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cid Abou-'r-Rebià, gouverneur de Tedla, qui avaient voulu usurper le trône du khalifat, en apprenant la nouvelle de la défaite essuyée par les Almohades à Gbomert. Ces princes étant venus le complimenter sur son retour, il les fit emprisonner à Ribat-el-Feth en attendant le résultat d'une enquête, et, quelque temps après, il ordonna leur mort.

Le cîd Abou-'l-Hacen, fils du cîd Abou-Hafs, reçut du khalise le gouvernement de Bougie, marcha de celte ville contre Yahya-Ibn-Ghanïa et occupa Constantine, forteresse dont son adversaire voulait s'emparer. Ibn-Gbania prit la suite et se dirigea vers Biskera qu'il emporta d'assaut, après avoir abatlu les dattiers des environs. Ensuite, il revint attaquer Constantine, el, ne pouvant s'en emparer, il alla faire le siége de Bougie. Nous raconterons plus loin de quelle manière il termina sa carrière de rapine et de dévastation.

YACOUB-EL-MANSOUR ENTREPREND LA GUERRE SAINTE.

Yacoub-el-Mansour, ayant appris par une dépêche du cîd Abou-Youçof le hafside, gouverneur de Séville, que les chrétiens s'étaient emparés de la ville de Silves, et qu'après avoir ballu l'armée de Séville, ils avaient fait plusieurs incursions dans le territoire de cette ville et détruit quelques châteaux des environs, fit proclamer la guerre sainte, l'an 586 (1190), et se rendit à Casr-Masmouda. Après y avoir pris quelque repos, il traversa le Détroit et se dirigea, à marches forcées, de Tarifa à Silves. Les troupes andalousiennes opérèrent leur jonction avec lui sous les murs de cette place et restèrent pour la tenir bloquée, pendant qu'il alla lui-même s'emparer du château de Torrès (HisnTorrech).

L'année suivante, il quitta Séville pour reprendre le siége de Silves, et, quand il s'en fut rendu maître, il vit arriver la colonne d'Ibn-el-Ouézir qui venait d'enlever plusieurs forteresses à l'ennemi. Le but de cette expédition ayant été atteint, il repartit pour la capitale de ses états, d'où il envoya à son fils,

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Eo-Nacer, un acte par lequel il le constitua son successeur.

En l'an 588 (1192), le cîd Abou-Zeid, gouverneur de l'lfrîkia, arriva à la cour avec les chefs des Beni-Hilal et des Beni-Soleim, tribus arabes. El-Mansour accueillit celle députation avec bienveillance et la congédia très-honorablement. L'an 590, il apprit qu'Ibn-Ghansa était encore devenu redoutable en Ifrikïa et qu'il y faisait des ravages affreux. Cette nouvelle le décida à marcher en personne contre les insurgés ; mais, quand il fut parvenu à Miknaça (Alequinez), it reçut des renseignements très-inquiétants sur la situation de l'Espagne. S'étant dirigé, en conséquence vers pays;

il arriva à Cordoue, l'an 591 (4195), où il se reposa trois jours), pendant que les troupes lui arrivaient de tous les côlés; et, après avoir marché à la rencontre de l'enneini, il prit position à El-Ark (Alarcos), dans le district de Badajos. Les forces chrétiennes s'avancèrent sous la conduite de trois chefs, Ibn-Adsounch, Ibn-er-Renk et El-Bebboudj". Alors, en un tel jour de l'an 594 3, se livra une bataille dans laquelle AbouMohammed, fils d'Abou-Hafs, commanda les corps des volontaires, et son frère, Abou-Yahya, les Almohades ct les autres troupes. Dans cette journée célèbre, trente mille chrétiens furent taillés en pièces, le reste prit la fuite et cinq mille de leurs prin

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· La ville d’Alarcos n'existe plus, à moins qu'elle n'ait changé de nom. Il y a bien, en Espagne, quelques villes d'Arcos, mais elles sont différeotes de celles dont il s'agit ici.- (Audiffret, dans la Continuation de l'Art de vérifier les dates, l. I, p. 40, de l'édit. in-80.)

2 Abd-el-Ouahed-el-Merrakchi dit (p. 235 du texte arabe) que, de son lemps (1224 de J.-C.), qualre rois chréliens régnaient en Espagne : « El-Adfouoch (Alphonse), roi du grand royaume appelé Cachelal » (Castille) ; El-Bebboudj, c'est-à-dire le baveur, roi de Léon; Ibo-er

Reok (le fils d'Henriquez), roi de l'Espagne occidentale, et le roi o d'Aragon. » - Le même historien pous fait observer que le mot bebboudj n'appartient pas à la langue arabe, mais il ne nous apprend pas pourquoi un tel terme était devenu le sobriquel du roi de Léon.Ajoulons ici que les musulmans désiguaient le roi d'Aragon par le titre de seigneur de Barcelone.

& Celle bataille fut livrée le 18 juillet 1195 (8 Châban 591). -(Cartas; Ferreras.)

cipaux guerriers, qui s'étaient réfugiés dans le château d'ElArk, se rendirent à discrétion. El-Mansour les échangea plus tard contre un nombre égal de musulmans. Abou - Yahya[Abou-Bekr), fils d'Abou-Hafs, gagna le martyre dans cette bataille, après y avoir déployé la plus grande bravoure, et, pour cette raison, on donna à ses descendants le nom de Beni-'sChehid (les enfants du martyr).

A la suite de cette victoire, El-Mansour rentra à Séville d'où il sortit, l'année suivante, pour faire une expédition vers les pays du nord. Il y détruisit plusieurs villes et châteaux, notamment Truxillo et Talavera ; puis, ayant insulté Tolède, dont il ravagea les campagnes et enleva les troupeaux, il reprit le chemin de Séville.

L'an 593 (1196-7), quand il fut de retour dans cette ville, il fit emprisonner le cadi Abou-'l-Ouólid-Ibn-Rochd 4 que l'on accusait d'entretenir des opinions peu orthodoxes et d'en avoir consigné une partie dans ses écrits 2 ; mais, plus tard, il lui rendit la liberté et le fit venir à la capitale [Maroc) où il mourut. Voulant alors envahir les états du roi de Castille, il quitta encore Séville; mais, au moment où il avait établi son camp auprès de Tolède, on vint le prévenir que le seigneur de Barcelone avait marché

pour soutenir le fils d'Alphonse et que l'armée combinée

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1 Il s'agit ici da célèbre médecin, philosophe et légiste appelé Averroës par les Européeos. Il mourut à Maroc en 694 ou 595 (1498-9). Sa vie se trouve dans l'Histoire des Médecins d'Ibn-Abi-Osaïbïa et a été traduite en Anglais par M. de Gayangos. Voy. sa traduction d'El- Makkari, v. 1, Appendice, p. XVI.

El-Merrakchi, qui raconte plusieurs anecdoles d'Averroës, nous apprend, au sujet de son arrestation, que ses ennemis avaient fait voir au sultan une note écrite de la main du philosophe et renfermant les mots suivants : Il parait donc que Vénus était une des divinités. Ce passage, dit notre auteur, se rapportait à la doctrice de quelque ancien philosophe. Le sultan en fut tellement scandalisé qu'il fit chasser Averroës de sa présence et défendit l'étude des scieoces philosophiques. Plus tard, cependant, il changea d'idée, et, s'élant lui-même adobné à ce genre d'éludes, il fit venir Averroës à Maroc et le traita avec une grande bienveillance,

se trouvait dans la plaine de Madjerit (Madrid). Il se porta aussitôt à leur rencontre, et, à peine se fut-il montré à l'ennemi, que les troupes du roi de Castille opérèrent leur retraite, sans vouloir entamer le combat.

Rentré à Séville, il céda aux sollicitations des rois chrétiens et leur accorda une trève; puis, en l'an 594 (1497-8), il traversa le Détroit, après avoir nommé son fils, le cîd Abou-Zeid, gouverneur de Séville. Au cîd Abou-'r-Rebid-Ibn-Abi-Hafs, il accorda le gouvernement de Badajos, et, au cîd Abou-Abd-Allah, frère de celui-ci , il confia le commandement d'El - Maghreb [l'Espagne occidentale). Quand il fut revenu dans sa capitale, il éprouva les atteintes de la maladie qui devait l'emporter, et il consigna alors ses dernières volontés dans un écrit que tout le monde lit encore avec empressement. Ce testament politique eut pour témoin Eïça-Ibn-Abi-Hafs. El-Mansour mourut vers la fin du mois de rebia de l'an 595.

IBN - MONKED ARRIVE

EL-YEADÏA, CHARGÉ D'UNE MISSION PAR LE SOUVERAIN DE L'ÉGYPTE.

Quatre-vingt-dix ans s'étaient écoulés depuis que les Francs avaient subjugué les régions maritimes de la Syrie et pris possession de Jérusalem, conquêtes qu'ils avaient effectuées pendant le déclin de l'empire fatemide. Salah-ed-Din (Saladin), fils d'Aïoub, ayant soumis l'Egypte et la Syrie, résolut d'entreprendre la guerre sainte et de marcher contre les infidèles. Il s'empara successivement de toutes leurs places fortes, prit, enfin, la Ville sainte en l'an 583 (septembre 1187) et abattit l'église qu'ils avaient élevée sur l'emplacement du temple. Cet événement mit en émoi toutes les populations de la chrétienté et elles opposèrent tant d'obstacles au passage des navires musulmans, qu'en l'an 583, Salah-ed-Dîn se vit obligé de demander à El

· Bo Rebîa premier (janvier 1199), selon le Cartas ; en Safer (décombre 498), selon El-Merrakchi.

Mansour l'appui de sa flotte afin de pouvoir mener le siége d'Acre, de Tyr et de Tripoli. A cet effet, il lui envoya comme ambassadeur Abou-'l-Hareth-Abd-er-Rahman, dernier survivant des Beni-Monked, famille qui, pendant la décadence de l'empire fatemide, s'était rendue maîtresse de Cheizer, forteresse

de la Syrie.

Lors de la conquête de l'Egypte et de la Syrie, Salah-ed-Dîn avait obtenu des Beni-Monked la remise de leur château, et, voulant maintenant leur donner un témoignage de la satisfaction que lui causa leur promple soumission, il nomma Ibn-Monked son ambassadeur auprès d'El-Mansour.

Cet envoyé partit pour le Maghreb, emportant avec lui , comme cadeau pour le sultan almohade, deux corans écrits en caractère mensoub", cent drachmes de baume, vingt ratls de bois d'aloès, six cents mithcals 2 de musc et d'ambre gris, cinquante arcs arabes garnis de leurs cordes, vingt lances indiennes et plusieurs selles brodées en or. Arrivé à sa destination, il apprit qu'El-Mansour était en Espagne; aussi, il attendit à Fez le retour de ce monarque, afin de lui faire part de l'objet de sa mission. Comme El-Mansour s'excusa de ne pouvoir accéder à la demande de Salah-ed-Dîn, Ibn-Monked s'en retourna en Egypte. L'on dit, cependant, que, plus tard, le sultan africain envoya à Salah-ed-Dîn cent quatre-vingts navires et que celle flotte empêcha les chrétiens d'aborder en Syrie.

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Après la mort d'El-Mansour, son fils et successeur désigné, Mohammed, se chargea de l'autorité souveraine et prit le titre d'En-Nacer-li-Din-Illah (le champion de la religion de Dieu). Il confia le vizirat à Abou-Zeid-Ibn-Youwoddjan, neveu d'Abou

1 Le genre d'écriture appelé mensoub était très-admiré et paraît avoir élé une modification du caractère coufique.

? Le mithcal pèse la huitième partie d'une once, et le ratl une livre.

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