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En l'an 662 (1263-4), Yacoub-Ibn-Abd-el-Hack parut devant Maroc à la tête de ses Mérinides. Pendant plusieurs jours, les Almohades leur livrèrent une suite de.combats sous les murs de la ville, et, dans une de ces rencontres, Abd-Allah-Atadjoub', fils de Yacoub-Ibn-Abd-el-Hack, perdit la vie. El-Morteda envoya à son père des compliments de condoléance et le disposa à faire la paix par la promesse d'un tribut qui lui serait envoyé tous les ans. Yacoub accepta l'offre et leva le siége.

REVOLTE D'ABOU-DEBBOUS.

PRISE DE MAROC ET MORT DE

MORTEDA.

Quand les Beni-Merîn se furent éloignés de Maroc, après la mort d'Atadjoub, le cîd Abou-'l-Ola, surnommé Abou-Debbous (l'homme à la masse d'armes), fils du cîd Abou-Abd-AllahMohammed, petit-fils du cîd Abou-Hafs et arrière-petit-fils d'Abd-el-Moumen, s'enfuit de la capitale, par suite des calomnies que l'on répandait à son sujet et auxquelles El-Morteda avait ajouté foi. Aussi, un général, qui, jusqu'alors, avait commandé les armées du khalifat, abandonna son souverain, et, s'étant fait accompagner de son cousin, le cîd Abou-MouçaAmran, fils d'Abd-Allah-Ibn-el-Khalifa, il courut se mettre sous la protection de Masoud-Ibn-Gueldacen, cheikh des Heskoura. S'étant ensuite rendu à Fez, il prit envers Yacoub-IbnAbd-el-Hack l'engagement de lui céder la moitié du territoire et des trésors de l'empire, pourvu que ce chef le soutint dans ses projets. Après avoir reçu de lui un subside de cinq mille dinars achrïa 3 et le don d'un équipage royal avec une lettre de recom

3

At-Adjoub, en berbère, signifie l'admirable.

Il faut, sans doute, lire fils d'Abd-Allah, fils d'Abou-Hafs, fils du khalife; c'est-à-dire d'Abd-el-Moumen.

3 Le dinar achrïa valait dix dinars ordinaires. L'auteur du Cartas dit qu'Abou-Debbous reçut de Yacoub trois mille cavaliers mérinides, vingt mille dinars, des tambours et des drapeaux.

mandation pour Ali-Ibn-Abi-Ali, émir des Kholt, il alla trouver ce chef arabe, obtint l'appui de ses guerriers et se rendit dans le pays des Heskoura. S'étant alors arrêté chez son ami MasoudIbn--Gueldacen, il rallia à sa cause les Heskoura et les Hezerdja. Il y reçut aussi un contingent envoyé par Azouz-Ibn-Ibourk, chef des Sanhadja établis aux environs d'Azemmor, lequel venait de répudier l'autorité d'El-Morteda pour se joindre au parti de Yacoub - Ibn-Abd-el-Hack. Plusieurs membres de la famille royale vinrent aussi se mettre à sa disposition, et leur exemple fut suivi par un grand nombre d'Almohades et une forte partie des milices et de la troupe chrétienne.

El-Morteda se méfiait de Masoud-Ibn-Kanoun, cheikh des Sofyan, et d'Ismail-Ibn-Caitoun, cheikh des Beni-Djaber, aussi les fit-il arrêter et emprisonner; puis, averti que la grande majorité de ces tribus venait d'embrasser la cause d'AbouDebbous, il ordonna la mort d'Ismail - Ibn - Caitoun. Le frère d'Ismail se mit aussitôt en révolte ouverte et alla se joindre à Abou-Debbous. Alouch, fils de Kanoun, craignant pour son frère Masoud le même sort d'Ibn-Caitoun, envoya des troupes à la poursuite des insurgés.

Abou-'l-Ola[-Abou-Debbous] marcha alors sur Maroc, et, parvenu à Aghmat, il y rencontra un corps de troupes préposé à la garde de cette localité et commandé par le vizir Abou-ZeidIbn-Iguft. Il s'ensuivit un combat qui coûta au vizir beaucoup de monde et l'obligea à se retirer avec les débris de son armée. Le vainqueur poussa en avant et arriva si près de Maroc qu'Alouch, fils de Kanoun1, courut enfoncer sa lance dans la porte appelée Bab-es-Cherïâ. Les habitants assistaient en ce moment à la prière du vendredi, et El-Morteda, qui se trouvait alors dans la ville, pensait si peu à l'approche d'Abou-Debbous qu'il avait laissé les murailles de sa capitale sans gardes et sans défenseurs. On était alors au commencement de l'année 665 (octobre 1266). Abou-Debbous, s'étant dirigé vers la porte d'Aghmat, escalada

L'auteur a négligé de nous informer qu'Alouch venait de passer aux Mérinides.

le mur de ce côté et pénétra dans la ville avant que les habitants eussent connaissance de sa présence. Il marcha aussitôt vers la citadelle et y fit son entrée par le Bab-el-Toboul (porte des tambours).

El-Morteda s'enfuit avec ses vizirs, Abou-Zeid-Ibn-Yalou-elKoumi et Abou-Mouça-Ibn-Azouz-el-Hintati. Arrivé chez les Hintata et trouvant que ce peuple avait déjà envoyé sa soumission au vainqueur, il se tourna vers le pays des Guedmîoua et rencontra, en chemin, Ali-Ibn-Zegdan -el-Oungaçni qui avait abandonné [les Beni-Merîn] sa tribu pour venir se joindre à lui. Jusqu'alors Ibn-Zegdan ne lui avait jamais fait le moindre acte d'hommage. El-Morteda descendit chez ce chef et partit ensuite, avec lui et les siens, pour le pays des Guedmîoua. Entré sur leur territoire, il y trouva son vizir, Abou-Zeid-Abd-er-Rahman-IbnAbd-el-Kerîm; mais, ne pouvant obtenir du cheikh, Ibn-SâdAllah, la permission de s'arrêter chez son ancien serviteur, il partit pour le Chefchaoua. Dans cette localité, il trouva plusieurs bêtes de somme dont il fit cadeau à Ali-Ibn-Zegdan, et il écrivit à son vizir, Ibn-Ouanoudîn, qui était alors campé dans le Haha, lui ordonnant d'arriver au plus vite avec les troupes. Un ordre semblable fut porté à Ibn-Attouch dans son camp à Regraga. Ces deux officiers marchèrent aussitôt sur la capitale 2.

El-Morteda découvrit ensuite qu'Abou-Debbous cherchait à gagner Ibn-Zegdan, et il en fut tellement épouvanté qu'il courut se réfugier dans Azemmor, auprès de son gendre, le gouverneur Ibn-Attouch. A peine y fut-il arrivé, que cet homme perfide le fit arrêter et expédia un courrier avec cette nouvelle à AbouDebbous. Celui-ci ordonna à son vizir, le cîd Abou-Mouça, d'écrire au prisonnier afin de savoir où il avait caché ses trésors. El-Morteda répondit qu'il n'avait rien mis en réserve, et, après avoir confirmé cette déclaration par un serment, il implora AbouDebbous de respecter les liens du sang et de lui laisser la vie.

1 Variantes: Zekdaz, Zegguedan, Zegueddan, etc.

2 Au lieu de se rendre à Maroc, Ibn -Attouch rentra dans Azemmor, siége de son gouvernement.

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L'usurpateur pencha d'abord vers la clémence et ordonna à son vizir, le cîd Abou-Mouça, de partir avec Masoud-Ibn-Kanoun et de lui amener son malheureux parent; puis, changeant d'avis sur les représentations de quelques membres de la famille royale, il expédia au même vizir l'ordre de le faire mourir.

Devenu ainsi le seul dépositaire de l'autorité souveraine, Abou-Debbous prit le titre d'El-Ouathec-Billah (qui a confiance en Dieu) et d'El-Motamed -al-Allah (qui s'appuie sur Dieu). Laissant alors au cîd Abou-Mouça et à son frère, le cîd AbouZeid, les fonctions du vizirat, il fit des distributions d'argent et s'occupa d'examiner l'administration des provinces et de supprimer les droits et impôts non autorisés par la loi.

Une froideur étant survenue entre lui et Masoud-Ibn-Gueldacen, il lui fit porter un message très-amical par Abd-el-Azîz, fils d'Attouch, et partit ensuite lui-même afin de le voir et de le rassurer. Ayant alors appris que Yacoub-Ibn-Abd-el-Hack venait de camper dans le Temsna, il lui envoya un cadeau par l'entremise de Hamidi-Ibn-Makhlouf-el-Heskouri. Yacoub reçut cette offrande avec plaisir et rentra dans son territoire après avoir ratifié un traité de paix avec l'agent du gouvernement marocain. Au moment où Ibn-Attouch portait à Abou-Debbous la soumission de Masoud-Ibn-Gueldacen, Hamîdi vint lui annoncer la retraite des Mérinides.

Abou-Debbous accorda alors le gouvernement du Haha à Abou-Mouça-Ibn-Azouz et reprit le chemin de sa capitale; mais, avant d'y arriver, on l'avertit qu'Abd-el-Azîz, fils du feu khalife, Es-Said, aspirait au trône et qu'Ibn-Iguît et Ibn-Gueldacen étaient entrés dans le complot. A la suite des renseignements qu'il obtint, à ce sujet, de son lieutenant, le cîd Abou-Zeid, fils d'Abou-Amran, il donna à cet officier l'ordre d'arrêter [Abd-elAzîz] et de le faire mourir.

S'étant ensuite mis en campagne, afin de pacifier le Sous et d'en expulser Ibn-Yedder, il fit prendre les devants à son vizir Yahya-Ibn-Ouanoudîn, auquel il avait donné la commission de rallier les Guezoula, les Lamta, les Guenfîça, les Zanaga et les autres tribus de cette région. Après avoir traversé successive

ment les stations de toutes ces tribus et reçu leurs contingents, il atteignit Taroudant qu'il trouva déserte, à l'exception de quelques maisons en dehors de la ville. De là, il partit pour faire le siége de Tîsekht, château situé sur la rivière Sous et commandé par Hamidi, gendre et cousin d'Ali-Ibn-Yedder. C'est ce dernier qui avait enlevé Tisekht aux Sanhaga. Hamidi, découragé par la défaite de ses troupes et un blocus de plusieurs jours, s'adressa à Ibn-Zegdan et promit de payer à Abou-Debbous la somme de soixante-dix mille pièces d'or pour le décider à lever le siége; mais, avant la fin de cette négociation, la place fut emportée d'assaut. Hamîdi se réfugia à grand'peine dans la tente d'Ibn-Zegdan où il fut retenu prisonnier, en attendant le paiement de la somme qu'il avait offerte d'abord. Quant à Ibn-Yedder, il résista encore quelque temps dans sa forteresse avant d'envoyer sa soumission au sultan.

En l'an 665 (1266-7), à la suite de cette expédition, ElOuathec [Abou-Debbous] rentra dans sa capitale et, sur la nouvelle que Yacoub-Ibn-Abd-el-Hack avait rompu le traité de paix et marchait sur [Maroc], il confia un riche cadeau à Abou-'lHacen-Ibn-Catral et à Ibn-Abi-Othman, ambassadeurs de Yaghmoracen à Maroc, et les chargea de porter ce témoignage d'amitié à leur maître. Ces envoyés partirent pour Tlemcen sous la conduite d'Ibn-Abi-Medioun-el-Oungaçni, et, après avoir pris le chemin du Désert, ils arrivèrent à Sidjilmessa et y trouvèrent Yahya, fils de Yaghmoracen. Ce prince leur donna une escorte d'Arabes makiliens qui les conduisit à leur destination. Comme Yaghmoracen était alors dans les environs de Miliana, Ibn-Catral resta à Tlemcen en attendant son retour.

1 Yacoub déclara la guerre parce qu'El-Ouathec refusa de lui céder la moitié de ses conquêtes, ainsi que cela en avait été convenu. L'am bassadeur qu'il chargea de porter sa réclamation à la cour de Maroc, reçut du sultan cette réponse : « Va dire à Abou-Abd-er-Rahman>> Yacoub, fils d'Abd-el-Hack, de se contenter de ce qu'il a maintenant. » s'il en demande davantage, j'irai le châtier avec une armée tellement » nombreuse qu'il ne pourra pas y résister. »

• Dans les manuscrits, ce nom est presque toujours mal orthographié par les copistes.

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