils de Bologguîn, dans Téhert. Badîs quitta Cairouan pour aller au secours de son oncle; mais, en passant par Tobna, il trouva que Felfoul-Ibn-Said-Ibn-Felfoul s'était aussi mis en révolte. Par son départ [de Cairouan], il avait fourni à ce chef l'occasion d'envahir l'Ifrikia et se vit lui-même obligé de rebrousser chemin afin de combattre le chef rebelle. Nous devons faire observer que Said-Ibn-Khazroun, père de Felfoul, s'était réfugié en Ifrîkïa et avait obtenu d'El-Mansour-Ibn-Bologguîn le gouvernement de Tobna. Badis marcha donc contre Felfoul et et envoya Hammad-Ibn-Bologguin avec un corps de troupes sanhadjiennes contre Zîri-Ibn-Atïa. Les deux armées en vinrent aux mains dans la vallée du Minas, auprès de Téhert, et les Sanhadja essuyèrent une défaite qui leur coûta la perte de leur camp et de plusieurs milliers d'hommes.

A la suite de cette victoire, Zîri s'empara de Téhert, de Tlemcen, de Chelif, de Ténès et d'El-Mecîla, villes dans lesquelles il fit aussitôt célébrer la prière au nom de Hicham-el-Mowaïed et de son chambellan El-Mansour-Ibn-Abi-Amer. Ensuite, il marcha à la poursuite des Sanhadja et mit le siége devant Achîr, [ancienne] capitale de leur royaume.

Il prit alors sous sa protection Zaoui, fils de Zîri-Ibn-Menad et les autres chefs sanhadjiens qui s'étaient révolté contre Badîs et il écrivit à El-Mansour[-Ibn-Abi-Amer] une lettre dans laquelle

Voy. t. II, p. 16.

il demandait à rentrer en grâce et à donner des otages; promettant de servir loyalement, s'il voulait bien lui accorder encore le gouvernement du Maghreb. Ensuite, il exprimait le désir que les frères Zaoui et Halal eussent l'autorisation de se rendre à la cour de Cordoue. El-Mansour y donna son consentement et ces princes arrivèrent chez lui, l'an 390 (1000). Abou-'l-Behar, l'autre frère, sollicita aussi la permission de se rendre en Espagne et il y envoya plusieurs messagers chargés de rappeler ses anciens services au souvenir d'El-Mansour-Ibn-Abi-Amer; mais ce ministre n'avait pas encore oublié la défection du chef sanhadjien et se borna de lui répondre qu'il verrait plus tard.

L'an 391 (1001), Zîri tomba malade sous les murs d'Achîr et leva le siége avec l'intention de rentrer dans son pays, mais il eessa de vivre avant d'y arriver. Les membres de la famille Khazer et tous les Maghraoua reconnurent alors pour chef son fils El-Moëzz. Dans le commencement de son règne, ce prince s'occupa uniquement de la guerre contre les Sanhadja; mais, ensuite, il répondit à l'invitation d'El-Mansour-Ibn-Abi-Amer et se rallia franchement aux Amerites, partisans de ce ministre. Il s'était attiré toute la bienveillance de cette faction, quand ElMansour mourut. Alors il offrit à Abd-el-Mélek-el-Modaffer, fils d'El-Mansour, une forte somme d'argent pour se faire nommer gouverneur du Maghreb, et il ajouta que, pour garantir sa fidélité, il enverrait à Cordoue, comme otage, son fils Moannecer. El-Modaffer agréa cette proposition et chargea son vizir, AbouMohammed-Ali-Ibn-Hadlem, de porter au nouveau gouverneur le diplôme de sa nomination. Voiei le texte de cette pièce :

« Au nom de Dieu le miséricordieux, le clément! Que la bé» nédiction divine soit sur notre seigneur Mahomet! De la part >> du chambellan El-Modaffer [le triomphant] Abd-el-Mélek-Ibn>> -el-Mansour-Ibn-Abi - Amer, l'épée de l'empire de l'imam » et khalife, Hicham-el-Mowaïed-biliah, émir des croyants, » que Dieu prolonge l'existence de ce monarque! A tous les >> habitants de la double ville de Fez et à tous les peuples du » Maghreb; que Dieu leur accorde sa protection! Nous prions » Dieu pour votre prospérité, pour votre salut et pour le bien

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» de votre religion. Louanges soient rendus à Dieu qui sait tout » ce qui est caché, qui pardonne aux péchés et qui tourne à » son gré les cours des hommes! Louange au Tout-Puissant >> qui donne la vie, qui la reprend et qui fait ce qu'il veut! » Louange à Celui dont l'ordre ne trouve point d'opposi>>tion et dont la sentence n'admet point d'appel! C'est à lui » seul qu'appartient le royaume et le commandement; le bien et » le mal sont dans sa main. C'est lui que nous adorons; c'est » à lui que nous demandons secours1 ! Quand il décide qu'une » chose arrive, il n'a qu'à dire sois! et elle est?! Que Dieu » répande ses bénédictions sur Mahomet, seigneur de ses en» voyés, sur la famille de Mahomet pure de tout péché, et sur » tous les prophètes et apôtres divins! Que le salut soit aussi >> à vous tous !

<< Considérant qu'El-Moëzz, fils de Zìri-Ibn-Atïa, que Dieu » l'exalte! nous a envoyé des messagers et des lettres, à plu» sieurs reprises, afin de se disculper de certains actes qu'une » dure nécessité l'avait forcé de commettre, et afin d'obtenir le >> pardon de certaines fautes dont les mauvaises suites ont été >> réparées par les bons effets de son repentir; - car le repentir >> efface le péché, et l'acte de demander pardon écarte la répri>> mande; considérant aussi que Dieu, lorsqu'il veut une >> chose, en rend l'exécution facile et que souvent vous repous» sez des choses qui seraient à votre avantage3; — considé>> rant encore qu'El-Moëzz a promis d'obéir fidèlement, de >> marcher dans la voie droite, d'agir avec sincérité, de rendre » d'utiles services et de n'exiger qu'une modique subvention, Par ces motifs, nous l'avons chargé de veiller à vos intérêts >> et nous lui avons imposé l'obligation d'agir envers vous selon » la justice, de vous délivrer de l'empire de l'oppression, de » pourvoir à la sûreté de vos routes, de favoriser les hommes de

Coran, sourale 1, verset 4.

2 Coran, sourate п, verset 141.

3 Coran, sourale I, verset 213.

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