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Arabes hilaliens dont ils subissent la domination. La grande majorité des Zenata habite, toutefois, le Maghreb central; ils sont même tellement nombreux que ce pays a reçu le nom de territoire des Zenata. D'autres peuplades de cette race se montrent dans le Maghreb-el-Acsa. Maintenant, comme autrefois, on trouve des royaumes et des dynasties zenatiennes dans les deux Maghrebs; la souveraineté et la puissance s'étant transmises d'une branche de cette grande tribu à une autre, ainsi que nous allons l'exposer.

OPINIONS DIVERSES AU SUJET DE L'ORIGINE DES ZENATA.
DONT CETTE RACE SE COMPOSE.

1 Voy. l. 1, p. 18.

1 Voy. t. 11, p. 534. Variante: Chacfou Variante: Temla.

Les généalogistes qui appartiennent à la race berbère s'accordent tous à dire que les Zenata tirent de Chana leur origine et leur nom. Abou-Mohammed-Ibn-Hazm1 écrit, dans son Djemhera (collection de généalogies) : « Quelques-uns d'entre eux >> [les Berbères] disent que Chana est le même personnage que » Djana, fils de Yahya,'fils de Soulat, fils d'Ourçak, fils de Dari, » fils de Zeddjîk [ou Zahhîk], fils de Madghis, fils de Berr. » Dans le même livre il dit : « La généalogie suivante m'a été com>> muniquée par Youçof-el-Ouerrac, qui la tenait d'Aïoub, fils » d'Abou-Yezid : »— C'est-à-dire sous le règne d'En-Nacer [l'oméïade espagnol], quand Aïoub se rendit à Cordoue, chargé d'une mission par son père, chef de la révolte qui agita toute l'Ifrikïa. — « Chana, me dit-il, est le même que Djana, fils de >> Yahya, fils de Soulat, fils d'Ourçak, fils de Dari, fils de Chac>> foun3, fils de Bendouad, fils d'Imla, fils de Madghis, fils de » Herek, fils d'Herçac, fils de Guerad, fils de Mazîgh, fils d'He

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TRIBUS

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» rak, fils d'Herîk, fils de Bedîan, fils de Kenan [Canaan], fils » de Ham [Cham]. »

D'après cette liste, Madghis ne descend pas de Berr. Nous avons déjà indiqué la diversité d'opinions à ce sujet 1; mais nous regardons celle-ci comme la vraie, car l'autorité d'Ibn-Hazm mérite toute confiance et ne saurait être contrebalancée par celle d'aucun autre écrivain. D'ailleurs, il rapporte la généalogie en question d'après le fils d'Abou-Yezîd, chef des Zenata. En adoptant cette liste, on est obligé de reconnaître que les Berbères seuls descendent de Bernès, et que les Botr, c'est-à-dire les enfants de Madghis-el-Abter, n'appartiennent pas à la race berbère. Les Botr se composent des Zenata et de quelques autres familles, ainsi que nous l'avons déjà exposé; et bien qu'ils ne fassent pas partie des Berbères, ils en sont néanmoins les frères, puisqu'ils descendent, ainsi que les Berbères, de Canaan, fils de Cham, fait qui ressort de cette liste généalogique.

On rapporte, sur l'autorité d'Abou-Mohammed-Ibn-Coteiba, que les Zenata ont pour ancêtre Djalout (Goliath). Dans une liste transmise par cet historien, il est dit que Zenata est le même que Chana, fils de Yahya, fils de Darîs, fils de Djalout lequel est la même personne que Ouennour, fils d'Herbil, fils de Djedîlan, fils de Djaloud, fils de Redilan, fils de Haci, fils de Bad, fils de Zeddjîk, fils de Madghis-el-Abter 3, fils de Caïs, fils de Ghailan. Une autre liste, fournie par le même généalogiste, représente Djalout comme fils de Djaloud, fils de Dîal, fils de Cahtan, fils de Fars, personnage connu. Une troisième tradition, fournie par

Voy. t. 1, p. 178 el suivantes.

2 Voy. t. I, p. 175, note.

• On retrouve ce passage, avec plusieurs variantes, dans le premier volume de cette traduction, p. 175. A moins d'avoir entre les mains un exemplaire, un bon exemplaire, de l'ouvrage d'Ibn-Coteiba, on ne saurait rétablir l'orthographe de ces noms propres.

Dans son histoire de l'époque antéislamique, notre auteur représente Fars, c'est-à-dire les Persans, comme descendus de Laoud (Lud), fils de Sam (Sem).

le même auteur, représente Djalout comme la même personne que Bal, fils de Baloud, fils de Dial, fils de Bernès, fils de Sefek [ou Sofok'] lequel est le père de tous les Berbères.

Les généalogistes zenatiens eux-mêmes prétendent que leur tribu, les Zenata, descend de Himyer par les Tobba; mais quelques-uns d'entre eux disent que les Zenata sont la postérité des Amalécites et que leur aïeul, Djalout, appartenait au même peuple.

De toutes ces origines, la seule véritable est celle mentionnée par Ibn-Hazm en premier lieu; les autres sont fausses. D'abord, la généalogie produite par Ibn-Coteiba est embrouillée et renferme des interpolations; quant à la filiation par laquelle on voudrait rattacher Madghis à Caïs-Ghailan, on la trouvera [discutée] au commencement de notre traité sur les Berbères dans le chapitre où il est question de leur origine; d'ailleurs les noms de tous les fils de Caïs-Ghailan sont connus [et puisqu'on n'y rencontre aucune mention d'un Berr, fils de Caïs et père de Madghis, il faut le regarder comme un personnage imaginaire].

L'idée de faire descendre Djalout (Goliath) de Caïs est encore une absurdité; car Mådd-Ibn-Adnan, le cinquième aïeul de Caïs était contemporain de Bakht 3-Nasr (Nabuchodonosor], ainsi que nous l'avons dit dans la première partie de notre histoire universelle. A l'époque où Bakht-Nasr établit sa domination sur les Arabes, Dieu ordonna par voie de révélation à Jérémie, prophète des enfants d'Israël, de faire évader Mådd et de l'accompagner jusqu'à son pays . Or, Bakht-Nasr vécut environ quatre cent cinquante ans après Dawoud (David), car ce fut lui qui raina le temple que David et Salomon avaient bâti à Jérusalem, et qui avait subsisté pendant cet espace de temps. Donc Mådd vécut

Voy., en tête de ce volume, notre notice sur les origines berbères. 2 Voy. t. 1, p. 183 et suiv.

3 Lisez, dans le texte arabe: modsiran-li-Bakt-Nasr.

Cette partie du grand ouvrage d'Ibn-Khaldoun est encore inédite.
Voy. l'Essai de M. C. de Perceval, t. 1, p. 181 et suiv.

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quatre cent cinquante ans aprés David, et Caïs, son descendant au cinquième degré, dut nécessairement vivre à une époque encore plus récente. Comment David aurait-il donc pu tuer Goliath, fait constaté par le Coran, si Goliath avait été le déscendant au dixième degré de Caïs? Quand Ibn-Coteiba rattacha la généalogie de Goliath à celle des Berbères, en le représentant comme un descendant, soit de Madghis, soit de Sefek, il commet encore une erreur. Il se trompe de nouveau en le faisant appartenir à la race amalécite. Nous savons que Goliath était philistin et que les Philistins étaient les enfants de Caslouhim, fils de Mêsraïm, fils de Cham, fils de Noé. Dans notre chapitre sur la filiation des enfants de Cham, nous avons mentionné que les Coptes, les Berbères, les Abyssins et les Nubiens sont frères des Philistins. Il y avait des guerres fréquentes entre ceux-ci et les Israëlites, et il se trouvait en Syrie beaucoup de Berbères et d'autres descendants de Canaan, tous frères de Philistins et tous empressés à imiter leur conduite. (La race des Philistins et celle de Canaan sont maintenant éteintes, mais celle des Berbères reste. La Palestine fut ainsi nommée parce qu'elle avait appartenue aux Philistins. En entendant mentionner le noin des Berbères avec celui de Goliath, l'on s'était imaginé que ce chef était berbère, ce qui n'est pas exact.

Quant à l'opinion des généalogistes zenatiens qui supposent que les Zenata descendent de Himyer, elle est repoussée par les deux grands rapporteurs de traditions historiques, Abou-OmarIbn-Abd-el-Berr et Abou-Mohammed-Ibn-Hazm. Celui-ci dit: « Les Himyerites ne se sont jamais rendus en Maghreb que dans » les récits mensongers des historiens yéménites. » En voulant rattacher leur nation aux Himyerites, les généalogistes zenatiens ont eu pour motif le désir de répudier toute liaison avec la souche berbère, parce qu'ils virent les peuples de cette race réduits au rang d'esclaves tributaires et chargés du poids des impôts (kha

1 Genèse, x, et Paralip. 1.

2 Voy. t. 1, p. 474, note.

radj). C'est là un orgueil bien faux, car la souche berbère a produit un certain nombre de branches qui ont montré un esprit national aussi fort, plus fort même que celui des Zenata. Telles étaient les tribus de Hoouara et de Miknaça; telles étaient encore les tribus de Ketama et de Sanhadja, peuples qui enlevèrent un empire aux Arabes; telles étaient aussi les tribus masmoudiennes qui arrachèrent le pouvoir aux Sanhadja [almoravides]. Ces quatre peuples étaient plus puissants et plus nombreux que les Zenata; mais quand ils eurent épuisé leurs forces, ils tombèrent sous le joug du vainqueur et eurent à subir l'impôt. Il en est résulté que, de nos jours, le nom de berbère est devenu le synonyme de contribuable. Pour éviter le deshonneur d'une pareille dénomination, les Zenata se sont donné, par amourpropre, une origine arabe; choisissant expressément une race des plus illustres, race qui a la gloire de pouvoir compter les Prophètes au nombre de ses membres. Cet avantage appartient surtout à la branche de Moder, car celui-ci descendait d'Ismaïl, fils d'Abraham, fils de Noé, fils de Seth, fils d'Adam, cinq prophètes dont les Berbères ne retrouvent pas les noms dans leur généalogie en la faisant remonter à Cham. Bien plus, en reconnaissant Cham pour leur aïeul, ils se placent en dehors de la descendance d'Abraham, troisième père de l'espèce humaine. On sait que la plupart des peuples de la terre sortent de lui et que ceux qui remontent leur origine à un autre ancêtre sont peu nombreux. Ajoutons à cela l'honneur d'appartenir à la nation arabe, peuple qui, dans la vie solitaire du désert, s'est distinguée par la farouche noblesse de sa conduite et par un caractère sans reproche. Les Zenata devaient nécessairement se complaire à lier parenté avec une telle race, et leurs généalogistes ont arrangé la fable de leur mieux.

Ce sentiment manquait de justesse. La gloire et la puissance, marques distinctives de la race zenatienne, ne subissent aucune atteinte de ce que ce peuple soit berbère d'origine. Plusieurs tribus berbères ont joui des mêmes avantages et cela à un degré qui les plaçait bien au-dessus des Zenata. Que les hommes se distinguent les uns des autres par la diversité de leur caractère,

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