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pour se rendre à la cour de Roger et éviter ainsi les suites de la haine que Yahya [fils de Temîm] lui avait toujours témoignée. Roger lui fit l'accueil le plus cordial et le nomma commandant de la flotte sicilienne. Ayant alors formé le projet d'attaquer ElMehdïa, il l'envoya contre cette ville avec une flotte de trois cents bâtiments chargés de troupes chrétiennes, dont mille cavaliers.

El-Hacen avait tout disposé pour la résistance quand George vint débarquer près d'El-Mehdïa après avoir occupé l'île de Cossura. L'ennemi ayant assis son camp, s'empara du château d'EdDimas et de l'île d'El-Ahas; mais, à la suite de plusieurs combats qui lui coutèrent beaucoup de monde, il se rembarqua pour la Sicile. Mohammed-Ibu-Meimoun, l'amiral almoravide, se jeta alors sur les côtes de cette île et y répandit la dévastation. Roger prit aussitôt la résolution d'envoyer une nouvelle expédition contre El-Mehdïa. La flotte de Yahya-Ibn-el-Azîz, souverain de Bougie, étant alors venue menacer cette capitale, pendant que son armée de terre, commandée par le légiste Motarref-Ibn-Ali-Ibn-Hamdoun, avançait pour l'attaquer du côté de la campagne, El-Hacen s'empressa de conclure une paix avec le seigneur de la Sicile, et ayant obtenu le secours de sa flotte, il obligea Motarref à rebrousser chemin et à rentrer à Bougie. Resté maître d'El-Mehdïa, il résista aux attaques que Roger, après avoir rompu le traité de paix, continuait à diriger contre lui; mais, à la fin, en l'an 543 (1148-9), il se vit enlever sa capitale par George, fils de Michel, amiral de la flotte sicilienne.

Cet officier parut devant El-Mehdia avec une flotte de trois cents voiles et donna pour motif de son arrivée l'intention qu'il avait de soutenir El-Hacen contre ses ennemis. Ce monarque, qui avait envoyé son armée au secours de Mohrez-Ibn-Zîad-el-Fadeghi, seigneur d'El-Moallaca, auquel Ibn-Khoraçan, seigneur de Tunis, faisait la guerre, se trouva sans moyens de résistance au ` moment de reconnaître que George avait des intentions hostiles.

Au rapport d'En-Noweiri, cette flotte se composa d'environ cent cinquante galères. La famine terrible qui sévit en Ifrikïa cette année avait forcé beaucoup de monde à quitter le pays, et Roger profita de cette circonstance pour faire son expédition.

Il se décida donc à quitter la ville, et comme la plupart des habitants l'accompagna, l'ennemi put y entrer sans coup férir. George trouva le palais dans son état ordinaire, El-Hacen n'en ayant enlevé que les objets les plus faciles à emporter; aussi, les trésors que tant de rois y avaient amassés étaient demeurés intacts. Le premier soin de l'amiral chrétien fut de rassurer les habitants et de les prendre sous sa protection spéciale. Par cette ́conduite habile il ramena les fuyards, et les ayant réinstallés dans leurs maisons, il envoya une escadre contre Sfax. Cette ville, ainsi que Souça, tomba au pouvoir des chrétiens, et Tripoli subit ensuite le même sort. Roger ayant établi son autorité dans toutes les provinces maritimes de l'lfrîkïa, en soumit les habitants à la capitation et les retint sous sa domination jusqu'à l'époque où Abd-el-Moumen, chef des Almohades et khalife [successeur] de l'imam El-Mehdi, vint les tirer de la servitude.

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Quand les chrétiens se furent emparés d'El-Mehdïa, le prince détrôné, El-Hacen-Ibn-Ali, passa chez Mohrez-Ibn-Zîad-el-Fadeghi,, seigneur de la Moallaca et chef des Arabes rîahides; mais, ne pouvant obtenir de lui aucun secours, il forma le projet d'aller en Egypte et d'implorer l'appui d'El-Hafed-Abd-el-Hamid [le khalife fatemide]. Averti ensuite que George avait pris des mesures pour l'arrêter en route, il se tourna vers l'Occident et courut à Bône, ville qui obéissait alors à El-Hareth-Ibn-el-Mansour, frère d'El-Azîz [le souverain hammadite]. De là il se dirigea vers Constantine où se tenait Sebâ-Ibn-el-Azîz, frère de Yahya, prince de Bougie. Ayant obtenu de ce dernier l'envoi d'une escorte, il se rendit à Alger où [El-Caïd] fils d'El-Azîz lui fit un accueil plein de bienveillance. Il continua à vivre sous la protection de ce chef jusqu'à l'an 547 (1152–3), quand les Almohades occupèrent Alger après avoir soumis le Maghreb et l'Espagne. Étant allé au-devant d'Abd-el-Moumen, il fut reçu avec de grandes marques d'honneur, et il accompagna ce monarque dans sa première expédition en Ifrîkïa. En l'an 554 (1159) Abd-el-Moumen

1 Le même impôt que les musulmans imposaient sur les chrétiens, habitants des pays conquis.

entreprit une seconde expédition contre ce pays et y amena ElHacen-Ibn-Ali. Arrivé à El-Mehdïa, il emporta cette ville d'assaut, l'an [555:4460 de J.-C.], à la suite d'un siége qui dura plusieurs mois. Ayant alors établi El-Hacen dans son ancienne capitale, il lui donna en apanage le territoire de Rohhîch 1. El-Hacen passa encore huit ans à El-Mehdïa, mais, ayant été appelé à Maroc par Youçof, fils d'Abd-el-Moumen, il se mit en route avec sa famille pour cette destination, et mourut à AbarZellou, dans la province de Temsna, en l'an 563 (1467–8) 2.

HISTOIRE DES BENI-KHORAÇAN, FAMILLE SANHADJIENNE QUI ENLEVA TUNIS AUX DESCENDANTS DE BADÎS, LORS DU BOULEVERSEMENT DE L'IFRIKIA PAR LES ARABES.

La retraite d'El-Moëzz, qui alla s'enfermer dans El-Mehdïa après avoir abandonné Cairouan aux Arabes, alluma un incendie qui embrasa toute l'Ifrîkïa. Les vainqueurs se partagèrent les villes de ce pays en y établissant des gouverneurs de leur choix, et ils en distribuèrent les campagnes à leurs nomades pour en faire des lieux de parcours. Pendant ce bouleversement, plusieurs autres villes, telles que Souça, Sfax et Cabes, répudièrent l'autorité de la maison de Badîs, et, comme les peuples de l'Ifrîkïa avaient un grand penchant pour la dynastie hammadite [branche collatérale de la même famille] qui régnait à El-Calâ, les habitants de Tunis abandonnérent le parti d'El-Moëzz et envoyèrent leurs principaux cheikhs en députation auprès d'EnNacer-Ibn-Alennas. Ce prince leur donna pour gouverneur un nommé Abd-el-Hack-Ibn-Abd-el-Azîz-Ibn-Khoraçan, personnage que l'on a représenté comme un natif de Tunis, mais qui appartenait, en toute probabilité, à une tribu sanhadjienne. Cet officier, ayant pris la direction des affaires, s'associa les habitants de la ville dans l'exercice du pouvoir et réussit à gagner

La position de cette localité nous est inconnue.

2 Les manuscrits et le texte imprimé portent en toutes lettres trentesix, c'est-à-dire 536, date d'une fausseté évidente.

leur amour par la bonté de son administration. Pour mettre un terme aux brigandages des Arabes qui occupaient tout le pays ouvert, il consentit à leur payer un tribut annuel.

En l'an 458 (1065-6), Temîm, fils d'El-Moëzz, quitta ElMehdia à la tête de ses troupes et s'étant fait accompagner par Yabki-Ibn-Ali, émir de la tribu de Zoghba, il alla faire le siége de Tunis. Ibn-Khoraçan résista à ses efforts pendant quatre mois et le décida enfin à s'éloigner en le reconnaissant pour souverain. Il continua à gouverner cette ville jusqu'à sa mort. Son fils Abd-el-Azîz, homme d'un esprit très-faible, lui succéda dans le commandement, en l'an 488 (1095), et mourut vers la fin du cinquième siècle. Ahmed, son fils et successeur, ôta la vie à son oncle, Ismaïl-Ibn-Abd-el-Hack, dont il craignait l'influence politique. Abou-Bekr, fils d'Ismaïl, s'enfuit à Benzert pour éviter un sort semblable. Ahmed s'affranchit alors du contrôle que lui imposait le corps des cheikhs et prit les allures d'un souverain absolu. Il accomplit cette usurpation vers le commencement du sixième siècle, et ayant écrasé toute résistance, il se montra le chef le plus remarquable que la famille d'Ibn-Khoraçan eût produit. Devenu seul maître de Tunis, il l'entoura de murs et obtint des Arabes l'engagement de veiller à la sûreté des voyageurs. Il construisit les palais des Beni-Khoraçan et sut gagner le cœur des savants docteurs par l'empressement qu'il mettait à rechercher leur société. En l'an 510 (1116-7), il fut assiégé par Ali-IbnYahya-Ibn-Temîm, et ne put obtenir la paix qu'en cédant à toutes les exigences de son adversaire. En 514, il reconnut la souveraineté d'El-Azîz, fils d'El-Mansour et seigneur de Bougie, dont l'armée était venue l'investir. Il conserva le gouvernement de Tunis jusqu'à l'an 522 (1128), quand il fut emmené prisonnier à Bougie avec toute, sa famille par Motarref-Ibn-AliIbn-Hamdoun, général au service de Yahya, fils d'El-Azîz. En quittant Bougie, à la tête des troupes hammadites, Motarref s'était dirigé vers l'Ifrîkïa, et il en avait déjà occupé presque toutes les villes, quand il s'empara de Tunis.

Keramat, fils d'El-Mansour et oncle de Yahya, fils d'Aziz, reçut de Motarref le commandement de la ville conquise et le

conserva jusqu'à sa mort. Son frère Abou-'l-Fotouh-Ibn-Mansour lui succéda et eut pour successeur, en mourant, son fils Mohammed. Celui-ci gouverna d'une manière si tyrannique qu'il se fit déposer. Son oncle Mâdd, fils d'El-Mansour, le remplaça et garda le pouvoir jusqu'à l'an 543 (1148-9), quand les chrétiens occupèrent El-Mehdïa et tout le littoral, à partir de Tripoli jusqu'à Sfax, et de là à Souça. Les habitants de Tunis ayant alors appris comment l'ennemi avait chassé El-Hacen-Ibn-Ali de la ville d'El-Mehdïa, prirent l'alarme, coururent aux armes et tournèrent leur colère contre celui qui les gouvernait : les lâches mêmes se comportèrent en braves, les milans devinrent faucons, et le corps de nègres qui' formaient la garde de Mådd fut massacré dans le conflit. Ces malheureux succombèrent sous les yeux de leur maître dont les insurgés épargnèrent, toutefois, les jours et respectèrent la famille. Qnand Yahya [-Ibn-el-Azîz] apprit cette nouvelle, il expédia une flotte afin de dégager son oncle1 et de le ramener à Bougie. Au moment de s'embarquer, Mâdd laissa à Tunis, en qualité de lieutenant, un personnage marquant de la tribu des Sanhadja, appelé El-Azîz-Ibn-Dafal. Cet officier resta dans la ville sans pouvoir y faire respecter son autorité.

Quelque temps auparavant, Mohrez-Ibn-Zîad, émir des BeniAli, tribu rîahide, s'était établi dans le voisinage de Tunis en s'emparant de la Moallaca, et, par cette conquête, il avait mécontenté les Tunisiens à un tel point qu'ils lui déclarèrent la guerre. Il s'ensuivit une série de combats où les succès alternaient avec les revers. Pendant la durée de ces hostilités, et jusqu'à la prise d'El-Mehdïa par les chrétiens, Mohrez se faisait appuyer par les troupes du souverain de cette ville. Une guerre civile éclata ensuite dans la ville de Tunis : les habitants du quartier de Bab-es-Soueica (porte du petit marché) ayant tourné leurs armes contre ceux du quartier de Bab-el-Djezîra (porte de l'île). A cette époque, ils avaient pris pour gouverneur le cadi Abdel-Monêm, fils de l'imam Abou-'l-Hacen.

Abd-el-Moumen étant rentré à Maroc après avoir soumis la

Le texte arabe porte son frère. Cette erreur provient de l'auteur.

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