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époque assez récente. Tout cela fait que le Maghreb regorge d'habitants; Dieu seul pourrait en faire le dénombrement.

On voit, par ce qui précède, que le Maghreb [el-Acsa] forme, pour ainsi dire, une île, ou pays détaché de tout autre, et qu'il est entouré de mers et de montagnes. Ce pays a maintenant pour capitale la ville de Fez, demeure de ses rois. Il est traversé par l'Omm-Rebià, grand fleuve qui déborde tellement dans la saison des pluies qu'on ne saurait le traverser. La marée s'y fait sentir jusqu'à environ soixante-dix milles de son embouchure. Il prend sa source dans le Deren, d'où il jaillit par une grande ouverture, traverse la plaine du Maghreb et se jette dans l'Océan, auprès d'Azemmor.

La même chaîne de montagnes donne naissance à un autre fleuve qui coule vers le sud-est et passe auprès des villes du Derà. Cette région abonde en dattiers; elle est la seule qui produise l'indigo, et la seule où l'on possède l'art d'extraire cette substance de la plante qui la fournit. Les villes, ou plutôt bourgades, dont nous venons de faire mention, possèdent des plantations de dattiers et s'élèvent de l'autre côté du Deren, au pied de la montagne. Le fleuve, appelé le Derà, passe auprès de bourgades et va se perdre dans les sables, au sud-est de Sous.

Le Molouïa, une des limites du Maghreb-el-Acsa, est un grand fleuve qui prend sa source dans les montagnes au midi de Téza et va se jeter dans la Mer-Romaine, auprès de Ghassaça1, après avoir traversé le territoire appelé autrefois le pays des Miknaça, du nom de ses anciens habitants. De nos jours, cette région est occupée par d'autres peuples de la race des Zenata; ils demeurent dans des bourgades qui s'étendent en amont, sur les deux bords du fleuve, et qui portent le nom d'Outat. A côté d'elles, ainsi que dans les autres parties du même pays, on rencontre plusieurs peuplades berbères dont la mieux connue est celle des Betalça, frères des Miknaça.

De la montagne qui donne naissance au Molouïa sort un autre

1. Il est probable que l'auteur aura voulu écrire Djeraoua, ville située près de l'embouchure du Molouïa.

grand fleuve appelé, encore aujourd'hui ', le Guîr, qui se dirige vers le midi, en dérivant un peu vers l'Orient. Après avoir coupé l'Areget traversé successivement Bouda et Tementît, il se perd dans les sables, auprès de quelques autres bourgades entourées de palmiers, à un endroit nommé Regan. C'est sur cette rivière que s'élèvent les bourgades de Guîr.

Derrière l'Areg, et à l'orient de Bouda, se trouvent les bourgades de Teçabît, ksours qui font partie de ceux du Sahra. Au nord-est de Teçabît sont les bourgades de Tîgourarin dont on compte plus de trois cents; elles couronnent les bords d'une rivière qui coule de l'ouest à l'est. Ces localités renferment des peuplades appartenant à différentes tribus zenatiennes.

Le Maghreb central, dont la majeure partie est maintenant habitée par les Zenata, avait appartenu aux Maghraoua et aux Beni-Ifren, tribus qui y demeuraient avec les Mediouna, les Maghila, les Koumïa, les Matghara et les Matmata. De ceux-ci le Maghreb central passa aux Beni-Ouémannou et aux BeniIloumi, puis à deux branches des Beni-Badîn, les Beni-Abdel-Ouad et les Toudjîn. Tlemcen en est maintenant la capitale et le siège de l'empire.

Immédiatement à l'orient de cette contrée, on rencontre le pays des Sanhadja, qui renferme Alger, Metîdja, Médéa et les régions voisines jusqu'à Bougie. Toutes les tribus [berbères] qui occupent le Maghreb central sont maintenant soumises aux Arabes zoghbiens. Ce pays est traversé par le Chélif des Beni-Ouatil, grand fleuve qui prend sa source dans la montagne de Rached, du côté du Désert. Il entre dans le Tell en passant par le territoire des Hosein, et se dirige ensuite vers l'ouest, en recueillant les eaux du Mîna et d'autres rivières du Maghreb central; puis il se jette dans la Mer-Romaine, entre Kelmitou et auprès de Mostaganem.

Dela même montagne qui donne naissance au Chélif, c'est-àdire du mont Rached, une autre rivière descend vers l'Orient et

1. Ces paroles indiquent que le Guir s'appelait du même nom dans les temps anciens. Il paraît être le Ger de Pline.

traverse le Zab pour se jeter dans la célèbre sibkha (marais salé) située entre Touzer et Nefzaoua1. Cette rivière s'appelle le Cheddi.

Les provinces de Bougie et de Constantine appartenaient autrefois aux tribus de Zouaoua, Ketama, Adjîça et Hoouara, mais elles sont maintenant habitées par les Arabes, qui en occupent toutes les parties, à l'exception de quelques montagnes d'accès difficile où l'on trouve encore plusieurs fractions de ces tribus.

Toute l'Ifrîkïa, jusqu'à Tripoli, se compose de vastes plaines, habitées, dans les temps anciens, par des Nefzaoua, des BeniIfren, des Nefouça, des Hoouara et d'une quantité innombrable d'autres tribus berbères. La capitale en était Cairouan. Cette province est devenue maintenant un lieu de parcours pour les Arabes de la tribu de Soleim. Les Beni-Ifren et les Hoouara sont soumis à ces Arabes et les accompagnent pendant leurs courses nomades; ils ont même oublié la langue berbère pour celle de leurs maîtres, desquels ils ont aussi adopté tous les caractères extérieurs. Tunis est maintenant la capitale de l'Ifrîkïa et le siège de l'empire. Ce pays est traversé par un grand fleuve appelé le Medjerda qui recueille les eaux de plusieurs autres rivières et se décharge dans la Mer-Romaine, à une journée de distance de Tunis, vers l'occident?. Son embouchure est auprès d'un endroit nommé Benzert 3.

Quant à Barca, tous les monuments de sa gloire ont disparu; ses villes sont tombées en ruines et sa puissance s'est anéantie. Ce pays sert maintenant de lieu de parcours aux Arabes, après avoir été la demeure des Louata, des.Hoouara et d'autres peuples berbères. Dans les temps anciens, il possédait des villes populeuses telles que Lebda, Zouïla, Barca, Casr-Hassan, etc.; mais leur emplacement est maintenant un désert, et c'est comme si elles n'avaient jamais existé.

1. Sur la carte de Shaw, ce marais est nommé Shibk Ellowdeah, dénomination tout à fait inconnue aux habitants du pays.

2. Notre auteur aurait dû écrire: vers le nord.

3. Le Medjerda verse ses eaux dans la mer auprès de Porto-Farina, à sept ou huit lieues est de Benzert.

DES TALENTS QUE LA RACE BERBÈRE A DÉPLOYÉS, TANT DANS LES TEMPS ANCIENS QUE DE NOS JOURS, ET DES NOBLES QUALITÉS PAR LESQUELLES ELLE S'EST ÉLEVÉE A LA PUISSANCE ET AU RANG DE NATION.

[Chapitre ajouté par l'auteur après avoir achevé son ouvrage.]

En traitant de la race berbère, des nombreuses populations. dont elle se compose, et de la multitude de tribus et de peuplades dans laquelle elle se divise, nous avons fait mention des victoires qu'elle remporta sur les princes de la terre, et de ses luttes avec divers empires pendant des siècles, depuis ses guerres en Syrie avec les enfants d'Israël et sa sortie de ce pays pour se transporter en Ifrikïa et en Maghreb. Nous avons raconté les combats qu'elle livra aux premières armées musulmanes qui envahirent l'Afrique; nous avons signalé les nombreux traits de bravoure qu'elle déploya sous les drapeaux de ses nouveaux alliés, et retracé l'histoire de Dihya-t-el-Kahena, du peuple nombreux et puissant qui obéissait à cette femme, et de l'autorité qu'elle exerça dans l'Auras, depuis les temps qui précèdent immédiatement l'arrivée des vrais croyants jusqu'à sa défaite par les Arabes. Nous avons mentionné avec quel empressement la tribu de Miknaça se rallia aux musulmans; comment elle se révolta et chercha un asile dans le Maghreb-el-Acsa pour échapper à la vengeance d'Ocba-Ibn-Nafê, et comment les troupes. du khalife Hicham la subjuguèrent plus tard dans le territoire du Maghreb. « Les Berbères, dit Ibn-Abi-Yezîd, apostasièrent jusqu'à douze fois, tant en Ifrikïa qu'en Maghreb; chaque fois, ils soutinrent une guerre contre les Musulmans, et ils » n'adoptèrent définitivement l'islamisme que sous le gouver»nement de Mouça-Ibn-Noceir»; ou quelque temps après, selon un autre récit.

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Ayant indiqué les régions du Désert habitées par les Berbères, ainsi que les châteaux, forteresses et villes qu'ils s'étaient bâtis, tels que Sidjilmessa, les bourgades de Touat, de Tîgourarîn, de Figuig, de Mozab, de Ouargla, du Righa, du Zab, de Nefzaoua, d'El-Hamma et de Ghadeins; ayant parlé des batailles et des

grandes journées dans lesquelles ils s'étaient distingués; des empires et royaumes qu'ils avaient fondés; de leur conduite à l'égard des Arabes hilaliens, lorsque ceux-ci envahirent l'Ifrîkïa au cinquième siècle de l'hégire; de leurs procédés envers les Beni-Hammad d'El-Calâ, et de leurs rapports avec les Lemtouna de Tlemcen et de Téhert, rapports tantôt amicaux, tantôt hostiles; ayant mentionné les concessions de territoire que les Beni-Bâdîn obtinrent des Almohades dans le Maghreb, et raconté les guerres que firent les Beni-Merîn aux successeurs d'Abd-el-Moumen, nous croyons avoir cité une série de faits qui prouvent que les Berbères ont toujours été un peuple puissant, redoutable, brave et nombreux; un vrai peuple comme tant d'autres dans ce monde, tels que les Arabes, les Persans, les Grecs et les Romains.

Telle fut en effet la race berbère; mais, étant tombée en décadence, et ayant perdu son esprit national par l'effet du luxe que l'exercice du pouvoir et l'habitude de la domination avaient. introduit dans son sein, elle a vu sa population décroître, son patriotisme disparaître et son esprit de corps et de tribu s'affaiblir au point que les diverses peuplades qui la composent sont maintenant devenues sujets d'autres dynasties et ploient, comme des esclaves, sous le fardeau des impôts.

Pour cette raison beaucoup de personnes ont eu de la répugnance à se reconnaître d'origine berbère, et cependant on n'a pas oublié la haute renommée que les Auréba et leur chef Koceila s'acquirent à l'époque de l'invasion musulmane. On se rappelle aussi la vigoureuse résistance faite par les Zenata, jusqu'au moment où leur chef Ouezmar-Ibn-Soulat fut conduit prisonnier à Médine pour être présenté au khalife Othman-Ibn-Affan. On n'a pas oublié leurs successeurs, les Hoouara et les Sanhadja, et comment les Ketama fondèrent ensuite une dynastie qui subjugua l'Afrique occidentale et orientale, expulsa les Abbacides de ce pays et gagna encore d'autres droits à une juste renommée. Citons ensuite les vertus qui font honneur à l'homme et qui étaient devenues pour les Berbères une seconde nature; leurempressement à s'acquérir des qualités louables, la noblesse d'âme

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