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l'envi et, dans la confusion qui en résulta, quelques officiers ketamiens et sanhadjiens se saisirent de Yala et le tuèrent à coups de lance. Le sang de ce chef étant ainsi retombé sur deux puissantes tribus, il n'y avait pas moyen de le venger. Djouher dévasta la ville d'Ifgan et, levant alors le masque tout-à-fait, il poursuivit les Zenata avec acharnement. Quelques historiens disent que Djouher revenait de son expédition contre Téhert quand il fit la rencontre de Yala; ils ajoutent qu'il le tua dans les environs du Chelif.

La confédération des tribus ifrenides se brisa par suite de cet événement et leur domination fut anéantie. Plus tard, ils se rallièrent, dans le Maghreb, autour de Yeddou, fils de Yala, ainsi que nous le raconterons ailleurs. Une partie considérable du peuple ifrenide passa en Espagne où nous la retrouverons tantôt.

La puissance des Beni-Ifren se releva à Fez par les efforts de la postérité de Yala et se consolida ensuite à Salé. Plusieurs princes ifrenides régnèrent dans cette ville, ainsi que nous allons. le raconter.

SECOND EMPIRE IFRENIDE. ROYAUME DE CHALA.

En l'an 347 (958-9), après l'assassinat de Yala-Ibn-Mohammed et la ruine de la coalition ifrenide, Yeddou, fils de Yala, traversa le Maghreb-el-Acsa, se réfugia dans le Désert pour échapper à Djouher et ne sortit de sa retraite qu'après le départ du général fatemide pour l'Ifrika. Selon un autre récit, il fut emmené prisonnier par Djouher, mais il parvint à effectuer son évasion. Il rallia alors autour de lui les débris de son peuple.

En quittant le Maghreb, Djouher établit dans Basra El-HacenIbn-Kennoun l'idricite, chef des Beni-Mohammed, pour commander aux fdricides qui s'étaient retirés dans le Rif et le pays des Ghomara. En l'an 350 (961-2), Ibn-Kennoun défit les troupes de Mohammed-Ibn-Cacem-Ibn-Tamlès, vizir auquel le nouveau

Notre auteur, dans son chapitre sur les Idricides du Rîf, place l'expédition d'Ibn-Tamlès, ou Tamellès, en l'an 352. Voy. t. 11, p. 149.

souverain oméïade, El-Hakem-el-Mostancer, avait donné l'ordre de traverser le Détroit et de soumettre le Maghreb. Quand IbnTamlès fut rentré en Espagne, El-Hakem envoya en Afrique une seconde armée sous la conduite de l'affranchi Ghaleb. Les instructions de ce général porta:ent qu'il devait soumettre le Maghreb et déraciner les derniers restes de la puissance des Idricides. Cette famille perdit alors ses états, et tous ses membres furent déportés en Espagne, l'an 365 (975-6). Quand Ghaleb eut établi la suprématie des Oméïades dans le Maghreb, il reçut d'El-Hakem l'ordre de rentrer en Espagne et d'aller prendre la défense de la Frontière. Yahya - Ibn - Mohammed-Ibn-Hachem - et -Todjîbi, ex-commandant de la Frontière Supérieure (Aragon), lequel avait conduit la légion arabe et les garnisons des forteresses [espagnoles] au secours de Ghaleb, obtint alors le gouvernement du Maghreb. A l'époque où El-Hakem tomba en paralysie, la puissance des Oméïades s'affaiblit dans le Maghreb, et l'Espagne eut besoin de toutes ses troupes afin de couvrir ses frontières et d'en repousser l'ennemi [chrétien). Le chambellan El-Mashafi se vit donc obligé de rappeler Et-Todjîbi et de confier le gouvernement du Maghreb à Djåfer-Ibn-Ali-İbnHamdoun, ex-émir du Zab et d'El-Mecîla, lequel avait abandonné le parti des Fatemides pour celui des Oméïades. Cette nomination eut un double avantage : elle assurait à l'empire les services d'un officier distingué et garantissait le pays contre ses tentatives ambitieuses. En cas de revers, le khalifat des Oméïades ne pouvait avoir rien à craindre des Berbères, peuple accablé par le malheur, affligé par de rudes épreuves et dont une portion considérable se trouvait déjà réunie à Cordoue [sous le drapeau du souverain]. Djâfer et son frère revêtirent leurs robes d'investiture et partirent pour le Maghreb, emportant avec eux des sommes considérables et une quantité de pelisses magnifiques qu'ils devaient distribuer [comme emblèmes d'autorité] aux princes africains. Arrivé à sa destination, l'an 365 (975-6), Djåfer prit le commandement et s'entoura des chefs des tribus zenatiennes. Parmi ces grands personnages, on compta YeddouIbn-Yala, émir des Beni - Ifren, son cousin Noubakht - Ibn

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Abd-Allah-Ibn-Bakkar, Mohammed-Ibn-el-Kheir-Ibn-Khazer, Bekças - Ibn-Séïd -en - Nas, cousin du précédent, Zîri - IbnKhazer, Zîri - Ibn - Atïa - Ibn - Tebadelt, Mocatel – Ibn – Atïa, frère du précédent, Khazroun-Ibn-Mohammed et Felfoul-IbnSaid, tous émirs de tribus maghraouiennes. On y remarqua, de plus, Ismail-Ibn-Bouri, émir des Miknaça, son cousin Mohammed-Ibn-Abd-Allah-Ibn-Medîn et Khazroun-Ibn-Mohammed-elAzdadji. De tous ces chefs, Yeddou-Ibn-Yala fut le plus puissant et parut le plus dévoué aux Oméïades.

Après la mort d'El-Hakem et l'avènement de Hicham-elMouwaïed, l'administration de l'empire oméïade se concentra entre les mains du grand chambellan Mohammed-Ibn-Abi-Amer [el-Mansour]. S'étant décidé à n'occuper qu'un seul point du continent africain, ce ministre fut à peine dans l'exercice du pouvoir, qu'il installa dans Ceuta une garnison composée [d'une partie] de la milice du sultan et commandée par des officiers appartenant à l'empire. Plusieurs fonctionnaires, les uns hommes d'épée, les autres hommes de plume, et tous redevables de leur fortune à l'état, furent chargés du service de la place, pendant que les princes zenatiens devaient maintenir dans l'obéissance tout le pays du dehors. Ibn-Abi-Amer envoya fréquemment à ces chefs des gratifications et des robes d'honneur; il les accueillit avec de grands honneurs chaque fois qu'ils se rendaient à la cour, et il inscrivit volontiers sur les rôles de l'armée tous ceux qui désiraient entrer au service du sultan. Ces guerriers montrèrent, en conséquence, un dévouement parfait à la dynastie oméïade et firent tous leurs efforts pour étendre sa puissance.

L'émir Yahya s'étant alors brouillé avec son frère Djåfer, lui enleva la majeure partie de ses troupes et forma de la ville de Basra un commandement séparé. Djåfer alla faire la guerre sainte en combattant les Berghouata et essuya une défaite. Rappelé par Ibn-Abi-Amer, qui appréciait beaucoup sa droiture et

Ou, plus correctement, Medyen.

* Voy. t. 1, p. 557.

qui cherchait à s'en faire un appui, Djâfer s'y refusa d'abord à cause de certains désagréments qu'il avait déjà éprouvés en Espagne de la part d'El-Hakem ; mais, ensuite, il y donna son consentement, laissa le commandement du Maghreb à son frère et traversa le Détroit. La haute distinction avec laquelle le chambellan accueillit son arrivée excita l'émulation des chefs zenatiens tous recherchèrent à l'envi la faveur de la cour et tous s'empressèrent de lui témoigner leur dévouement.

En l'an 366 (976-7), Khazroun-lbn-Felfoul alla s'emparer de Sidjilmessa et achever la ruine de la dynastie des Midrar1. IbnAbi-Amer le récompensa de ce service en le nommant gouverneur de la ville conquise.

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En l'an 369 (979-80), Bologguîn-Ibn-Zîri, lieutenant-général des Fatemides en Ifrikïa, entreprit sa grande expédition en Maghreb. Pour arrêter son progrès, Ibn-Abi-Amer se transporta de Cordoue à Algésiras, où il fit embarquer beaucoup de troupes et cent charges d'or tirées du trésor public. Djâfer-Ibn-Ali traversa le Détroit et, arrivé à Ceuta, il rassembla tous les princes zenatiens autour du drapeau oméïade. A la vue de cette armée, Bologguîn s'éloigna et porta la guerre chez les Berghouata. Il combattit ce peuple jusqu'à l'an 373 (983-4), quand la mort vint mettre un terme à sa carrière. Djâfer s'en retourna auprès d'IbnAbi-Amer qui ne pouvait plus se passer de lui.

Sur ces entrefaites, Hacen-Ibn-Kennoun quitta le Caire et se rendit en Ifrikïa, avec une lettre dans laquelle le khalife fatemide, El-Azîz-Nizar, fils d'El-Moëzz-Mâdd, invita Bologguîn, seigneur de ce pays, à fournir des troupes et de l'argent au porteur et à le soutenir contre les princes du Maghreb 3. Ayant reçu [à Cairouan, du lieutenant] de Bologguin les moyens de continuer sa route, avec une forte somme d'argent et la promesse d'une autre bien plus considérable, il pénétra dans ie Maghreb, où il

3

1 Voy. t. 1, p. 265. Voy. t. I, p. 44.

3 Voy. t. II, p. 152.

trouva l'autorité oméïade solidement établie. Ce fut à cette époque que Bologguîn mourut. El-Mansour, fils et successeur de ce prince, eut trop à faire pour s'intéresser à Ibn-Kennoun qui venait d'appeler les Berbères sous son drapeau.

En l'an 375 (985-6), Ibn-Abi-Amer ordonna à son cousin, Amr-Ibu-Abd-Allah, surnommé Askéladja, d'aller étouffer cette révolte, et, afin de mieux surveiller les opérations de ce chef, il le suivit jusqu'à Algésiras. Hacen-Ibn-Kennoun fut cerné par les troupes oméïades et se vit obligé à demander grâce. Askéladja la lui promit et le fit partir pour Cordoue; mais Ibn-Abi-Amer, s'étant rappelé combien de fois le prisonnier avait violé sa parole, ne crut pas convenable de valider l'engagement pris par son général et se fit apporter la tête du malheureux idricite. Telle fut la fin de la dynastie fondée par Idrîs. Askéladja fut trèsoffensé du procédé de son cousin et, pour se soulager le cœur, il laissa échapper quelques paroles de mécontentement devant ses troupes. Ibn-Abi-Amer eut bientôt connaissance de l'indiscrétion de son général, et, l'ayant envoyé rejoindre Ibn-Kennoun dans l'autre monde, il donna le gouvernement du Maghreb au vizir Hacen-Ibn-Ahmed-Ibn-Abd-el-Ouédoud-es-Selmi. Ce fonctionnaire partit pour l'Afrique avec une nombreuse armée et l'autorisation de puiser à volonté dans les trésors de l'état.

En l'an 376 (986-7), le nouveau gouverneur arriva à sa destination et dirigea les affaires du pays avec une main si ferme qu'il tint en respect toutes les populations berbères. A Fez, siége de son commandement, il rassembla tant de troupes et de princes zenatiens qu'Ibn-Abi-Amer lui-même en ressentit de l'inquiétude. Rappelé par ce ministre, qui voulait éprouver ainsi sa fidélité, il partit avec empressement, trouva un accueil trèshonorable à la cour et reçut l'autorisation d'aller reprendre son commandement.

Parmi les princes zenatiens, Yeddou-Ibn-Yala se fit [alors] remarquer par ses intrigues contre les Oméïades et par le peu de sincérité qu'il mettait dans sa soumission. Pour le maintenir dans l'obéissance, Ibn - Abi- Amer lui opposa Zîri-IbnAtïa comme rival, dans l'espoir que l'esprit d'émulation les

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